La Classe ouvrière va au paradis

Elio Petri - 1971

Je suis un fou furieux du cinéma italien, et Elio Petri en est un des très grands maîtres qui, comme Marco Ferreri, est extrêmement mésestimé. Les deux ont tenu une une position hétérodoxe dans le cinéma italien de cette époque parce qu’ayant pris leurs distances avec la doxa du PC italien. Dans La Classe ouvrière va au paradis, on retrouve la figure de l’ouvrier modèle, un véritable stakhanoviste qui déteste les syndicats et les agitateurs, cité en exemple par son patron. Pris dans cette logique d’hyper activité délirante et d’excès de zèle, un jour, cet ouvrier modèle perd un doigt dans un accident de travail. Tout le monde essaie alors de récupérer sa cause, mais lui est perdu, sa femme le quitte, tout son monde s’effondre… Il reste seul dans son appartement et commence à s’adresser à tous les objets de consommation qu’il a achetés. Il défonce toute la logique consumériste en faisant le lien entre l’aliénation du travail et celle de la consommation, jusqu’à plonger dans une certaine folie. On le voit alors rendre visite à d’anciens ouvriers en hôpital psychiatrique qui continuent à entendre le bruit des cadences et sont détruits psychiquement. C’est un film qui m’a beaucoup marqué parce qu’il associe une problématique psychique à celle physiologique de la souffrance au travail. Oui, les ouvriers ont une âme. Et Gian Maria Volonté porte ce film d’une manière qui en fait, à mes yeux, le Al Pacino italien.