30 janvier 2026
Ziggy apparut sur scène et tout bascula. Le déluge guitaristique glam, l'invention des doubles et l'exubérance à outrance, le Bowie mythique est au cœur de ce chef-d'œuvre de 1972. Présenté hors compétition, le documentaire de Brett Morgen Moonage Daydream, constitué d’archives inédites, tire son nom d’un morceau de cet album incontournable. “Succession de plans colorés donne un aspect psychédélique à ce long-métrage, qui n'en respecte que plus l'ADN du créateur de Ziggy Stardust” pour les uns, “David bouillie” pour les autres (Libération), on ne prendra aucun risque à réécouter une énième fois cet album incontournable.
Avec Steak (2007), Rubber (2010), ou plus récemment Au poste! (2018) ou Incroyable mais vrai (2022), Quentin Dupieux s’est installé à la table des réalisateurs qui comptent dans le paysage. Cette année encore avec Fumer fait tousser (Grégoire Ludig, Gilles Lellouche, Adèle Exarchopoulos, David Marsais) présenté en séance spéciale (pas de date de sortie annoncée). Mais Quentin Dupieux est aussi Mr Oizo, aussi prolifique derrière une console que derrière une caméra.
C’est un Park Chan-wook presque posé qui est venu présenter Decision to Leave. Le réalisateur sud-coréen de Old Boy (Grand Prix Cannes 2003), et Mademoiselle (2016) met de côté la violence et l’outrance avec une sorte d’enquête policière teintée d’obsession amoureuse. Sortie annoncée le 29 juin.
Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien 2000, Seules les bêtes 2019) revient à Cannes en sélection officielle avec un polar étrange. “Si la Nuit du 12 a les apparences du film d’enquête – scène de crime, interrogatoires, hypothèses, contre-interrogatoires, etc. –, il laisse traîner son regard ailleurs. En biais. Moins sur les indices que sur les manières des flics (l’impossible tâche d’annoncer la mort d’une ado aux parents), moins sur le contenu du témoignage que sur la façon dont chaque suspect ou ami parle de lui-même en évoquant la victime.” Libération Sortie le 13 juillet.
L’actrice-réalisatrice parle d’une période de sa vie, mais aussi d’un moment de l’histoire du spectacle vivant, quand les Amandiers suscitait un désir infini chez tous les aspirants comédiens. Patrice Chéreau (mort en 2013) dirigeait le théâtre, et Pierre Romans (mort en 1990), l’école. Ces deux figures faisaient beaucoup pour le rayonnement du lieu. Louis Garrel joue un Chéreau au sommet de son charisme autoritaire, et Micha Lescot un Pierre Romans blessé, d’une sensibilité irrésistible. Aucun n’est pourtant idéalisé par la cinéaste : le premier se montre scandaleusement entreprenant avec l’un des élèves-acteurs, le second sombre lentement dans ses addictions à la drogue. Sortie le 9 novembre.
Irma Vep, série en huit épisodes signée et réalisée par Olivier Assayas pour HBO (et OCS City à partir du 7 juin), montrée en avant-première au Festival de Cannes (section Cannes Première), offre une mise en abyme artistique à faire tourner la tête. On y suit la production d’Irma Vep, la série, réinvention d’Irma Vep, le film (1996), qui se déroulait lui-même sur le tournage d’un remake des Vampires (1915), le « serial » de Louis Feuillade. Après Maggie Cheung dans le long métrage, c’est la Suédoise Alicia Vikander qui enfile la combinaison noire de Musidora, interprète originelle d’Irma Vep, voleuse au service d’une bande de criminels parisiens.
En attendant la sortie de Chronique d’une liaison passagère (sortie le 14 septembre 2022) avec Sandrine Kiberlain et Vincent Macaigne, on peut revoir Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait le film qui a remporté le Lumière du meilleur film lors de la 26e cérémonie des Lumières de la presse internationale, une histoire d’amour aux multiples rebondissements.
Après que son frère Joel a réalisé The Tragedy of MacBeth, c’est au tour d’Ethan Coen de réaliser un projet solo, Jerry Lee Lewis : Trouble in Mind consacré à… Jerry Lee Lewis, peut-être le plus sauvage d’entre tous les pionniers du rock'n'roll. «J’ai grandi avec le rock’n’roll et la pop, explique Ethan Coen. Puis j’ai découvert Bob Dylan et de là, je suis remonté aux racines. La country, le blues, le bluegrass (…). Toutes ces choses-là, Jerry Lee Lewis les a écoutées quand il était enfant et c’est ce qui m’a immédiatement fasciné dans sa musique.» En attendant on peut hurler avec le killer en (re)lisant la bio que lui a consacré Nick Tosches. “Je veux que les choses soient bien claires. Hellfire de Nick Tosches est le plus beau livre jamais écrit sur un interprète de rock'n'roll [Jerry Lee Lewis], il est sans égal.” Greil Marcus
Un an après le très réussi La Loi de Téhéran, l'Iranien Saeed Roustayi confirme toute l'étendue de son talent dans Leila et ses frères, une fresque familiale qui tient de Tolstoï et du Parrain. “On est en Iran, mais on pourrait être ailleurs. Dans une version dégradée du Parrain, sans flingue ni dignité. Voire chez Molière, lorsque le pater familias se trouve transformé en Avare accroché à sa cassette. Leila et ses frères a l’humour oblique du désespoir, et un torrent de paroles suture toutes ses nuances de «famille je vous hais» en une fresque digne de Tolstoï (2h45 à ce jour).” Libération Sortie le 24 août
Pour son retour sur la croisette, David Cronenberg revient avec un film au casting royal (Léa Seydoux, Kristen Stewart, Viggo Mortensen) qui, une fois de plus, place au centre les rapports entre le corps humain et son environnement. Alors que l’espèce humaine s’adapte à un environnement de synthèse, le corps humain est l’objet de transformations et de mutations nouvelles. Avec la complicité de sa partenaire Caprice, Saul Tenser, célèbre artiste performer, met en scène la métamorphose de ses organes dans des spectacles d’avant-garde. Émotions fortes assurées. En salle.
La détestation — réciproque — d’une sœur aînée pour son frère était, déjà, au cœur de deux films majeurs d’Arnaud Desplechin. Dans Rois et reine (2004), Elizabeth (Noémie Lvovsky) faisait interner d’office Ismaël (Mathieu Amalric) dans un hôpital psychiatrique. Dans Un conte de Noël (2008), une autre Elizabeth (Anne Consigny), mais peut-être était-ce la même, avait banni Henri (Mathieu Amalric, encore lui) parce qu’il incarnait à ses yeux le Mal, susceptible de pervertir la famille et, plus particulièrement, son fils.
Coupez! est un film de zombies qui a pour cadre le tournage d’un film dont le sujet est le tournage d’un film de zombies… Michel Hazanavicius empile les versions d’un même film comme on empile les poupées gigognes. Et c’est hilarant.