Là encore, c’est un auteur dont je lis toute la production. J’ai trouvé passionnant Peuples en larmes, peuples en armes, sorti en 2016. C’est un essai extrêmement puissant sur le rapport entre émotion et action, entre l’émotion et la raison. Ici, il se positionne à contre-courant de la pensée dominante depuis trente ans qui veut que l’émotion s’oppose à la réflexion. Il s’appuie sur de nombreux textes mais aussi sur le film d’Eisenstein Le Cuirassé Potemkine, et sur une analyse que Roland Barthes avait faite du film, où il disait que la scène, où les femmes pleurent après que les marins ont été assassinés, relevait du pathos, de l’invraisemblable. Dans Peuples en larmes, peuples en armes, Georges Didi-Huberman dit au contraire que les larmes peuvent se transformer en cris, les cris en révoltes, les révoltes en révolutions. C’est un sujet qui me préoccupe d’autant plus que je crois que ça a à voir avec le cinéma populaire. Il faut cesser de dire qu’on fait du cinéma politique, si on ne fait pas en sorte que les gens se déplacent. Ils ne viendront pas s’il n’y a pas d’émotion. Larmes ou rires. Ça se dose, mais ça ne s’exclut certainement pas. Ce que j’aime beaucoup dans le travail de Georges Didi-Huberman en général, c’est qu’il cherche toujours les lucioles qui brillent (en référence à Pasolini), à mettre le doigt sur ce qui reste possible. Donc c’est assez encourageant. Je le dis avec beaucoup d’affection.