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La sélection de Frédéric Paulin

Frédéric Paulin a marqué les esprits des lecteurs de romans noirs, en 2018, avec La Guerre est une ruse (Prix des lecteurs au festival Quai du polar en 2019), le premier volet de la trilogie Benlazar dans la laquelle il retraçait la montée du terrorisme islamique, de la victoire du FIS en Algérie, jusqu’aux attentats de 2015 à Paris. Avec Nul ennemi comme un frère, roman époustouflant qui inaugure une nouvelle trilogie, c’est dans la guerre libanaise que Frédéric Paulin nous entraîne, dans le sillage d’une poignée de personnages amenés à se croiser au fil de l’histoire. Et contrairement au tatouage qu’il porte sur le bras, “The Future Is Unwritten”, les deux volumes à suivre sont déjà prêts et sortiront en février et septembre 2025. En attendant, Frédéric Paulin nous a livré sa sélection avec laquelle nous débutons cette nouvelle saison, et nous en sommes ravis.

Nul ennemi comme un frère

Frédéric Paulin
2024 - Agullo
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Sandinista !

The Clash
1980 - SONY MUSIC
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As The Love Continues

Mogwai
2021 - Rock Action
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Fantaisie Militaire

Alain Bashung
1998 - Barclay
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Le Mal de vivre - Göttingen

Barbara
1964 - Philips
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La Trilogie des confins

Cormac McCarthy
1993, 1997, 1999 - L’Olivier
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Ainsi nous leur faisons la guerre

Joseph Andras
2021 - Actes Sud
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Une Histoire du conflit politique

Julia Cagé, Thomas Piketty
2023 - Seuil
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Une Histoire populaire des États-Unis

Howard Zinn
2003 - Agone
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La Ligne rouge

Terence Malick
1998 - 20th Century
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Fight Club

David Fincher
1999 - 20th Century Studios
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Zero Dark Thirty

Kathryn Bigelow
2012 - Universal Pictures
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Nul ennemi comme un frère

Frédéric Paulin - 2024 - Agullo

« Ô mon frère chrétien, ô mon ami druze, ô mon voisin sunnite ou chiite, ô mon hôte palestinien, vois ce pays qui est le tien. Vois ces enfants qui jouent dans la poussière de ce champ derrière les maisons de leurs parents. Autour d’eux s’étend cette vaste plaine de la Bekaa, cette longue bande de terre fertile où l’on récolte les figues, les abricots, les tomates, tous les fruits et légumes et le vin du Liban. Ce lieu où l’on vivait heureux. » 

Sandinista !

The Clash - 1980 - SONY MUSIC

Sandinista, c’est ce fameux triple album de The Clash, un triple vinyle à l’époque. Un album protéiforme qui abordait tous les genres - punk, reggae, dub, rock… il y a même une valse “Rebel Waltz” ! Il y a des titres comme “Ivan meets G.I. Joe” alors qu’on est encore dans la guerre froide, ou des titres plus sociaux comme “Career opportunities”, reprise d’un titre du premier album, mais chantée ici par des enfants, et qui dit en substance “Qu’est-ce que tu feras quand tu iras à Pôle Emploi et qu’on te proposera d’être flic ou de servir le thé à la BBC ?”. Je l’ai choisi aussi pour la figure de Joe Strummer, figure mythique du rock, une perte énorme pour moi. Comme je le dis souvent, sur une île déserte, et s’il n’en faut qu’un, c’est l’album que j’emmène.

As The Love Continues

Mogwai - 2021 - Rock Action

J’adore Mogwai depuis que je les ai vus, au début des années 2000, au festival La route du rock qui se tient tous les ans à Saint-Malo. Le groupe jouait tellement fort que le public refluait vers l’arrière ! Et moi j’étais porté par ce truc, en lévitation. Depuis je suis le groupe et je ne suis jamais déçu. Sur cet album, il y a, entre autres, le morceau “Ritchie Sacramento”, un titre qui me transporte. Expliquer pourquoi est assez compliqué, mais à chaque écoute c’est la même chose.

Fantaisie Militaire

Alain Bashung - 1998 - Barclay

Le choix de Bashung, c'est pour l’ensemble de sa discographie. Fantaisie Militaire, c’est un album qui est arrivé à un moment particulier et un peu sombre de mon existence. J’étais en fac et je ne savais pas trop où j’allais, ma copine de l’époque me quittait… la totale ! Et quelque part Fantaisie Militaire m’a tenu, m’a porté, m’a permis de surnager un peu dans mes problèmes personnels.

Le Mal de vivre - Göttingen

Barbara - 1964 - Philips

Barbara est une chanteuse assez mystérieuse, hors norme. Des vers comme :  

Les enfants sont toujours les mêmes à Paris ou à Göttingen

Faites que jamais ne reviennent le temps du sang et de la haine

je les trouve bien vus et désespérants à la fois, parce que les guerres, les génocides et les massacres s’enchaînent, et que le temps du sang et de la haine est toujours présent. 

La Trilogie des confins

Cormac McCarthy - 1993, 1997, 1999 - L’Olivier

Cormac McCarthy est un auteur que j’ai découvert il y a quatre, cinq ans, et je n’en suis pas revenu. Cette trilogie raconte la fin du mythe américain à travers l’histoire de ces deux cowboys qui partent au Mexique et qui en reviennent fracassés, eux qui, dans les années quarante, continuent à vivre comme à l’époque où les chevaux étaient tout. Je ne suis pas un grand fan du “natural writing” en général, du rural américain, mais là, McCarthy réussit quelque chose d’exceptionnel. C’est un immense auteur.

Ainsi nous leur faisons la guerre

Joseph Andras - 2021 - Actes Sud

Ainsi nous leur faisons la guerre est un livre sur la maltraitance animale. Andras est un styliste avec une écriture étonnante, très fouillée, mais c’est pourquoi il écrit qui est la chose qui m’intéresse le plus chez lui. Il n’hésite pas à aller à contre-courant de l’historiographie officielle française, comme dans son roman Kanaky ; sur les traces d'Alphonse Dianou dans lequel il aborde le massacre de la grotte d’Ouvéa, en Nouvelle Calédonie. Je me reconnais en lui parce que j’écris moi aussi sur l’histoire et la responsabilité de la France dans l’histoire en générale. Andras est un type extrêmement discret, on raconte qu’il a refusé d’être sur les listes du prix Goncourt. C’est un type droit dans ses bottes comme on dit. Et un grand écrivain.

Une Histoire du conflit politique

Julia Cagé, Thomas Piketty - 2023 - Seuil

Dans ce livre, Julia Cagé et Thomas Piketty essaient de comprendre pour qui, et pour quelles raisons on vote pour quelqu’un. Pour explorer ces questions, ils remontent jusqu'à la Révolution de 1789 en faisant un boulot énorme d’historien en fouillant dans les archives. Leur travail est remarquable parce qu’il met en lumière le fait qu’on ne peut pas penser sans connaissance, car sans connaissance on se laisse manipuler par les sentiments et les affects. Je suis un peu monomaniaque, mais je suis très intéressé par ces gros pavés très riches en documentation et que je lis comme un roman. Il faut se faire un peu violence, mais c’est nécessaire si on veut y comprendre quelque chose.

Une Histoire populaire des États-Unis

Howard Zinn - 2003 - Agone

Howard Zinn refuse la version officielle et héroïque des États-Unis. Lui raconte plutôt l’histoire des victimes de la politique intérieure et étrangère américaine. Il donne la parole aux indiens, aux esclaves, aux soldats déserteurs au Vietnam, aux perdants de ce grand roman officiel américain. En plus, chez Howard Zinn, l’écriture est enlevée, on peut lire ce bouquin comme un roman. Il existe d’ailleurs une version pour les adolescents de ce livre. Je suis, d’une manière générale, versé dans l’histoire et la contre histoire, et j’ai été scotché par la vision de Zinn de l’histoire de son pays.

La Ligne rouge

Terence Malick - 1998 - 20th Century

La Ligne Rouge est un film de guerre, mais c’est bien plus que ça. Non seulement l’image est magistrale, mais le propos est tout aussi magnifique. Dans La Ligne Rouge, Terence Malick s’interroge sur comment l’humanité des hommes parvient, parfois, à survivre face à la brutalité de la guerre, ou au contraire, comment parfois elle s’éteint. A la fin du montage, Terence Malick a proposé aux producteurs une version de six heures du film qui, bien sûr, a été refusée. Le film est finalement sorti dans une version de 2h50, ce qui explique que des acteurs présents sur le tournage aient quasiment disparu dans la version finale, comme Adrien Brody par exemple. L’histoire dit que Malick a la version longue dans un coffre mais que personne ne la verra jamais ! Le film est tiré du roman de James Jones dont plusieurs des livres ont été adaptés au cinéma, comme Tant qu’il y aura des hommes (Fred Zinnemann, 1954). Jones explique que la ligne rouge est la ligne qui sépare les sains d’esprit et les fous, mais surtout les vivants des morts.

Fight Club

David Fincher - 1999 - 20th Century Studios

Après avoir vu Fight Club au cinéma j’étais un peu perdu parce que dans la presse le film s’était fait défoncer pour son côté clipesque, esthétisant. Mais moi, je l’avais vu comme une interrogation sur nos réactions face à cette société d’ultra consommation et d’individualisme forcené. Est-ce qu’on se bat contre ou est-ce qu'on fait avec ? On joue le jeu de manière un peu cynique, ou on fait quelque chose de complètement dingue, comme les deux héros du film ? Et puis, quelles performances de Brad Pitt et d’Edward Norton ! Et le personnage joué Helena Bonham Carter qui voit avant tout le monde que Norton n’est peut-être pas tout seul dans sa tête !

Zero Dark Thirty

Kathryn Bigelow - 2012 - Universal Pictures

Dans Zero Dark Thirty, on est dans un film quasi documentaire, mais Bigelow ne tient jamais la main du spectateur. Elle croit à son intelligence. Elle applique cette règle du roman noir “Don’t tell, just show”. Le cinéma peut parler du monde sans en donner forcément une version romanesque. En plus c’est un film qui ne vieillit pas qu’on peut revoir même si on en connaît la fin !

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