16 janvier 2026
L’inachevé Pétrole demeure le grand roman de Pasolini. Un orgasme verbal : 880 pages éditées qui auraient dû grimper à près de 2 000 si l’auteur n’avait pas été tué en 1975, sur une plage, près de Rome. Ecrit sous la forme d’une succession de notes numérotées, Pétrole s’immerge dans les années de plomb italiennes et enquête sur le meurtre (une explosion d’avion jamais élucidée), en 1962, d’un magnat du pétrole, Enrico Mattei. Pasolini a payé de sa vie des secrets approchés de trop près dans son livre.
Rome, novembre 1975. Le dernier jour de la vie de Pier Paolo Pasolini. Sur le point d'achever son chef-d'œuvre Salo, il poursuit sa critique impitoyable de la classe dirigeante au péril de sa vie. Ses déclarations sont scandaleuses, ses films persécutés par les censeurs. Pasolini va passer ses dernières heures avec sa mère adorée, puis avec ses amis proches avant de partir, au volant de son Alfa Romeo, à la quête d'une aventure dans la cité éternelle.
Pasolini est un polémiste forcené. En 1973, il accepte de travailler pour le Corriere della Sera. Son premier article, intitulé « Contre les cheveux longs », donne le ton. Cette série d’articles sera publiée dans Écrits corsaires, l’un de ses livres les plus importants. Il y fustige avec violence la société de consommation qu’il n’hésite pas à qualifier de fasciste. Il écrit : « Le centralisme fasciste n’a jamais réussi à faire ce qu’a fait le centralisme de la société de consommation. » Deux ans plus tard, il sera assassiné sur la plage d’Ostie à Rome, dans des circonstances qui demeurent mystérieuses.
Sur son chef-d’œuvre Tilt, sorti en 1995, Scott Walker rend également hommage à Pasolini sur le premier morceau intitulé « Farmer in the City (Remembering Pasolini) » – les paroles proviennent d'ailleurs de la traduction anglaise d'un poème de Pasolini, « Una tanti dialoghi ».
Rainer Fassbinder était allemand, anarchiste, athée. Pasolini était italien, communiste, catholique. Mais tous les deux étaient dramaturges et cinéastes, écrivains et poètes. Et tous deux étaient homosexuels. Chez eux, il y avait la volonté commune de penser la vie différemment, de nommer l’innommable, de parler du corps, de la sexualité, et de s’engager l’un et l’autre jusqu’à la mort. Issu du roman Querelle de Brest écrit par Jean Genet et paru en 1947 alors que ce dernier est en prison.
Dans la lignée des Ragazzi auquel il succède, Une vie violente poursuit l’exploration de la jeunesse perdue des bas-fonds romains. Tommasino, le héros du livre, tente de se forger une réputation dans un quartier de Rome livré aux petits malfrats. Pour ce faire, il s’adonne à la force des faibles, la violence, et devient un de ces vitelloni, un voyou à la petite semaine. La prison puis la maladie sauront-elles l’emmener sur les chemins de la rédemption ? Comme souvent avec Pasolini, véritable monument de la littérature italienne du XXe siècle, le choix du réalisme est un choix politique et moral : à travers la brièveté et la violence de ce destin, c’est celui de toute l’Italie d’après-guerre que l’auteur interroge.
L’écrivain italien auteur du Mépris, qui sera adapté par Jean-Luc Godard, et sa femme Elsa Morante sont des proches de Pasolini. Ensemble, ils voyagent en Inde à la fin de l’année 1960, un périple qui va inspirer à Pasolini une série d’articles et un livre, L’Odeur de l’Inde. À son enterrement, Alberto Moravia lançait : « Une société qui tue ses poètes est une société malade ».
Moretti est l’auteur d’un des plus beaux hommages cinématographiques rendus à Pasolini. Dans son film, Journal intime, on le voit se rendre en Vespa sur la plage d’Ostie, où Pasolini a été assassiné, la longer avant de s’arrêter sur le lieu du meurtre, avec en bande-son le formidable Köln Concert de Keith Jarrett.
On ne manque jamais d’associer Pasolini à Jean Genet. On a raison. Par son homosexualité, par son militantisme qui lui fait embrasser la cause des Palestiniens ou des Black Panthers, par ses audacieuses prises de position dans une époque de formatage avancé des esprits, Genet parle à Pasolini et ce dernier lui répond.
Pasolini a beaucoup travaillé pour le cinéma, écrit des scénarios, et réalisé de nombreux films, tous très différents. Mais peut-être le plus beau est Théorème (1968), où un mystérieux visiteur, incarné par Terence Stamp, s’immisce dans une riche famille milanaise et a des rapports sexuels avec chacun d’eux, ce qui change radicalement leur vie. Un immense poème filmique.
Médée, c’est l’essence du talent de La Callas : une femme jalouse, trahie, qui se venge de la pire des manières. Ce sommet du théâtre antique grec a inspiré de nombreux compositeurs, parmi lesquels Luigi Cherubini, dont la Medea est indissociable de l’interprétation qu’en a donnée Maria Callas. Médée lui a également offert son unique rôle au cinéma, dans le film éponyme de Pier Paolo Pasoloini — un rôle que, pour une fois, elle ne chante pas.
Inédit en français, Les Cendres de Gramsci est le plus célèbre des recueils de poèmes de Pier Paolo Pasolini. Le volume est composé de onze poèmes datés de 1951 à 1956. Le titre est emprunté à un poème imaginé devant la tombe d'Antonio Gramsci, au cimetière non-catholique de Rome. L'écriture poétique du recueil tend à la prose, effleure l'essai, on reconnaît les circonvolutions de la pensée propre à Pasolini, ses paysages, ses prises de position, ses questionnements, son lyrisme en action. C'est une écriture en vers à la fois intellectuelle et populaire.