Régis Jauffret

Alors que se tient, du 20 au 23 mars, le Salon du Livre de Paris, nous avons invité l’écrivain Régis Jauffret à nous proposer son parcours en quinze œuvres. Il fait partie de ces auteurs qui possèdent une inébranlable foi en la liberté de l’objet littéraire. Il ne cesse, depuis trente ans, de prendre les lecteurs à contre-pied, passant du roman au long cours au format de la micro-nouvelle, puisant dans le réel - et le fait-divers - pour jouer ensuite sur le fil de l’onirisme et de l’étrangeté, flirtant presque avec le fantastique. Son dernier opus, Bravo, présenté comme un « roman mosaïque », est un vivier d’histoires courtes qui mettent en scène la vieillesse, avec ses tourments, ses joies et ses outrances, bref, ses « péripéties » plus ou moins drôles, tragiques ou pathétiques.

les oeuvres
les thèmes

# Roman ou « microfiction » ?

Ce qui fait le roman, c’est peut-être la « durée », par opposition à la poésie : je me demande même si ce ne serait pas la définition du roman, au départ, qui serait liée à la longueur de l’œuvre. Quand c’est long, c’est quand même plus difficile, car il y a la question du souffle. Quand on est dans un format court, on est davantage « à deux dimensions ». C’est un gros animal, le roman, il faut que tous les organes fonctionnent. Je fais des textes courts, fragmentaires, mais des livres comme La ballade de Rikers Island ou Claustria sont, eux, de grosses mécaniques. L’intérêt, c’est quand il y a une œuvre par-dessus l’œuvre.

Livre - Gallimard - 1927
À la recherche du temps perdu
Marcel Proust
Livre - Points - 2012
Claustria
Régis Jauffret
Livre - Folio - 2007
Microfictions
Régis Jauffret

# Contre les diktats du goût

Il y avait beaucoup de gens, dans les années 1970, qui abordaient la littérature après en avoir eu une approche extérieure, par l’appareil critique. Ce qui était obsessionnel, à l’époque, c’était Roland Barthes, même s’il ne participait pas lui-même à cet ostracisme. Pour écrire, il faut se tenir loin de la critique littéraire, des goûts et des modes. Quand on écrit, on ne maîtrise plus grand-chose : ce que je crois que je vais écrire, ce n’est finalement pas ce que je fais, et une fois qu’on a écrit, les autres vous parlent de votre roman d’une façon totalement différente de ce que vous ressentez vous-même.

Livre - Robert Laffont - 1871
Rocambole
Pierre Alexis Ponson du Terrail
Livre - Le Livre de Poche - 1615
Don Quichotte
Cervantès
Livre - Le Livre de Poche - 16151970
Le Passager de la pluie
René Clément

# « Raconter une histoire »

J’ai toujours écrit des romans où il se passait quelque chose, un assassinat, un vol… Je pense qu’on peut écrire avec des histoires où il ne se passe rien, mais je ne le fais pas, peut-être par manque de confiance en moi : j’aurais peur de ne pas intéresser les lecteurs. J’ai toujours été loin de cette littérature-là. On disait le « Nouveau » roman, mais je trouvais ça déjà tellement vieux ! Moi, raconter des histoires m’a toujours obsédé et je ne sais pas vraiment faire autre chose.

Livre - Le Livre de Poche - 1844
Les Trois Mousquetaires
Alexandre Dumas
Livre - Le Seuil - 2015
Bravo
Régis Jauffret
Livre - Le Seuil - 20151977
Eraserhead
David Lynch

# Le fait divers et le réel

J’aime puiser dans le réel, parce qu’on ne peut rien imaginer qui ne soit pas réel. C’est davantage le réel que le fait divers qui m’intéresse. D’ailleurs, je n’ai jamais été fan de roman policier. Je suis même réfractaire. Ça tient peut-être à l’écriture. Simenon, j’ai essayé, ça se lit facilement, je trouve ça sympathique, mais je n’ai jamais perçu les abîmes de profondeur, je ne sais pas trop ce qu’on lui trouve.

Livre - Points - 2012
Claustria
Régis Jauffret
Livre - Folio - 2007
Microfictions
Régis Jauffret
Livre - Folio - 20072013
House of Cards
Beau Willimon

# Littératures sans frontières

Les différences entre les pays, les singularités des littératures anglaise, irlandaise, américaine ou russe, je ne les ai jamais vraiment prises en compte. Peut-être parce que je n’ai pas une approche intellectuelle de la littérature. De la même façon que je ne saisis pas vraiment l’écart entre la philo et le roman, peut-être parce que j’ai fait deux ans de philo à Aix, et qu’il y avait une forme d’ostracisme, où tout ce qui était roman était un peu banni.

Livre - Folio - 1922
Ulysse
James Joyce
Livre - Le Livre de Poche - 1928
Orlando
Virginia Woolf

# Bandes-son

J’ai écouté Genesis, le Velvet Underground, Lou Reed… C’était aussi une époque où certains groupes bricolaient avec l’électronique d’alors, et c’est souvent ce qui a le plus mal vieilli. Par exemple, Yes, avec leurs synthés, ça s’écoute encore ? C’est peut-être pour ça qu’aujourd’hui, je n’écoute plus grand-chose ; parfois London Grammar, mais ça aurait pu être fait il y a trente ans. Le punk, c’était pas très élaboré, même si j’aimais bien les Clash, qui étaient de vrais musiciens. C’était dingue aussi cette obsession des punks pour la quincaillerie nazie, comme chez Joy Division - ne serait-ce que dans le nom du groupe.

Livre - Le Livre de Poche - 19281974
The End
Nico
Livre - Le Livre de Poche - 192819741974
Rock Bottom
Robert Wyatt
Livre - Le Livre de Poche - 1928197419741979
Unknown Pleasures
Joy Division

Pendant ce temps là ...