Un Homme qui dort

Georges Perec - 1967

Perec, c’est quelqu’un dont on ne cesse de découvrir toutes les facettes incroyables de son travail, bien au-delà d’un simple oulipisme purement ludique et cruciverbal. Pour moi, Un Homme qui dort, c’est la réécriture de Bartelby, l’histoire de cet étudiant qui doit se lever pour passer un examen et qui préfèrerait ne pas… Si, chez Melville, la fin est martyrologique, chez Perec, il y a un feuilleté de sensations extrêmement différentes, la désobéissance, la mélancolie, l’isolement méditatif, toutes ces formes de résistance passive, mais marquées par l’angoisse et une désespérance solitaire. J’aime bien comment Perec est allé au bout du bout du bout de cette ambivalence. Parfois on aurait trop tendance, y compris dans mes sensibilités au monde, à croire qu’il peut y avoir une rupture facile, une désobéissance facile avec le monde tel qu’il est, avec les rendez-vous, avec la carrière. Toutes ces ruptures peuvent être emplies d’une conscience réactive, et en même temps elles peuvent être aussi porteuses de démons d’autodestruction. Dans ce livre, Perec ne tranche jamais.