Le salon de musique

Satyajit Ray - 1958

Je croise beaucoup de cinéphiles qui sont obsédés par le cinéma américain des années soixante-dix, par le cinéma de genre, par le cinéma français des années cinquante etc. mais jamais on n’entend parler de Satyajit Ray. Le salon de musique, que j’ai vu la première fois à l’adolescence, m’a fait découvrir l’Inde, le cinéma indien, la musique indienne (j’en écoute beaucoup), un cinéma qui venait vraiment d’ailleurs. Pour moi, ce film est l’équivalent du Guépard en Inde : Satyajit Ray évoque la fin d’un monde et le début d’un autre, une transition difficile, terrible. C’est un film sur la famille, sur la tradition, sur la culture, la passion, l’obsession…et le temps qui passe. Quand je suis parti tourner Taj Mahal en Inde, la mémoire des films de Satyajit Ray était toujours avec moi, au point où je lui ai rendu hommage à la toute fin du film, en utilisant une de ses musiques. Je pense qu’on ne peut pas essayer de « comprendre » l’Inde : c’est une civilisation complexe. Mais la tradition culturelle du pays, les différences entre le Sud et le Nord, sont fascinantes. Le Salon de Musique est un mélange de beaucoup de choses : ce qui unit le film, c’est sa musique, son côté élégiaque. C’est un de mes films préférés au monde. Tout est à la fois sublime et fluide. C’est la qualité des grandes œuvres, le fait qu’on ne sait plus comment elles ont été pensées ni créées. Je dis souvent qu’on ne peut pas s’estimer spécialiste de cinéma quand on n’a pas vu Le Salon de musique et les autres films de Ray. C’est difficile de parler de cinéma avec quelqu’un qui n’a jamais vu un film de Satyajit Ray.