Mapplethorpe/Rodin, les fleurs du mâle

Parallèlement à la rétrospective Robert Mapplethorpe (1946-1989) qui attire les foules au Grand Palais (jusqu’au 13 juillet), le musée Rodin confronte (jusqu’au 21 septembre) 102 photographies à 50 œuvres du sculpteur (1840-1917). Là où un premier Mapplethorpe versus Rodin, à Düsseldorf en 1992, insistait sur l’opposition des approches respectives de leur centre d’intérêt commun, le corps, cette fois, c’est un dialogue qui est mis en scène. A un siècle de distance, ces deux adorateurs de Baudelaire convergent : l’un vient des instantanés louches mais cherche la beauté de la statuaire classique ; l’autre injecte une liberté nouvelle dans ses bronzes et marbres. Leur rencontre est aussi celle de deux villes et de deux époques bouillonnantes, le New York des proto punks des années 70 et le Paris des avant-gardes du début du XXe.

les oeuvres
les thèmes

# Outils et matériaux

Deux étudiants en art qui ont bifurqué vers une discipline qu’ils n’envisageaient pas. Rodin vise le dessin et la peinture aux futurs Arts déco jusqu’à ce qu’il pousse la porte de l’atelier des élèves sculpteurs et reste fasciné de voir pétrir la glaise. Et c’est seulement pour alimenter ses collages en images personnelles que Mapplethorpe achète son premier appareil. Pour chacun, ce hasard initial détermine un parcours, celui du sculpteur vers la légèreté, l’inachevé et la lumière ; celui du photographe vers la perfection technique et les formes épurées, incarnées par ses séries consacrées aux gros plans de fleurs.

Livre - Prestel - 2013
Polaroids Mapplethorpe
Sylvia Wolfe
Livre - Hazan - 2012
Rodin, la chair, le marbre
Catalogue de l’exposition du musée Rodin
Livre - Schirmer - 2014
Flowers
Robert Mapplethorpe
Patti Smith

# Chelsea - Hotel Biron

Quoique foncièrement individualistes, Rodin et Mapplethorpe ont beaucoup fréquenté les artistes de leur temps, et pas seulement leurs muses respectives, la sculptrice Camille Claudel et l’égérie punk Patti Smith. Ils vivront tous deux dans de sacrés postes d’observation et d’influences. A l’hôtel Biron (devenu musée Rodin), le premier est voisin du poète Rainer Maria Rilke, de la danseuse Isadora Duncan, du jeune Jean Cocteau. Au Chelsea Hotel de New York, le second croise dans les couloirs les héritiers de la beat generation (William Burroughs, Allen Ginsberg), des musiciens star (Dylan) ou en devenir (les futurs punks de New York).

Livre - André Versaille - 1906
Sur Rodin
Rainer Maria Rilke
Livre - Folio - 2010
Just Kids
Patti Smith
Livre - 1909
Les enfants terribles
Jean Cocteau
Livre - 19092002
Chelsea Walls
Bande originale du film

# Le corps du délit

Confronté à l’œuvre de Rodin, le regard de Mapplethorpe sur les corps paraît soudain se libérer de ses stéréotypes (l’imagerie gay, les années 80, etc.) pour révéler son sens du détail (le grain d’une peau, la ride d’un pétale) et de la mise en scène (des drapés, des clairs-obscurs). Par la grâce de la comparaison, même son érotisme, souvent brutal, redevient une recherche digne des carnets secrets du sculpteur, en ces années 70 où, au cinéma comme dans la photo de mode, la mise en scène du sexe sort du ghetto porno.

Film - MGM/United Artistes - 1969
Macadam Cowboy
John Schlesinger
Livre - RMN - 2012
Helmut Newton 1920-2004
Catalogue de l’exposition du Grand Palais
Livre - Chêne - 2008
Carnet érotique Rodin
Auguste Rodin

# Les fleurs du mâle

Charles Baudelaire, influence commune aux deux artistes, alla chercher la poésie dans la réalité la plus crue et les sentiments les plus sombres. Comme chez l’auteur des Fleurs du Mal, leur goût de l’érotisme et, au-delà, des pratiques corporelles extrêmes (les danseurs et danseuses de Rodin, les culturistes de Rodin) est, avant tout, la quête d’une beauté débarrassée de tout faux-semblant.

Livre - Magnard - 1857
Les fleurs du Mal
Charles Baudelaire
Livre - Chêne - 2008
Carnet érotique Rodin
Auguste Rodin
Film - 1982
Conan le Barbare
John Milius
Livre - L’arbalète/Gallimard - 1958
L’atelier d’Alberto Giacometti
Jean Genet

# Regards obliques

« Si j’étais né il y a cent ou deux cents ans, j’aurais été sculpteur, mais la photographie est une façon rapide de regarder, de créer une sculpture. » (Robert Mapplethorpe) ; «Mon Saint-Jean est représenté les deux pieds à terre [...] Ce modèle photographié présenterait l’aspect bizarre d’un homme tout à coup frappé de paralysie et pétrifié dans sa pose. » (Auguste Rodin). L’expo qui réunit les deux hommes est un fascinant dialogue entre deux artistes critiques des pratiques de l’autre, à un siècle de distance. Comme les réflexions de Jean Genet posant pour Giacometti, comme la vision de l’art de Rodin par le poète Rilke, comme la défense de Van Gogh par Antonin Artaud, ces regards croisés révèlent au visiteur la profonde originalité de ces deux artistes.

Livre - Hazan - 2013
Joseph Cornell et les surréalistes à New York
Arts de Lyon Catalogue de l’exposition du Musée des Beaux
Livre - André Versaille - 1906
Sur Rodin
Rainer Maria Rilke
Livre - L’arbalète/Gallimard - 1958
L’atelier d’Alberto Giacometti
Jean Genet
Livre - L’imaginaire/Gallimard - 1947
Van Gogh, le suicidé de la société
Antonin Artaud

Pendant ce temps là ...