Jean Daniel Beauvallet

Membre fondateur des Inrockuptibles, Jean-Daniel Beauvallet est une sorte d’Oncle Paul capable de vous raconter, des journées entières, des histoires de groupes de rock (période 1977 à aujourd’hui) avec ce regard brillant de ceux qui ne se sont jamais lassé de faire découvrir leurs derniers coups de coeur, sans une once de morgue ni de suffisance. Juste un plaisir - communicatif - immense à raconter ses rencontres avec ceux dont il a choisi de croiser la route. Après un premier ouvrage, Passeur (2021) dans lequel il racontait comment on passe de Tours à Manchester avec un anglais approximatif pour tout bagage, il revient avec un “beau-livre” compilation d’articles et interviews publiés dans les Inrocks et centrés sur les années New Wave. JD comme on le surnomme, a accepté notre invitation. Thanks, old chap !

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En Numérique - En Physique

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  • New Wave : 1978-1983, une révolution

    Jean-Daniel Beauvallet - Livre - Gm editions - 2022

    A la fin des années soixante-dix, après que les punks ont resoufflé sur les braises d’un rock’n roll alors au bord d’une crise d’apoplexie, de nouveaux groupes pointèrent à l’horizon, groupes qui remplacèrent la rage brute des punks par une tension plus introspective, froide, parfait reflet du manque d’espoir d’une jeunesse qui n’attendait rien de l’avenir que leur préparait  Margaret Thatcher. Les porte-drapeaux de ce nouveau courant s’appellent The Cure, Joy Division, New Order, P.I.L., The Smiths, The Fall, Bauhaus… Tous ces groupes, sortis de villes aussi riantes que Manchester, Jean-Daniel Beauvallet les a rencontrés, en a chroniqué les disques dès leurs premiers singles, lui qui était aux premières loges puisqu’exilé volontaire sur les terres ensoleillées du nord de l’Angleterre. Ce sont ces chroniques, ces interviews alors publiées dans les Inrockuptibles, qu’on retrouve dans ce volume, véritable livre d’histoire indispensable pour comprendre un courant musical, véritable matrice des sons d’aujourd’hui.

  • Un Privé à la cambrousse t.1

    Bruno Heitz - Livre - Gallimard - 2011

    Je suis fan des BD de Bruno Heitz, tout particulièrement des aventures de son personnage Hubert, commerçant ambulant qui circule dans un tube Citroën, et qui, de sa position, raconte la France rurale des années soixante. Ça paraît très doux, naïf, aux angles émoussés, alors qu’en fait c’est très violent, cruel. Si j’aime tant cette série, c’est qu’elle me rappelle cette France de mon enfance, et notamment celle de mes grands-parents où je passais mes vacances, dans le Limousin, où tout était dans le non-dit, dans la façon de cajoler les clients, mais où, en réalité, les gens se détestaient. Ils se reprochaient notamment des choses qui remontaient à la guerre. C’est cette France que raconte Bruno Heitz. Elle paraît idyllique, mais sous le couvert, elle est truffée d’histoires de mœurs, en apparence innocentes, mais qui ne sont jamais racontées. C’est un exercice de style assez redoutable dans la BD parce que là, il ne se passe pas grand chose de spectaculaire, et tout est ouvert à l’interprétation. 

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    The Seagram Murals

    Mark Rothko - Exposition - Tate Britain - 1959

    J’ai récemment eu la chance d’aller à la Tate Britain et de me retrouver seul au milieu des toiles de la série Seagram de Mark Rothko. C’était tellement puissant que je me suis mis à chialer. Cet ensemble de neuf toiles lui avaient été commandé pour décorer la salle du restaurant Four Seasons, situé au rez-de-chaussée de la tour Seagram Building sur Park Avenue, à New York. Mais au dernier moment, Rothko a refusé de livrer la commande et a gardé les toiles qu’il a données à la Tate. Elles sont maintenant exposées dans une salle construite exactement aux dimensions de la salle du restaurant. Il s’agit de toiles sombres dans des dominantes de marron, rouge et noir. Ça m’a rappelé certaines toiles de Soulages dans lesquelles il faut chercher la lumière (notre entretien s’est déroulé en août dernier, avant la disparition de Pierre Soulages NdR). Le côté monumental de cet ensemble rend très humble, tout petit. Ça renvoie à la médiocrité de ce qu’on est.

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    Lucy Sparrow

    Lucy Sparrow - Exposition - 2015

    J’ai connu Lucy Sparrow par une amie qui travaille également avec Banksy et qui m’avait amené à sa première exposition où Lucy Sparrow avait reproduit un supermarché anglais. Sa démarche artistique est de reproduire à l’identique, et en feutrine, tous les produits qu’on retrouve dans un commerce. Pendant le confinement elle a reproduit une pharmacie dans laquelle il y avait 15 000 produits en exposition. Ma fille a travaillé avec elle dans le sex shop que Lucy Sparrow avait monté en plein Soho, le quartier chaud de Londres, et dans lequel entraient des clients comme s’il s’agissait d’un sex shop normal, jusqu’à ce qu’ils se rendent compte que les objets étaient en feutrine, ce qui provoquait chez eux un moment de grande confusion ! Au cours d’une de ses premières expositions en Angleterre, alors qu’elle était totalement inconnue, un homme entre dans la galerie, demande si on peut acheter. Lucy Sparrow répond que oui “alors j’achète tout” lui dit cet homme qui se trouvait être l’artiste Damien Hirst. C’est un moyen de dénoncer la société de consommation avec humour et malice.

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    Skinty Fia

    Fontaines D.C. - Audio - PARTISAN RECORDS - 2022

    Fontaines DC c’est l’illustration d’une vie qui refuse de mourir. Depuis quarante ans, on a enterré le rock des milliers de fois, mais depuis quarante ans le cygne reste très vigoureux. A chaque génération des gamins, surtout britanniques, montent des groupes et repoussent l’heure fatidique. Aujourd’hui c’est Shame, Goat Girl, Fontaines DC… La génération d’avant c’était les Libertines ou les Strokes. Fontaine D.C. c’est le groupe qui aurait pu exister à la fin des années soixante-dix, qui partage le son de l’époque, comme The Fall par exemple, mais qui le fait avec une dynamique que n’avait pas ces groupes, en particulier parce que ces groupes ne bénéficiaient pas des home studio d’aujourd’hui. Ils appliquent au rock des techniques de production de dance music avec des dynamiques complètement dingues L’époque est cruelle pour les jeunes ce qui explique, en partie, la tension qu’on retrouve chez Fontaines DC, tension qui vient de l'intérieur mais aussi de l’extérieur. On retrouve la tension d’un Ian Curtis chez le chanteur. C’est dingue comme avec aussi peu d’outils ils fabriquent des chansons aussi neuves. 

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    James Joyce - Ulysse
  • Space Invider

    Invader - Exposition - 1998

    Ce que j’aime chez Invader, dont on connaît bien les quelques quatre mille petits vaisseaux en mosaïque qu’il a collés dans près de quatre-vingt villes dans le monde, principalement dans Paris, c’est sa façon d’amener la couleur dans une ville plutôt grise ou beige. Et puis il nous force à lever la tête. Il y a une démarche esthétique qui consiste à apporter de la couleur, de la lumière, de la fantaisie, un peu de facétie, mais c’est aussi une démarche politique qui invite les gens à relever la tête plutôt que de courber l’échine. Retrouvez son unviers sur son site https://www.space-invaders.com/home/

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    "... On Reflection"

    William Basinski, Janek Schaefer - Audio - TEMPORARY RESIDENCE LTD - 2022

    La musique de William Basinski est presque devenue une obsession. C’est venu avec la maladie de Parkinson et la quiétude qu’elle me demande. C’est des musiques très lancinantes pendant lesquelles il peut ne rien se passer pendant une demi-heure, et qu’un petit déclic, parfois à peine perceptible, comme une montée d’une octave, va éclairer. Je l’ai vu récemment sur scène, et ce qui est drôle, c’est qu’il joue la musique la plus mélancolique, la plus lancinante qui soit, alors qu’il est totalement exubérant, qu’il monte sur scène comme s’il jouait avec Bronski Beat. La musique répétitive me touche particulièrement, c’est comme les earworms, ces boucles de musiques qui colonisent mon cerveau pendant des jours et des nuits. C’est un symptôme de cette maladie de Parkinson qui gagne du terrain. A la première du Boléro de Ravel, à la fin de la représentation une femme dans le public se lève, scandalisée, et crie son incompréhension, que Ravel est fou. Présent dans la salle, Ravel se lève et lui “Merci Madame, c’est le plus beau compliment qu’on ne m’a jamais fait”.

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    House of Pharaohs

    House of Pharaohs - Audio -

    House of Pharaohs représente cette scène anglaise qui fait du hip hop sans en faire. C’est un collectif, et j’ai toujours eu un faible pour les collectifs comme le Velvet Underground ou le Wu Tang Clan, autour desquels se réunissent des gens dont on ne sait pas vraiment qui est qui, ni qui fait quoi, mais qui se poussent à se surpasser. House of Pharaohs c’est ce son anglais en mouvement constant, sans arrêt en évolution qu’on appelle la drill, le grime… peu importe le nom. Là où les House of Pharaohs sont plus malins que les autres, c’est qu’ils n’ont pas fermé la porte à un esprit presque pop sur certains morceaux, ce qui permet à des gens qui ne sont pas sensibles aux musiques urbaines d’accrocher. Ça a de la gueule, ça a un son, et ce n’est pas du chiqué. Et c’est le son de Londres aujourd’hui que même les plus grosses pointures US comme Jay Z espionnent. Clairement, aujourd’hui, l’expérimentation sonore n’est plus dans le rock mais chez ces jeunes musiciens. 

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    Ambient 1: Music For Airports

    Brian Eno - Audio - E.G. - 1978

    C’est le père de tout. J’ai eu la chance de rencontrer pas mal de mes héros, mais je pense que Eno est le plus intelligent, le plus à même de transposer, de traduire des concepts méga compliqués sur le son, sur le mindfulness, en langage simple, presque pop. En gros, Eno se met à mon niveau - qui est bas ! - et m’explique des choses très compliquées que je comprends. Et puis sa musique… ! Ce type a été partout où il fallait être au moment où il fallait y être. C’est Zelig ! Le premier album de musique répétitive que j’ai acheté au milieu des années soixante-dix, c’est Music for Airport que j’écoute encore tout le temps. D’ailleurs, j’ai même acheté un poster de la partition à laquelle je ne comprends rien ! Et j’adore quand il chante, comme un chanteur de gospel blanc, d’une voix très neutre qui va merveilleusement bien avec ses musiques. 

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    Radio On

    Christopher Petit - Video - Les films du paradoxe - 1979

    C’est pour moi l'archétype du film sur la new wave ; en noir et blanc, tourné dans des villes désertées, en ruines, avec Kraftwerk en musique de fond. Il y a notamment cette dernière scène, qui est une des plus belles scènes de fin que je connaisse, qui est d’une tristesse incroyable ; la caméra est dans un hélicoptère qui survole une ville bombardée - ou jamais reconstruite - sur le morceau “Ohm sweet ohm” de Krafwerk. C’est un des rares films cold wave que je connaisse. A l’époque c’est le film dans lequel j’aurais voulu être. Aujourd’hui ce serait plutôt The Party de Peter Sellers !

  • Vie d'un païen t.1

    Jacques Perry - Livre - Le bateau ivre - 1965

    C’est une découverte très récente qui m’a été recommandée par un ami sur les réseaux sociaux, le chanteur de Blankass, dont les Inrock n’ont jamais fait grand cas, mais dont je fais grand cas des conseils littéraires. C’est lui qui m’a envoyé La Vie d’un païen de Jacques Perry, une trilogie mélange de faits historiques et de personnages inventés. C’est l’histoire d’un homme, Charles Desperrin, qui naît dans une famille très pauvre et dissolue du centre de la France, et qui va devenir un des plus grands peintres au monde. C’est un personnage très complexe, un mélange d’égoïsme et d'empathie. On pense au Bardamu de Céline. Quelque part, Jacques Perry préfigure la morosité, le côté déshumanisé qu’on retrouvera chez Houellebecq. En même temps, il y a beaucoup de compassion dans ce roman. 

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    Yes Sir I Can Boogie

    Baccara - Audio - 1977

    Baccara c’est une passion ancienne et très puissante pour des maxi disco, comme Donna Summer “I Feel Love”, ou même des choses moins avouables comme Boney M. Mais Baccara c’est surtout l’archétype du disco sale. On a l’impression que c’est deux maquereaux de studio qui ont trouvé deux pauvres filles et qui leur ont dit “on va vous faire faire un disque”. Ça sent le stupre et l’exploitation. Les filles, on les sent prisonnières, elles appellent au secours, elles attendent que quelqu’un vienne les sauver. Mélodiquement c’est prodigieux, les arrangements sont dingues. C’est du disco rutilant avec deux filles entrain de se perdre. C’est une des chansons les plus mélancoliques que je connaisse.


New Wave : 1978-1983, une révolution
Jean-Daniel Beauvallet

Un Privé à la cambrousse t.1
Bruno Heitz

The Seagram Murals
Mark Rothko

Lucy Sparrow
Lucy Sparrow

Skinty Fia
Fontaines D.C.

Space Invider
Invader

"... On Reflection"
William Basinski, Janek Schaefer

House of Pharaohs
House of Pharaohs

Ambient 1: Music For Airports
Brian Eno

Radio On
Christopher Petit

Vie d'un païen t.1
Jacques Perry

Yes Sir I Can Boogie
Baccara

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  • Jean-Daniel Beauvallet | New Wave : 1978-1983, une révolution
  • Bruno Heitz | Un Privé à la cambrousse t.1
  • Mark Rothko | The Seagram Murals
  • Lucy Sparrow | Lucy Sparrow
  • Fontaines D.C. | Skinty Fia
  • Invader | Space Invider
  • William Basinski, Janek Schaefer | « … On Reflection »
  • House of Pharaohs | House of Pharaohs
  • Brian Eno | Ambient 1: Music For Airports
  • Christopher Petit | Radio On
  • Jacques Perry | Vie d’un païen t.1
  • Baccara | Yes Sir I Can Boogie

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