30 janvier 2026
La ségrégation raciale, aux Etats-Unis, à la fin des années soixante, est telle, que des émeutes éclatent dans de nombreuses grandes villes. A Detroit, où une main d’œuvre afro-américaine travaille dans les usines automobiles, les émeutes vont faire une quarantaine de morts. Dans Detroit Kathryn Bigelow retrace l’affaire de l'Algiers Motel, dans lequel Fred Temple, Aubrey Pollard et Carl Cooper, furent abattus par la police au cours d’une nuit de terreur.
Pour accompagner les stars de la maison que sont Marvin Gaye, The Temptations, The Four Tops, The Supremes… Berry Gordy met en place une chaine de production avec un groupe de musiciens choisit méticuleusement dans les clubs de jazz. Ces musiciens surdoués - qui s’appellent entre eux les « Funk Brothers » - vont associer leurs talents à plus de hits que les Beatles, les Rolling Stones, les Beach Boys et Elvis Presley réunis. Ce film est leur histoire.
A Detroit, quand on n’est pas artiste chez Motown, on a toutes les chances de se retrouver à coller des pare-brises dans une des usines qui font la réputation de la ville. Une voiture par minute. 55 par heure. 220 000 par an. Le salaire est dérisoire. Le syndicat, corrompu. La vie n’est qu’une interminable liste de factures impayées. Trois ouvriers concoctent alors le plan du casse ultime qui leur permettra d’être enfin libres… Dans Blue Collar, les personnages ne sont pas glamour, et la musique est rythmée par les martaux pilons des usines.
La politique marketing de Berry Gordy était de sortir des singles qui passent à la radio et que s’arrachent les jeunes. Mais au tournant des années 60, sous l’impulsion d’artistes comme Bob Dylan (Blonde on Blonde 1966) ou The Beatles (The Beatles 1968), l’album devient le format sur lequel les artistes peuvent exprimer des sentiments plus complexes. Pour sortir What’s Going On, Marvin Gaye a du forcer la main à Berry Gordy qui ne croyait pas au potentiel commercial de chansons qui évoquaient la guerre, la pauvreté, l’écologie… Et pourtant. Avec What’s Going On Marvin Gaye signe non seulement son chef d’œuvre, mais un des plus beaux albums de l’histoire de la musique.
Avec la fin des années 60, la façade du rêve américain tombe en morceaux et laisse apparaitre une réalité sociale marquée par la pauvreté et les tensions raciales. Curtis Mayfield, qui ne fait pas partie de Motown ni de Stax, est le pont musical entre Detroit et Memphis. Voix d’ange et guitares funky sur mélodies imparables, There's No Place Like America Today est devenu un des étendards des luttes pour l'égalité des droits. A ranger entre What's Going On de Marvin Gaye et l'album Innervisions de Stevie Wonder.
Avec What’s Going On, Marvin Gaye a montré que l’on pouvait à la fois produire une soul soyeuse, concernée par les sujets d’actualité, et grimper dans les charts. Stevie Wonder va s’engouffrer dans cette voie avec Innervisions (sorti un an après son album Talkin Book et son tube planétaire « Superstition ») et des chansons qui abordent les thèmes de la drogue, de l’étique en politique, des conditions de vie dans les ghettos… qui grimperont, elles aussi, dans les classements des meilleures ventes. Indispensable.
Mowest fut un sous-label de Motown sur lequel sortirent une dizaine d’albums et une quarantaine de singles sans qu’aucun ne rencontre un succès commercial, essentiellement dû à un manque de promotion. Cette compilation de raretés est une bonne façon de (re)plonger dans ce catalogue qui laisse rêveur.
En cinq morceaux composés et produits par Norman Whitfield (grand sorcier des Temptations), Rare Earth - un groupe de blancs – signe avec Ma un album qui n’aurait pas dépareillé dans le catalogue Stax, ou sur un label rock. Un parfait mix entre rock psyché et funk.
Entrée chez Motown comme assistante, Rita Wright deviendra choriste, puis artiste maison sous le nom de Syreeta et le haut patronage de celui qui deviendra son mari, Stevie Wonder. Avec lui elle écrira plusieurs tubes dont « Signed, Sealed, Delivered » ou « If You Really Love Me ». Co-écrit et produit par son ex-mari, cet album est une merveille à classer entre Talking Book et Innervisions.
Berry Gordy compris que pour sortir des ghettos la musique afro-américaine devait plaire aux blancs. Alors il imagina une usine qui intègrerait auteurs, compositeurs, musiciens, tous au service des artistes qu’il se chargerait de rendre aussi glamour que possible. Cours de maintien, nœud pap’, robes en lamé, cheveux lissés... et sourires de rigueur. Adam White, jeune anglais de Bristol tombé sous le charme de Motown en entendant « Heat Wave » de Martha and The Vandellas à la radio, raconte l’histoire du label avec force photos, mais également en mettant en lumière ceux qui, dans l'ombre des coulisses, furent essentiels à la réussite du label.
Ce livre monumental retrace l'histoire de cette musique, à travers ceux qui l'ont écrite, à travers ceux qui l'ont chantée. De Detroit à Memphis, la journaliste Gerri Hirshey a arpenté les routes de la soul et du rhythm & blues à la rencontre de ses plus grandes légendes. Et de Stevie Wonder à Marvin Gaye, de Diana Ross à Ben E. King, des Four Tops à Michael Jackson, de James Brown à Wilson Pickett, de Isaac Hayes à Aretha Franklin ou Screamin'Jay Hawkins, Gerri Hirshey les a tous rencontrés !
A Motown et ses artistes glamour, on a souvent opposé le label Stax et les artistes de Memphis et du sud des États-Unis, plus roots, plus rythm & blues, comme Otis Redding, Sam & Dave, Aretha Franklin, Al Green… C’est leur histoire que raconte Peter Guralnick. « Achetez ce livre, vous n’imaginez pas le nombre de disques que vous sentirez obligés d’acheter ! » Elvis Costello