En 1930, John Maynard Keynes (1883- 1946) prédisait que les avancées technologiques permettraient, d’ici la fin du XXe siècle, de réduire le temps de travail hebdomadaire à 15 heures par semaine. Selon David Graeber, anthropologue à la London School of Economics, « la technologie a été manipulée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus. Pour y arriver, des emplois ont dû être créés et qui sont, par définition, inutiles ». Graeber propose la méthode suivante pour définir un bullshit job ou emploi inutile : on imagine la disparition de l'activité et on évalue l'impact sur la société. Si les infirmières, éboueurs ou mécaniciens venaient à disparaître, les conséquences seraient immédiates et catastrophiques, écrit-il. Un monde sans professeurs ou dockers serait bien vite en difficulté, et même un monde sans auteur de science-fiction ou musicien serait clairement un monde moins intéressant. Finalement, Graeber soutient que les bullshit jobs font partie d’un système qui maintient en selle le capital financier : « La classe dirigeante s’est rendu compte qu’une population heureuse et productive avec du temps libre était un danger mortel. »