Drug-stories

Des paradis artificiels de Baudelaire aux portes de la perception d'Aldous Huxley, jusqu'aux écrits sous ecstasy d'un Beigbeder, les psychotropes auront balisé bon nombre de chemins littéraires et poétiques. Au-delà du seul concept « Sex, drugs & rock 'n' roll », la plupart des contre-cultures nées dans les marges ont joué avec les stupéfiants, et la véritable utopie des années hippies fut peut-être de proposer le droit de planer pour tous, du clochard céleste au hobo perdu dans les bas-fonds des villes. Ce qui n'a pas eu pour seul effet de libérer les mœurs, mais aussi de lâcher une meute d'artistes et d'écrivains sauvages et subversifs. On s'est alors demandé si on pouvait vraiment faire confiance au fameux adage : « Vivons heureux, vivons perchés... »

les oeuvres
les thèmes

# Descentes et redescentes

Quand elle a dû évacuer Saïgon, l'Amérique a rapatrié son lot de jeunes soldats qui avaient découvert la drogue. Elle s'est alors lancée dans une autre guerre, sur plusieurs fronts, à l'intérieur et hors de ses frontières, contre les cartels, une guerre impossible à gagner... Loin de tout glamour, la lutte entre flics et voyous, comme aux grandes heures de la « French connection », est en elle-même à la source d'une autre mythologie, largement exploitée par les romanciers. Où la difficile redescente du camé croise parfois la descente de police...

Livre - Rivages Noir - 1990
L'Idole des camés
Richard Stratton
Livre - Folio Policiers - 1993
Envoie-moi au ciel, Scotty
Michael Guinzburg
Film - 1989
Drugstore Cowboy
Gus Van Sant

# Junk littérature

De Thomas de Quincey qui, en 1822, publie ses Confessions d'un mangeur d'opium anglais à l'écrivain de polars américain Jerry Stahl, en passant par des James Lee, William Burroughs ou Donald Goines, toute une littérature s'est développée à partir de l'expérience de la prise de drogues, qui relève autant du récit initiatique en quête de la liberté absolue que du séjour en enfer... C'est presque devenu un genre à part entière, constitué d'œuvres bâties sur une langue et un mode de narration décousus et chaotiques, à l'image du monde qu'elles révèlent.

Livre - Points - 1968
Acid test
Tom Wolfe
Livre - Intervalles - 1934
Les Tribulations d'un opiomane (1895-1915)
James S. Lee
Livre - Le Diable Vauvert - 1997
Paradoxia
Lydia Lunch

# L 'expérience des limites

Depuis que le poète -Rimbaud en l'occurrence- a lancé son fameux « Je est un autre », l'artiste moderne n'a eu de cesse de rechercher de nouveaux moyens de pousser plus loin l'exploration de son imaginaire. Du peyotl à l'opium, en passant par le haschish, on connaissait l'usage souvent sacré et ritualisé des drogues, des Amérindiens aux Chinois, sans oublier les Rastas jamaïcains... Les anthropologues furent des pionniers, qui ramenèrent de leurs pérégrinations, expériences de trips et produits interdits, jusqu'à ce que des scientifiques occidentaux un peu allumés, comme Timothy Leary, fabriquent des drogues de synthèse, les testent -souvent sur eux-mêmes- et décident que le vrai progrès social, c'est le droit pour tous de planer.

Livre - 10|18 - 1968
L'Herbe du diable et la petite fumée
Carlos Castaneda
Livre - Points - 1968
Acid test
Tom Wolfe
Livre - Intervalles - 1934
Les Tribulations d'un opiomane (1895-1915)
James S. Lee
Livre - Delcourt - 2008
Les 110 pilules
Magnus

# Le « tox-hero », anti-icône ultime

Le rocker déchu, c'est finalement celui qui a arrêté de se camer, dit-on dans les coulisses... De Janis Joplin à Sid Vicious, en passant par John Belushi ou Tim Buckley, c'est parfois hélas la mort par overdose qui confère et conforte le statut de légende, et le public garde une sorte de respect pour ceux qui crament la chandelle par les deux bouts. Il fut toujours fasciné par la superpuissance du roi-lézard Jim Morrison autant que par les frasques d'un Keith Richards sniffant les cendres de son père. Si le Bad Lieutenant incarné par Harvey Keitel est une figure tragique, le « working class hero » de Lennon a été depuis longtemps détrôné par l'écrivain hipster toxico, glamour et sexy, soit le Hank Moody de la série Californication.

Disque - Columbia - 1968
Cheap Thrills
Big Brother and the Holding Company
Livre - Le Diable Vauvert - 1997
Paradoxia
Lydia Lunch
Livre - L'Olivier - 1969
Pimp
Iceberg Slim

# Un flirt avec les classes dangereuses

C'est dans les ruelles glauques ou sur les grands boulevards du crime que la vie des « sans » est liée irrémédiablement à la came, dans un univers interlope ou se côtoient les freaks et les exclus, les travelos, proxos et autres gigolos. L'écrivain Bruce Benderson, arpenteur des quartiers chauds de New York, le résumait ainsi : « La libido des grandes villes a toujours été concentrée entre les mains des classes dangereuses ». C'est la rue toxique qui fabrique les plaisirs que viennent goûter les membres de la bourgeoisie et des classes moyennes. Un imaginaire bien loin du bon vieux rêve hippie de Laurel Canyon.

Film - 1996
Trainspotting
Danny Boyle
Film - 1969
Macadam Cowboy
John Schlesinger
Livre - Le Diable Vauvert - 1997
Paradoxia
Lydia Lunch
Livre - L'Esprit Frappeur - 1999
Marseille sur héroïne
Alfred McCoy

# Un monde psychédélique

Au milieu des années 1960, Jefferson Airplane et Grateful Dead font office de bande-son d'une nouvelle contre-culture, soutenue par la « Free Press »- et par des peintres, graphistes et artistes comme Rick Griffin. C'est le rêve de « la grande nation arc-en-ciel », avec ses communautés hippies, l'amour libre et le Flower Power brandis contre la guerre du Vietnam. Parmi tous ses chantres et acteurs, un certain John Sinclair, qui conçoit le LSD comme un « amplificateur cosmique » et qui, en manageant le MC5 et en créant les White Panthers, radicalisera le mouvement avec un programme assez simple : « Dope et baise dans la rue ».

Livre - 10|18 - 1968
L'Herbe du diable et la petite fumée
Carlos Castaneda
Livre - 10|18 - 1972
Mémoires d'un bison
Oscar Zeta Acosta
Disque - Eagle Rock Entertainment - 2008
Call The Cops
Happy Mondays

Pendant ce temps là ...