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Yves Ravey

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Retenu dans la première liste du Goncourt 2017, Yves Ravey fait partie de ces écrivains dont on entend peu parler. Pourtant, cet auteur, romancier et dramaturge, que Pierre Assouline cite parmi les héritiers de Simenon, vient de publier son vingtième roman. À cette occasion, il nous livre sa sélection, à laquelle nous avons ajouté son dernier roman, Trois jours chez ma tante, paru chez Minuit.

Sanctuaire

William Faulkner
1931 - Folio
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True Detective saison 2

Nic Pizzolatto
2015 -
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Ghost Dog

Jim Jarmusch
1999 -
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Cy Twombly

Jonas Storsve
2016 - Centre Pompidou
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Vitra Design Museum

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Trois jours chez ma tante

Yves Ravey
2017 - Editions de Minuit
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L’Aleph - Autres inquisitions

Jorge Luis Borges
1952 - L'Imaginaire
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Le Vice-Consul

Marguerite Duras
1966 - L'Imaginaire
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L’Affaire Grégory

Patricia Tourancheau
2017 - Les Jours
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Walker Evans

Julie Jones
2017 - Centre Pompidou
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Amarcord

Federico Fellini
1973 -
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Sanctuaire

William Faulkner - 1931 - Folio

Faulkner déborde la littérature, il touche à l’universel, au biblique. Ses personnages sont réduits à leurs simples intentions dans un univers complètement hostile, dans lequel ils ne sont pas admis, où ils développent leurs pulsions. J’aime aussi James Lee Burke, qui écrit une littérature du concret, immédiate, sociale. De James Lee Burke, je garde des images puissantes, l’approche du Sud : tu rentres dans un bar, tu manges des sandwichs aux crevettes, tu as des images du bayou sous les yeux. Il fait une appropriation personnelle de la Nouvelle-Orléans. Comme dans Prisonnier du ciel (1988)

True Detective saison 2

Nic Pizzolatto - 2015 -

Je suis fasciné par Nick Pizzolatto. Pour moi True Detective est un exemple de littérature de la fragmentation. Par exemple, chacun des trois personnages principaux vit sa propre histoire, se débat dans des problèmes qui sont les siens, et ce sont des fragments de leur personne qui s’associent pour faire quelque chose ensemble. Et puis il y les rapports de Colin Farrell avec son fils, qui souffre d’être en surpoids. Il y a là une vérité existentielle, on sent toute l’inquiétude du père. Nic Pizzolatto, c’est du brut très évolué ; c’est d’une brutalité impressionnante.

Ghost Dog

Jim Jarmusch - 1999 -

"C’est un des plus beaux films que j’ai vus. Cette réunion de types vieillissants, réduits à être des caricatures de mafieux, préoccupés par leurs problèmes de santé et qui bouffent tout le temps. Et, là dedans, Jarmusch nous entraîne de surprise en surprise tout en gardant une grande cohérence dans le scénario. Et Forest Whitaker, dansant sur son toit au milieu de ses pigeons, est incroyable."

Cy Twombly

Jonas Storsve - 2016 - Centre Pompidou

J’ai d’abord connu Cy Twombly par ses « griffonnages ». En règle générale, un peintre part d’un tracé, puis il ajoute des couches de peinture. Twombly, lui, au contraire, laisse parler ses intentions pulsionnelles avec de la mine de plomb, puis il va détruire, faire disparaître, effacer les couches. Il ne superpose pas, il propose un autre code, un autre langage. Un système complètement destructif. Le pulsionnel prend le dessus. C’est particulièrement évident dans ses toiles Achille pleurant la mort de Patrocle et La Vengeance d’Achille, dans lesquelles Cy Twombly rejoue la scène par ses pulsions, par la brutalité de son geste. Devant ces toiles, on croirait entendre le choc des armures.

Vitra Design Museum

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Le Vitra Design Museum, une usine transformée plantée à la frontière suisse-allemande, présente une grande exposition sur l’histoire des chaises, du milieu du 19e à nos jours. Ce musée expose et commercialise des répliques de Jean Prouvé, Charles Eames, ou encore Philippe Starck. http://www.design-museum.de/en/information.html

Trois jours chez ma tante

Yves Ravey - 2017 - Editions de Minuit

Après vingt ans d’absence, Marcello Martini est convoqué par sa tante, une vieille dame fortunée qui finit ses jours dans une maison de retraite médicalisée. Elle lui fait savoir qu’elle met fin à son virement mensuel et envisage de le déshériter. Roman court, noir, dans lequel la puissance des phrases sèches révèle une histoire scabreuse. On imagine l’adaptation que Claude Chabrol aurait pu en faire.

L’Aleph - Autres inquisitions

Jorge Luis Borges - 1952 - L'Imaginaire

"En fait, c’est assez particulier de parler de Borges. L’Aleph est un recueil de dix-sept nouvelles, jamais liées à une intrigue particulière, mais plutôt écrites en référence à un autre texte ou même à une autre référence. Par exemple, quand il parle d’Ode à un rossignol le poème de Keats, Borges fait également référence à Booz endormi, le poème de Victor Hugo, au fait que c’est le même rossignol dont parle Keats qu’aurait entendu Ruth dans le poème d’Hugo. En définitive, c’est toujours la durée, le temps qui préoccupent Borges. Et cette façon qu’il a d’aborder la notion du temps en interpénétrant les dimensions existentielle, humaine et divine. Je regardais d’autres textes de lui qui m’ont marqué, et je m’aperçois qu’en fait, c’est très difficile de parler de lui."

Le Vice-Consul

Marguerite Duras - 1966 - L'Imaginaire

Ici, le temps s’étire. C’est le narrateur qui donne sa continuité au récit. Comme c’est extrêmement écrit, avec des phrases simples qui n’ont l’air de rien, d’une écriture blanche comme la veste blanche de Michael Lonsdale dans l’adaptation cinématographique du roman, on se laisse embarquer. Des personnages apparaissent, qui ont chacun une préoccupation précise : « Qu’est-ce qu’on va faire demain ? », « Est-ce qu’on va boire ? », « Est-ce qu’on va danser ? », « Que fait le consul ? »… C’est extrêmement quotidien. En définitive, ils ne se disent rien parce qu’ils n’ont rien à se dire. Le Vice-Consul fait partie de ces livres qu’on lit longuement.

L’Affaire Grégory

Patricia Tourancheau - 2017 - Les Jours

"Ce n’est pas une production artistique, ni de l’entertainment, mais je suis avec attention l’affaire du petit Grégory. Surtout pour les caractères. Ces grandes affaires judiciaires, ces grands faits divers, sont, au-delà de l’horreur, une façon de s’interroger sur les rapports entre les gens, sur ce que l’on est." La chronique de Patricia Tourancheau

Walker Evans

Julie Jones - 2017 - Centre Pompidou

L’œuvre de Walker Evans est à la fois un témoignage et le fruit de recherches picturales. C’est un langage du dénuement qui capte l’humanité, la vérité sociale, les conséquences tragiques de la Grande Dépression des années trente qui s’est abattue sur les fermiers américains. Il les a rencontrés en 1935, dans le cadre de ses reportages pour la Farm Security Administration. Il fait de son appareil le témoin de son regard. C’est un peu un héritier de Paul Strand qui, lui aussi, composait des images très précises, posées, à la chambre.

Amarcord

Federico Fellini - 1973 -

Amarcord, c’est tout l’art du cinéma. Ce sont des scènes qui ne peuvent être vues que grâce à une caméra, à une bande son, et à toute cette troupe d’acteurs aux têtes incroyables. Amarcord, c’est la restitution du cycle des saisons, de la poésie, de la vie. Il y a, chez Fellini, cet attachement au quotidien, aux petites gens, à leurs tics et en même temps à leur beauté. Le travail sur le mime, sur le clown, c’était vraiment un cinéma de la démesure et de la joie. C’est un cinéma qui me manque.