30 janvier 2026
Les mots ont le pouvoir d’adoucir une réalité sociale souvent plus violente qu’il n’y paraît. Comme quand “charges patronales” remplacent “cotisations sociales”, quand “collaborateur” remplace “salarié”, ou quand “réforme” déguise “politique néolibérale”. Ces mots que nous entendons tous les jours ne sont pas neutres, ce sont ceux qu’emploient ceux qui veulent nous persuader qu’ils agissent dans l’intérêt du plus grand nombre et qu’il n’y a pas de plan b. Dans cet essai, Selim Derkaoui et Nicolas Framont déboulonnent les termes et expressions qu'utilisent quotidiennement hommes et femmes politiques, DRH et journalistes mainstream pour brouiller les frontières de classe et légitimer un ordre social au service des possédants. Conçu comme un manuel de contre-propagande, ce livre contribue ainsi à renouveler un vocabulaire : celui de la lutte de classes.
“Poétique de l'emploi part d'une situation on ne peut plus concrète : entre novembre 2016 et avril 2017 - autrement dit, de la promulgation de l'état d'urgence aux manifestations contre la Loi travail -, le personnage principal profite de son statut social de « sans emploi » pour flâner dans divers quartiers de Lyon tout en cherchant s'il y a encore une place dans la société pour « la poésie ». En chemin, elle (ou il) va croiser à maintes reprises son père, un homme d'affaires cultivé qui ne sait visiblement plus quoi dire ou faire pour exercer sa bienveillante autorité sur sa progéniture. Ce dialogue de sourds intergénérationnel sur fond de chômage de masse et d'omniprésence policière n'est qu'un prétexte pour passer de la fausse naïveté d'une vocation de poète à des interrogations abyssales : peut-on faire de la poésie sous état d'urgence ? Peut-on flâner quand on n'a pas de statut social ? Peut-on travailler sans avoir un emploi ? La poésie peut-elle échapper au langage préfabriqué de la doxa culturelle ? Cette dérive psycho-géographique chère aux situationnistes, conjuguée aux joutes verbales désopilantes avec un fantomatique surmoi paternel, engage en profondeur un autre débat à mots couverts. D'où les conseils poétiques en dix « leçons » qui scandent l'ensemble du livre, lui donnant la dimension fulgurante d'un « Traité de savoir-survivre à l'usage des désœuvrés volontaires ».
Et si on ne travaillait que trois heures par jour ? Telle est la proposition qu'Émilien Long, prix Nobel français d'économie, fait dans son dernier ouvrage, Le Droit à la paresse au XXIe siècle. Très vite, portée par la renommée de l'économiste et le sérieux de ses analyses, l'idée fait son chemin dans le débat public. Moquée par les uns, portée aux nues par les autres, elle se retrouve au bout du compte débattue dans toutes les rédactions, sur tous les plateaux télé. En quelques jours, elle devient le sujet sur lequel tous doivent se prononcer. Et si un autre monde était possible ? L'ampleur du phénomène est tel qu'Émilien Long, pris de court par le succès colossal de son livre, se voit poussé par ses proches à l'élection présidentielle de 2022. L'enjeu est simple : changer de modèle de société, sortir d'un productivisme morbide pour redécouvrir le bonheur de vivre. Paresse pour tous est un roman qui rend crédible une société qui renverse ses priorités et prend le temps d'exister.
Lui, c'est Rudi. Il n'a pas trente ans. Elle, c'est Dallas. Tous les deux travaillent à la Kos, une usine de fibre plastique. Le jour où l'usine ferme, c'est leur vie qui vole en éclats, alors que tout s'embrase autour d'eux. A travers l'épopée d'une cinquantaine de personnages, Les Vivants et les Morts est le roman d'amour d'un jeune couple emporté dans le torrent de l'histoire contemporaine. Entre passion et insurrection, les tourments, la révolte, les secrets de Rudi et de Dallas sont aussi ceux d'une ville où la lutte pour la survie dresse les uns contre les autres, ravage les familles, brise les règles intimes, sociales, politiques. Dans ce monde où la raison financière l'emporte sur le souci des hommes, qui doit mourir ? Qui peut vivre ?
“Malgré le naufrage et la multiplication des alertes, le cap est à ce jour inchangé : c'est l'adaptation de toutes les sociétés au grand jeu de la compétition mondiale. Une marée de gilets jaunes a pourtant surgi sur le pont, bientôt rejointe par d'innombrables mutineries pour défendre les retraites, l'éducation et la santé. Reste, pour aller du cap aux grèves, à conjurer l'obsession du programme et du grand plan, qui paralyse l'action. Et à passer de la mobilisation virtuelle des écrans à la réalité physique des luttes et des lieux. À travers le récit de son propre engagement, Barbara Stiegler dit la nécessité de réinventer notre mobilisation là où nous sommes, en commençant par transformer les endroits précis et concrets de nos vies.
Les Thugs, groupe d’Angers comme ils ne cessèrent jamais de le rappeler, sont un des rares groupes français à avoir rencontré un vrai succès à l’étranger, notamment aux Etats-Unis où leur rock radical les fit côtoyer Nirvana, Fugazi, Jello Biafra (Dead Kennedys), ou les producteurs Butch Vig et Steve Albini avec lesquels ils enregistrèrent. C’est également le seul groupe français à avoir été signé sur le label SUB POP (Nirvana, Pearl Jam, TAD…) S’ils ne se sont jamais étendus sur leurs convictions politiques, pas plus sur scène que face aux journalistes, les titres de leurs morceaux parlent pour eux. Strike (grève en anglais), leur troisième album, est sorti en 1996, au moment des mouvements sociaux qui avaient paralysé la France.
Film réalisé à la demande du Parti Communiste Français en vue des élections législatives de mai 1936, La vie est à nous est un des plus beaux exemples d'œuvres chorale du cinéma français. Réalisé bénévolement par un collectif d'artistes et de techniciens (Jean Renoir, Jacques Becker, B. Brunius, André Zwoboda, Pierre Unik, Henri Cartier-Bresson...), cette œuvre fédératrice est un témoignage unique sur le souffle populaire qui a porté cette année 1936. Lors de sa sortie, il s'est vu refuser le visa permettant sa projection publique et n'a alors été diffusé que dans les cellules et meetings communistes, comme le 7 avril 1936 à La Bellevilloise. Il ne reçoit son visa d'exploitation des autorités françaises qu'en 1969.
“1685, année terrible, est à la fois marquée par l'adoption du Code Noir, qui établit les fondements juridiques de l'esclavage « à la française », et par la révocation de l'édit de Nantes, qui donne le signal d'une répression féroce contre les protestants. Prendre cette date pour point de départ d'une histoire de la France moderne et contemporaine, c'est vouloir décentrer le regard, choisir de s'intéresser aux minorités et aux subalternes, et pas seulement aux puissants et aux vainqueurs. C'est cette histoire de la France « d'en bas » que retrace ce livre, l'histoire des multiples vécus d'hommes et de femmes, celle de leurs accommodements au quotidien et, parfois, ouvertes ou cachées, de leurs résistances à l'ordre établi et aux pouvoirs dominants, l'histoire de leurs luttes et de leurs rêves. Pas plus que l'histoire de France ne remonte à « nos ancêtres les Gaulois », elle ne saurait se réduire à l'« Hexagone ». Les colonisés - des Antilles, de la Guyane et de La Réunion en passant par l'Afrique, la Nouvelle-Calédonie ou l'Indochine - prennent ici toute leur place dans le récit, de même que les migrant.e.s qui, accueilli.e.s « à bras fermés », ont façonné ce pays.”
Pourquoi les êtres humains ont-ils un jour décidé de cultiver la terre ? La révolution industrielle aurait-elle pu se produire sous l'Empire romain ? L'agriculture du Moyen Âge était-elle peu efficace ? Le capitalisme stimule-t-il vraiment l'innovation scientifique ? Voici quelques-unes des questions simples et étonnantes auxquelles ces pages apportent des réponses parfois inattendues. Alliant l'histoire des sociétés, de l'économie et des sciences, Paul Cockshott élabore une histoire de l'humanité qui débute au temps de la révolution néolithique et s'achève en s'interrogeant sur une future ère post-énergies fossiles. Défendant une vision matérialiste de l'histoire, la richesse de cet ouvrage réside dans son analyse historique vaste et détaillée qui bouscule nos idées reçues sur les sociétés passées et actuelles.
Comme Norma Rae, le film de Jean-Paul Salomé est inspiré d’un fait réel, l'affaire Maureen Kearney, une syndicaliste d'Areva qui a alerté la presse et les politiques sur un contrat secret comportant des transferts de technologie vers la Chine. Suite à ses révélations, cette lanceuse d'alerte sera soumise à des intimidations de plus en plus violentes, puis à un viol avec actes de barbarie en décembre 2012. Comme si ça ne suffisait pas, Maureen Kearney devra se justifier des accusations publiques d'affabulation émanant du ministère de la Justice… dont elle ne sera blanchie que lorsque la procédure sera tranchée en cour d'appel, l'État renonçant à se pourvoir en cassation. Aucun des deux tribunaux n'a "reconnu son statut de victime".
“Au début c'est une photo, une photo dans une revue de cinéma. Une jeune femme brune, révoltée, qui crie. Nous sommes en juin 68, c'est la reprise du travail aux usines Wonder de Saint-Ouen en banlieue parisienne après la grève de mai. Deux étudiants de l'IDHEC filment la scène. Ce fameux film de 10 minutes a tout de suite été considéré comme LE film des événements et comme l'une des réalisations majeures du cinéma direct. Plus de trente ans après, hanté par le visage et la voix de cette femme, Hervé Le Roux est parti à sa recherche. Reprise est le récit de cette quête, jalonnée de rencontres avec ceux qui furent les témoins de l'époque.”
Norma Rae, divorcée et mère de deux enfants, est ouvrière du textile dans une petite ville du sud des Etats-Unis. A l'arrivée d'un délégué syndical de New York, elle est la première à s'engager à ses côtés dans un combat contre le patronat et ce malgré l'hostilité générale. Le film, tiré de l'histoire vraie de la militante syndicaliste Crystal Lee Sutton, est le reflet de la situation des travailleurs.euses américains dans les années 70 et des luttes qui furent les leurs pour imposer des syndicats. Le rôle-titre valu, en 1979, à Sally Field l’Oscar et la palme d’or à Cannes pour son interprétation.