En 1967, au temps de la télé en noir et blanc et du Parti Communiste Français comme premier parti politique de France avec 400 000 adhérents, 230 000 lycéens passèrent le bac (740 000 en 2020). A cette époque, Louis Aragon est une figure centrale de la vie culturelle et politique française. Au cours d’une émission de variétés dont Guy Béart est l’invité principal, l’écrivain s’adresse à un public d’adolescents : « Mes idées politiques proviennent du fait d’un homme défini par ce qu’il fait dans la vie. Et c’est parce que j’écris que je suis devenu ce que je suis devenu, et non pas le contraire. »
Dadaïste, surréaliste, communiste, blessé pendant de la Première Guerre mondiale (décoré de la Croix de guerre), dès 1941 Louis Aragon s’engage résolument pour la résistance contre le nazisme. Publié en mars 1943 La Rose et le Réséda appelle à l’unité de tous les résistants, quelque soient leurs différences sociales ou politiques.
C’est la rencontre avec le peintre qui donnera à Aragon l’idée de lui consacré un roman. Henri Matisse, roman c’est d'abord la compilation, sur trente ans, de toutes les préfaces, articles, conférences qu'a consacré.e.s Aragon au peintre, à chaque fois revisité.e.s, affiné.e.s, pour essayer de cerner « ce qui échappe aux explications de texte » sur ce qui serait l'« énigme de Matisse », l'énigme de la peinture, l'énigme de l'art.
« Ceci est un roman, c’est à dire un langage imaginé pour expliquer l’activité singulière à quoi s’adonne un peintre ou un sculpteur, s’il faut appeler de leur nom commun ces aventuriers de la pierre ou de la toile, dont l’art est précisément ce qui échappe aux explications de texte. » Aragon
Dada nait en 1916, en pleine première guerre mondiale, à l’instigation de Hugo Ball et Richard Huelsenbeck. C’est un véritable mouvement révolutionnaire qui se caractérise par une remise en cause de toutes les conventions, contraintes idéologiques, esthétiques et politiques. Cette révolution est la seule solution, aux yeux des membres de Dada - dont Louis Aragon fera partie avant de se lancer dans l’aventure surréaliste -, de répondre à la folie destructrice de la classe bourgeoise à la tête des pays occidentaux.
Le surréalisme naît en 1919 avec la parution des Champs Magnétiques de Philippe Soupault et André Breton, dont les trois premiers chapitres paraitront dans la revue Littérature créée par Louis Aragon, André Breton et Philippe Soupault, et dont le premier numéro sortira le 1er mars 1919. La rupture d’Aragon avec le mouvement survient en 1930, quand Aragon choisit de rester fidèle au PC et rompt avec Breton dont il trouve la position de plus en plus dictatoriale.
Louis Aragon et Elsa Triolet forment un des couples mythiques de la vie culturelle française du milieu du XXe siècle. Russe, sœur de Lili Brik la compagne du poète Maïakovski, Elsa sera la muse d’Aragon qu’elle épousera en 1939. Couple fusionnel dans les idées et les engagements, Elsa est elle aussi une grande écrivaine qui sera la première femme à recevoir le Prix Goncourt, en 1945, avec Le premier accroc coûte deux cents francs. Un des recueils de poésies les plus connus de Louis Aragon, publié en 1942, a pour titre Les Yeux d’Elsa.
En 1971, Angela Davis, femme afro-américaine et communiste, est une des figures de prou de la contestation aux États-Unis. Alors qu’elle est menacée de lourdes peines de prison pour des faits qu’elle n’a pas commis, une manifestation de soutien est organisée à Paris, manifestation à laquelle participent les grandes figures de la gauche intellectuelle française Jean-Paul Sartre et Louis Aragon en tête.
On connait moins l’intérêt d’Aragon pour le cinéma des années 60 notamment le courant de la nouvelle vague, et plus spécialement Jean-Luc Godard. La curiosité des deux créateurs est réciproque, le cinéaste aime insérer des citations tirées d’œuvres du poète-romancier (Les Poètes dans Bande à part, La Mise à mort dans Pierrot le fou), tandis que celui-ci porte aux nues des films comme Le Mépris ou Pierrot le fou, et voit en celui qui les a réalisés un « génie », l’incarnation même de « l’art d’aujourd’hui »