16 janvier 2026
Comme le chantait Dutronc : « Il y a les playboys de profession / Habillés par Cardin et chaussés par Carvil / Qui roul'nt en Ferrari à la plag' comme en ville / Qui vont chez Cartier comme ils vont chez Fauchon ». Et puis il y a Steve McQueen, le roi du cool. Dans Bullit il met tout le monde K.O. En veste en tweed sur un col roulé, avec un petit trench, chaussures souples en daim ou en costume-cravate à écouter du jazz, Steve McQueen est le type le plus cool qui soit. Même assis sur son lit en pyjama, il est cool. C’est tellement vrai qu’il conduit une Ford Mustang GT Fastback de 1968 vert Highland Green. Cool on vous dit.
Et Hubert de Givenchy inventa la petite robe noire… qui en fait se trouve être une robe fourreau en satin. Mais qu’importe puisque c’est Audrey Hepburn qui la porte au cours de la scène d’ouverture du film, lorsque son personnage mange un croissant devant une vitrine du magasin Tiffany & Co. sur la Cinquième Avenue à New York. Emblématique du style chic et sophistiqué, elle est considérée à ce titre comme l'une des plus célèbres robes de l'histoire du cinéma. De plus, adapté de la nouvelle de Truman Capote Breakfast at Tiffany’s, le film est un chef d’œuvre.
On oublie parfois que, derrière la charmante et double histoire d’amour canine et humaine des 101 Dalmatiens, l’affreuse Cruella a un but bien précis en tête : s’emparer de tous les chiots dalmatiens pour s’en faire… un manteau de fourrure ! Un vrai manteau de fourrure de vrais animaux ! Mais où sont les défenseurs de la cause animale !
Pour exister la mode doit être vue. Et pour ça il n’existe pas de vitrine plus prestigieuse que l’édition américaine de Vogue sur lequel la célébrissime rédactrice en chef, Anna Wintour, fît régner la pluie et le beau temps, une des icônes les plus puissantes et les plus fascinantes du monde de la mode. Sa coupe au carré et ses lunettes de soleil trônèrent pendant vingt ans au premier rang des plus grands défilés. Elle était tellement crainte que, pour le film Le Diable s'habille en Prada dont elle a inspiré le personnage joué par Meryl Streep, de nombreuses maisons de mode avaient décidé de ne pas être citées, de peur de lui déplaire !
Ancienne assistante de la célèbre Anna Wintour, la rédactrice du Vogue américain et maintenant de l’ensemble des éditions mondiales du titre, Lauren Weisberger s’est largement inspirée de son expérience pour écrire ce roman au succès immense, et qui sera adapté en 2006 par David Frenkel, avec Meryl Streep dans le rôle de Miranda Priestly la patronne tyrannique, et Anne Hathaway dans le rôle de la narratrice. Bienvenu en enfer.
Après ses débuts couronnés de succès chez Christian Dior, Yves Saint Laurent s’envole vers les sommets de la reconnaissance et de la gloire aidé en cela par son compagnon Pierre Bergé. Les années charnières 1967 – 1976 sont celles qui intéressent particulièrement Bertrand Bonello qui ne voulait pas réaliser un biopic, mais un film qui mesure « l’écart entre la vérité historique et la vision d'artiste du couturier ». Pierre Bergé rejette cette vision de l’histoire et préfère donner son aval et porter son soutien au film de Jalil Lespert Yves Saint Laurent, plus classique, avec Pierre Niney dans le rôle-titre. Deux visions d’une même histoire.
Dans le Londres des années 50, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa sœur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu'endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu'au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près.
Paris, mars 1994. Chronique de la semaine du prêt-à-porter et du grand et petit monde qui gravite autour, le tout ponctué par un étrange décès. Les héros de Prêt-à-porter n'ont pas d'âme. Les oripeaux superbes qu'ils créent, dont ils parlent ou s'affublent ne servent qu'à dissimuler leur vide. Le paraître leur sert d'être. D'où cette galerie de fantoches qu'Altman fait se croiser, lors d'une semaine folle où, de défilé en défilé, de grands animaux fardés, prisonniers d'un monde dont ils sont à peine dupes, assistent à un rituel qui les conforte dans leur propre inexistence. Attention, Robert Altman n'est pas un tendre.
« La robe en miel était le point d'orgue de la collection automne-hiver de Marie. À la fin du défilé, l'ultime mannequin surgissait des coulisses vêtue de cette robe d'ambre et de lumière, comme si son corps avait été plongé intégralement dans un pot de miel démesuré avant d'entrer en scène. Nue et en miel, ruisselante, elle s'avançait ainsi sur le podium en se déhanchant au rythme d'une musique cadencée, les talons hauts, souriante, suivie d'un essaim d'abeilles qui lui faisait cortège en bourdonnant en suspension dans l'air, aimanté par le miel, tel un nuage allongé et abstrait d'insectes vrombissants qui accompagnaient sa parade. » Nue est le quatrième et dernier volet de l'ensemble romanesque Marie Madeleine Marguerite De Montalte, qui retrace quatre saisons de la vie de Marie, créatrice de haute couture et compagne du narrateur : Faire l'amour (2002) ; Fuir (2005, prix Médicis) ; La Vérité sur Marie (2009, prix Décembre).
« Je file à mon déjeuner au Ritz. Je vous laisse gérer la crise, je reviens vers 16 h. »
« On a un mégadrame avec un VIP qui refuse de monter dans la voiture parce que c'est une diesel. »
« J'avais tellement faim, j'ai oublié d'instagrammer mon repas. »
« Elle est de quelle origine ? Conne. »
Loïc Prigent journaliste spécialiste de la mode s’il en est, auteur de nombreux documentaires, est un peu le Saint Simon des défilés.
Depuis que nous avons enfilé nos premiers habits pour ne plus avoir froid, éviter les brûlures du soleil et pouvoir marcher sans se blesser les pieds, les bipèdes que nous sommes avons cherché à avoir du style. Pour nous distinguer ou pour appartenir à un groupe. La mode, l’industrialisation de cette recherche de style, fascine donc les économistes comme les guetteurs de tendances. L'anthologie proposée ici mêle des textes classiques de la critique littéraire et artistique, de sociologie, d'anthropologie, ou de philosophie, avec des références contemporaines, illustrant la richesse des analyses sur la mode.
La mode est essentiellement arbitraire, c'est un besoin social. On manifeste dans le choix de sa tenue son appartenance à un groupe ou au contraire le besoin de se différencier. Or, adopter un style d'une autre communauté, c'est d'emblée se détacher de son groupe d'origine. Variant sans cesse ses contenus, la mode suit les progrès sociaux, moyen de marquer la différence de classes. Pour Georg Simmel (1858 – 1918), la classe moyenne est sa première victime. Prompte au changement, elle se reconnaît dans ce présent sans cesse mouvant, moteur de toute marchandise. Depuis, le prêt-à-porter TikTok et Instagram sont apparus dans le paysage.