Great Black Music

On peut dessiner le voyage originel de la Great Black Music en traçant sur un globe une route qui partirait de la côte Ouest de l’Afrique, qui longerait l’équateur pour remonter ensuite le long du Brésil, traverserait les Caraïbes et remonterait le Mississipi jusqu’à Chicago via La Nouvelle Orléans. On croiserait alors tous les courants musicaux qui se sont développés au fur et à mesure que les hommes naviguent loin des côtes. Mais vouloir être exhaustif dans une entreprise comme celle-là reviendrait à vouloir écoper le Titanic avec un verre à dent. Alors place, là encore, à la subjectivité la plus totale. A chacun d’écrire son voyage en fonction de ses goûts. Great Black Music, Cité de la musique jusqu’au 24 aout.

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    Jackson in Your House

    Art ensemble of Chicago - Audio - 1969
    On doit le concept de Great Black Music à l’Art Ensemble of Chicago qui trouvait les appellations de jazz et de free jazz trop restrictives. Il est vrai que lorsqu’ils fondent officiellement l’Art Ensemble en 1969 à Paris, Lester Bowie, Roscoe Mitchell, Joseph Jarman, Malachai Favors Maghostut, et Famoudou Don Moye mettent en commun leurs expériences musicales qui vont du jazz à la pop, de Dizzy Gillespie à Pharoah Sanders en passant par Salomon Burke ou encore John Cage... La musique de l’Art Ensemble doit donc autant à l’Afrique qu’à la musique contemporaine, aux fanfares qu’au free jazz.
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    Expensive Shit

    Fela Anikulapo Kuti - Audio - Universal - 1975
    Si toute la Great Black Music plonge une partie de ses racines en Afrique, l’influence de l’Amérique sur les musiciens africains est vraie également. La musique de Fela « The Black President », en est l’illustration qui, à la fin des années soixante, mélange le jazz et le funk avec la highlife africaine et la musique traditionnelle yoruba pour créer l’afrobeat. Personnage extraordinaire, leader charismatique à la popularité seulement comparable à celle de Bob Marley en Jamaïque, combattant féroce du pouvoir en place (sa mère, militante acharnée, sera défenestrée), Fela avec ses longs morceaux cuivrés a placé Lagos, la capitale du Nigeria, sur la carte du monde musicale.
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    Mothership Connection

    Parliament - Audio - Mercury - 1975
    Si James Brown a inventé le funk et Jimi Hendrix porté l’incandescence de la guitare à son plus haut, George Clinton a fait le mix des deux pour inventer le P-Funk, une version psychédélique et rock’ n’ roll du funk de James Brown. George Clinton, l’ancien coiffeur, a frappé deux fois ; une première avec Parliament l’autre avec Funkadelic. Deux groupes au sein desquels on retrouve des premières gâchettes de chez James Brown en rupture de ban ; Maceo Parker, Fred Wesley, Bootsy Collins. Welcome aboard !
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    Money Jungle

    Duke Ellington - Audio - Blue Note - 1962
    « On met derrière ce mot tout et n’importe quoi. Ce que je fais personnellement, c’est de la musique classique américaine. Mais on peut choisir de l’appeler comme on veut.» déclarait Ahmad Jamal à Libération. Duke Ellington disait de son côté : « Je fais de la musique classique noireMoney Jungle, cet enregistrement légendaire qui réunit en 1962 Duke Ellington, Charles Mingus et Max Roach en est la preuve éclatante. Un des plus grands enregistrements piano/basse/batterie de l’histoire.
  • Jazz

    Toni Morrison - Livre - 10/18 - 1992
    Prix Pulitzer en 1988, et première femme afro-américaine à recevoir le Prix Nobel de littérature en 1993, Toni Morrison est une romancière acclamée par la critique et le public. Jazz est son sixième roman, l’histoire d’un couple qui doit faire face à sa propre violence dans les années 20 quand le jazz enflammait les nuits de Harlem. C’est aussi le moment où les Noirs du Sud choisissent de s’exiler dans les villes du nord avec leurs usines et leurs ghettos. Comme dans le restant de son œuvre, Toni Morrison continue de creuser le sillon de la mémoire de la communauté afro-américaine.
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    Mingus moins qu’un chien

    Charles Mingus - Livre - Parenthèses - 1971
    La biographie de Charles Mingus commence par un entretien avec son psy : « Vous ne m’aviez pas dit que vous étiez un musicien si célèbre. – Mon cul ! Ca ne veut rien dire. C’est un système dont se servent ceux à qui nous appartenons. Ils nous rendent célèbres et nous donnent des surnoms – Roi de ceci, Comte de cela, Duke de je ne sais quoi. De toute façon, nous mourrons dans la dèche – et je pense parfois que j’aimerais mieux mourir que d’affronter le monde des Blancs. » Indispensable. A ranger à côté de la l’autobiographie de Miles Davis Miles (1989).
  • Concertos Pour Piano

    Sergueï Rachmaninov - Audio -
    Rachmaninov quitte son pays en 1917. Exilé aux États-Unis, il assiste, en 1924 à New York, à la première de Rhapsody in Blue, l’œuvre avec laquelle George Gershwin fit entrer le jazz dans les salles de concert. Très impressionné, Rachmaninov écrit trois ans plus tard son quatrième concerto pour piano, qui traduit son émerveillement face à l’œuvre du compositeur américain. Par la suite c’est Ravel qui sera impressionné par la découverte du jazz qu’il écoute dans les clubs d’Harlem. Ou quand la musique classique rencontre la Great Black Music.
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    GIRL

    Pharell Williams - Audio - 2014
    Ses succès planétaires en solo (dont le dernier en date Happy) ou avec ses copains (Daft Punk) et ses looks repérables entre mille (mention spéciale pour le short-smoking des Oscars) en ont fait l’artiste le plus populaire du moment. Il faut dire qu’il s’était déjà fait la main avec les Neptunes comme producteur de Justin Timberlake (et quelques dizaines d’autres) ou avec The N.E.R.D. Pharell Williams fait à sa sauce une musique dans laquelle les frontières entre blanc et noir ont disparu au profit d’une soul-pop d’une rare élégance et sur laquelle plane l’ombre des géants de la Motown.
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    New Amerykah Part One

    Erikha Badu - Audio - Motown - 2008
    Une classe insolente, un port de tête de reine, Erikha Badu fait, tour à tour, penser à Nina Simone, Diana Ross, Billie Hollyday, Angela Davis... Musicalement, elle distille une néo-soul classieuse, doux mélange de soul, R&B, jazz. Ses convictions religieuses et des textes afro-centrés la placent à part parmi les stars du R&B mondialisé. Pour les amateurs de voix susurrées, à ranger à côté de Gregory Potter ou Marvin Gaye époque What’s Going On.
  • Interstellar Fugitives

    U.R. - Disque - U.R. - 1998
    Depuis qu’elle s’est arrachée du carcan racial dans lequel on l’a longtemps maintenue, la Great Black Music a irradié tous les genres musicaux. C’est le champ de l’électro qu’ont investi Mike « Mad » Banks, Jeff Mills, Robert Hood et Darwin Hall les fondateurs du label Underground Resistance (U.R. you are) basé à Detroit, cette ville au bord du gouffre. Fortement marqués par la musique de Kraftwerk, ils produisent une techno très exigeante qui frôle parfois la musique expérimentale et qui s’accompagne d’une démarche militante forte et une volonté d’indépendance rageusement chevillée au corps. Trente ans après la création de Motown, les temps ont changé mais la détermination reste la même : prendre son histoire en main.
  • The complete recordings

    Robert Johnson - Audio - Columbia - 1936
    Sans lui pas de rock. Pas de Keith Richards, pas de Brian Jones, pas de Jimmy Page, pas d’Eric Clapton, pas de Jimi Hendrix... ni aucun des autres rois du manche à six cordes. En vingt-neuf morceaux (et trois photos) Robert Johnson a gravé les tables de la loi du genre, et les mystères qui planent sur sa vie (le diable ne serait pas étranger à son génie...) et sur sa mort (mari jaloux, syphilis ?) n’ont fait que renforcer la légende. « Vous pensez comprendre la façon de jouer le blues, et vous entendez Robert Johnson, ses rythmiques, son jeu de guitare, son chant et là vous pensez « Ce type doit avoir trois cerveaux ». Keith Richards
  • Nowhere to run

    Gerri Hirshey - Livre - Rivages / Rouge - 1984
    Il y a des livres sur la musique aussi importants que certains disques et Nowhere to run est de ceux-là. Son intérêt exceptionnel vient du fait que pour l’écrire Gerri Hirshey a rencontré TOUS les protagonistes de l’histoire de la soul music et les a fait parler. De Ray Charles à Aretha Franklin, de James Brown à Diana Ross, d’Isaac Hayes aux Temptations, de Michael Jackson à Marvin Gaye… A eux tous, ils racontent l’histoire de la soul, cette musique qui n’en finit pas de résonner.
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    Off The Wall
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    Say it Loud – I’m Black and I’m Proud

    James Brown - Audio - Polydor - 1968
    James Brown s’est illustré dans tous les courants de la Great Black Music. Gospel, blues, rythm’ blues, funk, rap... Le parcours du « Godfather of soul » est aussi édifiant ; cireur de chaussures, prison à 16 ans, musique, succès mondial (jusqu’à posséder son avion privé et ses propres stations de radio), invitation à la Maison Blanche par Richard Nixon - une visite qui créera la polémique dans la communauté afro-américaine. Musicalement, sans lui, pas de Sly Stone, Parliament, Prince ou Michael Jackson. Demandez aux rappeurs ce qu’ils pensent de celui qui fut l’artiste le plus samplé. Leur mentor à tous.
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    Mohamed Ali
  • Super Ape

    The Upsetters & Lee Perry - Audio - 1976
    Pour beaucoup la musique jamaïcaine rime avec Bob Marley. Ce n’est pas faux mais c’est un peu court. Pour élargir le scope on s’intéressera ici à Lee « Scratch » Perry qui est au reggae et au dub ce que Phil Spector est au rock ou encore, comme le dit Llyod Bradley (l’auteur de Bass Culture) « Cet homme est le Salvador Dalí jamaïcain ». Bricoleur de génie, ses découvertes en font une source d’inspiration majeure pour tout producteur. Sans lui pas de Massive Attack ou d’électro dub. Dans son studio Black Ark, l’homme produira la crème des musiciens jamaïcains des années 70 dont les Wailers de Bob Marley avant de se fâcher avec eux pour des histoires de droits d’auteur. Aussi fou que génial, il mettra lui même le feu à son studio...
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    Fear of a black planet

    Public Enemy - Audio - Def Jam - 1989
    Dès la parution de son premier album Yo! Bum Rush the Show en 1987, Public Enemy fit du rap une arme de combat. Fear of a black planet, leur troisième album, ne déroge pas à la règle bien qu’il soit musicalement le plus sophistiqué. Il suffit de lire la liste des morceaux samplés pour se convaincre, si besoin était, que les influences de la soul sous toutes ses coutures sont au cœur de la musique du groupe.
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    Street Art, des origines à nos jours

Jackson in Your House
Art ensemble of Chicago

Expensive Shit
Fela Anikulapo Kuti

Mothership Connection
Parliament

Money Jungle
Duke Ellington

Jazz
Toni Morrison

Mingus moins qu’un chien
Charles Mingus

Concertos Pour Piano
Sergueï Rachmaninov

GIRL
Pharell Williams

New Amerykah Part One
Erikha Badu

Interstellar Fugitives
U.R.

The complete recordings
Robert Johnson

Nowhere to run
Gerri Hirshey

Say it Loud – I’m Black and I’m Proud
James Brown

Super Ape
The Upsetters & Lee Perry

Fear of a black planet
Public Enemy

Dans cette sélection

  • Art ensemble of Chicago | Jackson in Your House
  • Fela Anikulapo Kuti | Expensive Shit
  • Parliament | Mothership Connection
  • Duke Ellington | Money Jungle
  • Toni Morrison | Jazz
  • Charles Mingus | Mingus moins qu’un chien
  • Sergueï Rachmaninov | Concertos Pour Piano
  • Pharell Williams | GIRL
  • Erikha Badu | New Amerykah Part One
  • U.R. | Interstellar Fugitives
  • Robert Johnson | The complete recordings
  • Gerri Hirshey | Nowhere to run
  • James Brown | Say it Loud – I’m Black and I’m Proud
  • The Upsetters & Lee Perry | Super Ape
  • Public Enemy | Fear of a black planet

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