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La sélection de Kent

J’ai toujours fait du dessin à main levée. Comme on dessine dans les marges des cahiers. Avec un copain on avait lancé un mouvement artistique ; L’Art thoobett. On était complètement potache, et ce qui se passe au Cabaret Voltaire en 1916, on l’a fait au lycée en quelque sorte. Trois quatre ans avant l’explosion punk.

Compositeur, chanteur, romancier, dessinateur, Kent a sillonné les scènes avec Starshooter dès la fin des années 70, puis en solo guitare en main (“J’aime un pays”, “Juste quelqu’un de bien”…), sans jamais lâcher ses crayons. Alors que sort Cabaret Voltaire, Kent nous a livré sa sélection.

Ma liste pourrait être sans fin, mais au bout de cinquante ans d’interview, j’en ai ras le bol de citer toujours les mêmes. Je n’ai plus envie de parler de 2001 L’Odyssée de l’espace qui a pourtant été un choc quand je l’ai découvert à onze ans. Alors j’ai cherché des choses moins évidentes, qui vont un peu plus loin.

Le Cabaret Voltaire

José-Louis Bocquet, Kent
2026 - Delcourt
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Premier contact

Denis Villeneuve
2017 - Sony
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Une enfance allemande - Île d'Amrum, 1945 

Fatih Akin
2025 - Blaq Out
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L’Incinérateur de cadavres

Juraj Herz 
1969 - Potemkine Films / Malavida
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Sibériade

Andreï Konchalovsky
1979 - Potemkine Films
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Asterios Polyp

David Mazzucchelli
2009 - Casterman
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Tous en ligne

Saul Steinberg
2025  - Éditions de La Table Ronde 
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Philip Glass/The Complete Piano Etudes

Vanessa Wagner
2025  - INFINE MUSIC 
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Unsuk Chin

Ensemble Intercontemporain, Pierre Bleuse
2026 - ALPHA CLASSICS 
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Johnny - Olympia 66

Johnny Hallyday
1966 - Philips
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Œuvres autobiographiques 

Arthur Koestler
1974 - Bouquin
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Spin

Robert Charles Wilson, Gilles Goullet
2015 - Folio
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Le Cabaret Voltaire

José-Louis Bocquet, Kent - 2026 - Delcourt

Si on connaît les noms de Tristan Tzara, Hugo Ball ou Hans Arp, il est plus rare que l’on sache exactement comment Dada, le formidable mouvement artistique qu’ils ont créé, s'est mis en place. C’est ce que nous raconte Le Cabaret Voltaire de Kent et Bocquet. “ Dada, c’est comment résister dans un monde en guerre et dans lequel le langage de la raison n’a plus aucun poids. Et bien on le combat par l’absurde. Je ne suis ni un très bon dessinateur ni un très bon musicien, j'enrage sur mes planches ou ma guitare, mais c’est ce qu’a provoqué cet enragement qui m’anime. Je me démerde.” 

Premier contact

Denis Villeneuve - 2017 - Sony

Ce que j’aime dans ce film de Villeneuve, c’est qu’à travers la science-fiction on parle d’autre chose, on va plus loin. On a été bercé, depuis des générations, avec l’idée que les extraterrestres nous ressemblaient mais vert et avec des oreilles pointues. Ici, Denis Villeneuve a un autre regard. En fait, Premier contact est un film sur le langage, sur la façon dont un langage construit ton esprit. Un Japonais ou un Allemand ne pense pas comme un Français. J’ai aimé cette notion du langage, et aussi cette notion du temps qui bouge. Pour moi, il y a un avant et un après Premier contact.

Une enfance allemande - Île d'Amrum, 1945 

Fatih Akin - 2025 - Blaq Out

C’est d’abord un très beau film. L’Allemagne nazie vue à travers les yeux d’un adolescent qui vit avec sa mère sur une île loin de tout. Sa mère tombe en dépression quand elle apprend que Hitler est mort, et c’est à travers la dépression de sa mère qu’il essaye de sauver que cet ado va comprendre ce qu’est l’Allemagne nazie. J’ai trouvé ça d’une grande finesse. Avoir placé le point de vue de l’ado au centre, ça évite tous les poncifs.

L’Incinérateur de cadavres

Juraj Herz  - 1969 - Potemkine Films / Malavida

Je tenais à parler du cinéma tchèque des années soixante. Ce moment où, dans la Tchécoslovaquie qui faisait partie du bloc communiste, une génération d’artistes est arrivée à s'émanciper malgré le poids du joug de Moscou. L’Incinérateur de cadavres, je l’ai découvert à la télévision à onze, douze ans. C’est l’histoire d’un croque-mort pendant la guerre, marié avec une juive, qui va se faire embringuer par les allemands pour qu’il fasse le sale boulot à leur place. C’est filmé presque comme un film d’horreur, en focales courtes, un peu déformante, qui fait penser aux expressionnistes allemands comme Georg Grosz ou Otto Dix. 

Sibériade

Andreï Konchalovsky - 1979 - Potemkine Films

Ce film est une saga qui court sur presque un siècle et qui se déroule dans un village du fin fond de la Sibérie où les habitants ont tout juste entendu parler de la révolution. On suit l’évolution de ce village au cours des décennies, jusqu’à la découverte d’un gisement de pétrole dans les années soixante-dix. J’ai découvert Sibériade, qui est vraiment un très beau film, tout en me demandant comment Kontchalovski avait pu faire un film pareil du temps de l’union soviétique encore dans sa toute puissance. C’est comme Chostakovitch qui vécut dans la terreur sous Staline, mais qui arrivait toujours à glisser un petit message anti stalinien dans ses symphonies. Et ça passait ! (Grand Prix du Festival de Cannes 1979)

Asterios Polyp

David Mazzucchelli - 2009 - Casterman

J’ai découvert Asterios Polyp quand je me suis remis à la BD, et c’est depuis un ouvrage que je garde en référence. Cette façon de construire son récit avec ce style, ces couleurs, dans lequel chaque personnage a sa typo, comme cette fille qui parle avec des fleurs ou l’autre qui parle avec des angles… tu saisis tout de suite le caractère de chacun des personnages. C’est unique et exceptionnel. Quand j’ai un coup de moins bien en BD, je ressors Asterios Polyp et je repars.

Tous en ligne

Saul Steinberg - 2025  - Éditions de La Table Ronde 

Dans le dessin, j’aime le trait avant tout, je ne suis pas un coloriste. Ce que je regrette d’ailleurs. Saul Steinberg, c’est pour moi le roi de la ligne. Dans ce livre sont regroupés ses premiers dessins de presse. Il y a deux manières d’aborder le dessin ; soit le trait, la silhouette, le contour, soit la lumière souvent abordée directement par la couleur. J’aime la lumière mais je préfère le trait, et dans ce domaine, Saul Steinberg reste à mes yeux une référence absolue.

Philip Glass/The Complete Piano Etudes

Vanessa Wagner - 2025  - INFINE MUSIC 

Ça fait quelques années déjà que j’ai fait le tour des grands genres comme la pop, le punk ou la chanson. Je ne suis surtout pas nostalgique, bien au contraire. J’ai toujours envie de découvrir quelque chose de nouveau à mes oreilles. Depuis quatre cinq ans, je fricote avec la musique contemporaine. Ce qui me plaît, c’est qu’il n’y a pas de repère auquel se raccrocher. Dans toutes les autres musiques, avec la mélodie on sait si c’est gai, triste, mélancolique. Là, c’est l’auberge espagnole. Ce n’est pas toujours évident ni facile, et parfois il faut attendre le bon moment, mais le plus important c’est rester curieux. En écoutant cette version des études de Philip Glass par Vanessa Wagner, je suis tombé à la renverse. 

Unsuk Chin

Ensemble Intercontemporain, Pierre Bleuse - 2026 - ALPHA CLASSICS 

L’Ensemble Intercontemporain est mon groupe préféré sur scène. Ils ont une force incroyable. Avec leurs dégaines improbables, leur répertoire et ce qu’ils dégagent, ils suscitent les mêmes réactions qu’un groupe de rock ! Ils sont comme des fous. Un jour que je vais les voir sur scène, et pendant que j’attendais devant la Philharmonie, je vois arriver un gars avec un T-shirt Iron Maiden, les cheveux longs, une grosse barbe mal taillée, et qui me dit : “Ce n’est pas parce qu’on a aimé Starshooter qu’on n’écoute pas l’Intercontemporain ! “ Ça m’a ravi ! 

Johnny - Olympia 66

Johnny Hallyday - 1966 - Philips

Le Johnny qui m’intéresse, c’est celui de la fin des années soixante, quand il revient de son service militaire et que, bousculé par les yéyés, il revient en s’accrochant au rythm'n blues. À l’adolescence, Johnny a été mon professeur de rock. J’ai redécouvert cette époque avec la publication des enregistrements des concerts organisés par Europe1 entre 57 et 74. Le son n’est pas toujours d’une grande qualité, mais Johnny avec les Blackburds (!) dont Mick Jones et Tommy Brown qui formeront Foreigner par la suite, ça tue vraiment. Ils reprennent des standards avec des cuivres, dont les Beatles, et c’est dément ! 

Œuvres autobiographiques 

Arthur Koestler - 1974 - Bouquin

Le ton qu’emploie Arthur Koestler, ce hongrois qui parle comme un anglais, avec le même humour, c’est une leçon. Ici, il raconte toute la première moitié du XXe siècle, ses engagements, ses passions et ses prises de conscience. Tout ça au moment où les intellectuels français se jettent dans les bras du stalinisme. Ce livre est une œuvre géniale. J’ai recommencé à le lire et je retrouve le ton que j’avais découvert il y a trente ans. Arthur Koestler est pour moi l’exemple de l’esprit brillant, il a la force de se mettre en dehors de ses convictions pour regarder le monde. C’est une œuvre qui n’est pas figée dans le temps.

Spin

Robert Charles Wilson, Gilles Goullet - 2015 - Folio

C’est l’histoire de trois amis qui, une nuit, s’aperçoivent que les étoiles ont disparu. En fait, la terre est entourée d’une barrière opaque qui l’isole du reste de l’univers où le temps passe beaucoup, beaucoup plus vite. C’est à la fois un récit palpitant - qui a fait ça, pourquoi, dans quel but - et le récit au quotidien de ces personnes, leurs relations, comment ils s’adaptent… Je trouve ce bouquin scientifico-féérique. 

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