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La sélection de Guillaume Poix

Dramaturge et romancier (son premier roman, Les Fils conducteurs, a été couronné par le Prix Wepler en 2019), Guillaume Poix est un auteur dont le dernier roman en date, Perpétuité, a animé la rentrée littéraire. Entre deux rencontres en librairie, il a pris le temps d’accepter notre invitation pour nous livrer sa sélection. “ Ce que j’aime faire quand je travaille, c’est changer complètement de monde, aller vers quelque chose que je ne connais pas, essayer un style, un genre complètement différent. Et donc, le point commun de toutes ces références, c’est la tentative de déployer un arc de registres le plus large possible.” 

Perpétuité

Guillaume Poix
2025 - Éditions Verticales
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Moi, toi et tous les autres

Miranda July
2005 - MK2
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Karoo

Steve Tesich, Anne Wicke
2009 - Monsieur Toussaint L'ouverture
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La Folie des grandeurs

Gérard Oury
1971 - Gaumont
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La Voleuse

Jean Chapot
1966 - Doriane Films
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Bright Star

Jane Campion
2009 - Pathé
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Guerre & guerre

Laszló Krasznahorkai, Joëlle Dufeuilly
1999 - Actes Sud
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Le Pavillon des cancéreux

Alexandre Soljenitsyne
1966 - Robert Laffont
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Une Partie rouge

Maggie Nelson, Julia Deck
2004 - Éditions du sous-sol
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4.48 Psychose

Sarah Kane, Vanasay Khamphommala
2024 - L'Arche
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Arcadie

Emmanuelle Bayamack-Tam
2019 - P.O.L.
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Interstellar

Christopher Nolan
2014 - Warner Bros.
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Perpétuité

Guillaume Poix - 2025 - Éditions Verticales

Le récit se déroule dans un huis clos entre les murs d'une maison d'arrêt, une nuit durant, avec seulement onze surveillant.es pour un millier de détenu.es, contre environ 100 surveillant.es le jour. C'est depuis leur point de vue et leur quotidien que Guillaume Poix se place et raconte ces nuits de ronde et de service dans un lieu hostile, mal connu et pétrie de clichés. Alors pour comprendre et découvrir, l'auteur a effectué plusieurs phases d'immersion dans une maison d'arrêt du sud de la France : "Je ne voulais pas venir en tant qu'artiste. Je voulais observer de manière assez invisible et transparente le métier de surveillant, avec l'impression que c'était un métier semblable à un corps social invisibilisé, des gens qu'on ne connaît pas beaucoup. On a une vision d'eux assez stéréotypée et donc je voulais m'intéresser à ces 'matons', ces gens qui ont l'air de faire le sale boulot pour nous". France Culture

Moi, toi et tous les autres

Miranda July - 2005 - MK2

C'est le premier film de Miranda July que j’ai vu (Caméra d'or à Cannes en 2005) et qui m'a complètement bouleversé. C'est l'histoire d’un couple complètement inadapté, lui a deux enfants, elle est une artiste complètement loufoque, et ces deux existences qui se rencontrent n'arrivent pas à construire quelque chose ensemble. C'est prodigieusement drôle, d'une mélancolie absolue et j'ai adoré le style et cette liberté de ton. C'est un film qui s’inscrit un peu dans cette veine du cinéma indépendant américain qu’on a pu voir au moment de Juno, Away We Go, Garden State. Ce film ne m'a jamais quitté et reste toujours une référence, notamment la musique que j’ai écouté en boucle et avec laquelle je prolongeais l’histoire du film en moi.

Karoo

Steve Tesich, Anne Wicke - 2009 - Monsieur Toussaint L'ouverture

J'ai l'impression que je passe ma vie à parler de Karoo. Steve Tich (1942-1996) est un auteur né en Serbie, qui a émigré aux États-Unis avec sa famille en 1957. C’est un scénariste qui a écrit seulement deux romans, Price (1982), et Karoo publié deux ans après sa mort. C'est un livre prodigieux qui raconte l'histoire d'un script doctor, ces auteurs qui s'occupent de réparer les scénarios bancals, mais qui, ici, est engagé par le producteur d'un cinéaste génial pour faire de son film un objet commercial. En clair, il est mandaté pour saccager le film. Il a une cinquantaine d'années, c’est un vieil américain cynique, qui n'arrête pas de boire mais qui n'est jamais ivre. C'est méchant et drôle à la fois, tragique aussi. C'est le grand roman américain écrit par un européen de l'Est qui dézingue les États-Unis et Hollywood. C'est un des plus grands livres que j'ai lu ces cinq dernières années. 

La Folie des grandeurs

Gérard Oury - 1971 - Gaumont

Louis de Funès est quelqu'un de fondamental dans mon rapport au cinéma. Pour moi, il a fait deux chefs-d'œuvre ; Jo et La Folie des Grandeurs. Jo est une adaptation au cinéma d'une pièce de théâtre dans laquelle il est lui-même dramaturge. Et comme j'écris du théâtre… Mais La Folie des grandeurs est pour moi son vrai son chef-d'œuvre, sur le plan de l'écriture et de l'ampleur stylistique. Je trouve que c'est le plus radical des films de de Funès, le plus délirant. Je pense que je l'ai vu deux cents fois. C'est un film que je connais littéralement par cœur. 

La Voleuse

Jean Chapot - 1966 - Doriane Films

J’ai découvert La Voleuse quand j’ai travaillé sur Soudain Romy Schneider, une pièce que j’ai écrite en 2020. C'est un film assez peu connu dont les dialogues ont été écrits par Marguerite Duras. C'est l'histoire d'une femme qui se réveille un matin hantée par le fils qu'elle a abandonné sept ans plus tôt, quand elle est tombée enceinte très jeune et qu’elle l’a confié à une famille. Depuis elle a refait sa vie, mais un matin l’idée de cet enfant qu'elle a laissé lui est insupportable. Elle veut faire valoir ses droits de mère mais évidemment la famille ne veut pas laisser partir cet enfant qui ne sait pas qui est cette femme. Le premier plan est extraordinaire, elle est filmée simplement, sur un mur blanc, on a l'impression qu’elle passe une audition. C’est magnifique. C'est aussi un des nombreux couples qu'elle a formés avec Michel Piccoli au cinéma, mais dans un film qu'on connaît moins que Les Choses de la vie par exemple. 

Bright Star

Jane Campion - 2009 - Pathé

J'adore le travail de Jane Campion et Bright Star en particulier, certainement parce que je l'ai vu au cinéma au moment de sa sortie. Je me souviens que j’avais été ébloui par la photo. Il y a ce plan somptueux où le personnage féminin est sur un lit dans une robe blanche un peu transparente, et le vent vient s'engouffrer dans sa robe par la fenêtre ouverte. C'est vraiment sublime. J'ai souvenir d'avoir pleuré comme une madeleine devant ce film tellement j’étais bouleversé. Ce film m’a complètement ébloui.

Guerre & guerre

Laszló Krasznahorkai, Joëlle Dufeuilly - 1999 - Actes Sud

Je viens de lire Guerre & guerre de Laszló Krasznahorkai que je ne connaissais pas avant son Nobel et que je n’avais donc jamais lu. Ça m'a bouleversé, j'ai trouvé ça exceptionnel. C’est d'une ampleur rare. J'ai adoré cette fiction gigogne, cette inventivité narrative, ce dispositif complètement dingue, cette histoire entre Budapest et New York, ce livre dans le livre, l'écriture et le pacte que Krasznahorkai passe avec le lecteur. J'ai l'impression de reconnaître le rêve qu'on pourrait avoir du livre parfait, qui englobe toutes les tonalités possibles.

Le Pavillon des cancéreux

Alexandre Soljenitsyne - 1966 - Robert Laffont

Il y a un livre qui a été fondamental pour moi avant d’écrire Perpétuité, c'est Le Pavillon des cancéreux d’Alexandre Soljenitsyne, dont je n'avais pas conscience à quel point c’est un chef-d'œuvre absolu. Je ne l’ai pas lu comme un roman sur le cancer. Ça parle évidemment de la maladie, mais j'ai eu l'impression que ça m'en a beaucoup plus appris sur l’institution, sur le rapport à la claustration, à l'enfermement, beaucoup plus que sur le soin. Et puis les personnages sont inoubliables, notamment les personnages féminins qui sont extraordinaires. Le Pavillon, c'est comme Les Misérables, c'est le génie pur. J'ai lu les deux romans à un an d'intervalle et je me suis dit OK, j'ai lu deux chefs-d'œuvre.

Une Partie rouge

Maggie Nelson, Julia Deck - 2004 - Éditions du sous-sol

C'est l'histoire vraie de Maggie Nelson qui, pendant qu’elle travaillait à un recueil de poésies inspirés par l’histoire de sa tante assassinée en 1969 dans le Michigan, une histoire qui n'avait pas été résolue, reçoit un appel de la police qui, grâce au progrès de l'ADN a retrouvé le meurtrier. Cette manière de faire de sa personne à la fois le sujet d’une réflexion théorique, une analyse biographique, en même temps qu’elle tire le fil du polar, de l'enquête et de la poésie, donne un livre assez singulier qui m'a complètement ouvert l'esprit sur les possibilités de marier des registres qui paraissent impossible à mêler les uns avec les autres, et qui donne à l’arrivée quelque chose de fou.

4.48 Psychose

Sarah Kane, Vanasay Khamphommala - 2024 - L'Arche

Sarah Kane était une dramaturge britannique qui a incarné le In-Yer-Face Theatre, un théâtre qui envoie un uppercut en pleine face. Elle n’a écrit que cinq ou six pièces avant de se donner la mort à 28 ans, dont 4.48 Psychose qui est en quelque sorte le journal de son suicide, son combat avec la maladie mentale. Claude Régy avait monté la pièce avec Isabelle Huppert dans le rôle.C'est un texte dévastateur, déchirant. J’aime les textes de Sarah Kane qui sont sans concession, d’une brutalité et d’une violence qui sont extrêmement choquantes, sidérantes, bouleversantes.

Arcadie

Emmanuelle Bayamack-Tam - 2019 - P.O.L.

Emmanuelle Bayamack-Tam est une écrivaine époustouflante d'inventivité, notamment avec cette idée d'utiliser des personnages d'un livre à l'autre et de les replacer dans des configurations complètement différentes, comme dans une espèce de perception un peu quantique du monde où les parents d’un personnage deviennent ses enfants dans un autre livre. Ses romans sont souvent polyphoniques, tramés de références littéraires invisibles, avec un travail sur la langue exceptionnel. Arcadie est l'histoire de Fara qui est née femme et qui découvre que son genre bascule. C’est, je pense, un hommage à Orlando de Virginia Woolf. C'est extrêmement ancré dans le contemporain avec des thématiques sur l'identité, la crise écologique, les marginaux, la tentation de faire sécession du monde capitaliste avec une petite communauté libertaire complètement loufoque qui croit en la littérature. Je trouve que c'est vraiment une des très grandes écrivaines françaises d'aujourd'hui. 

Interstellar

Christopher Nolan - 2014 - Warner Bros.

Interstellar est un film qui m'a complètement bouleversé, au point que j’ai écrit tout Perpétuité avec la musique d'Hans Zimmer. J'ai trouvé ce film magistral, tellement bouleversant, prodigieux dans l'écriture. C’est un film qui dialogue, pour moi, avec 2001 l’Odyssée de l’espace, deux œuvres qui ouvrent en nous une porte sur un univers inépuisable de mystères. Je suis nul en mathématiques, je ne comprends rien à la physique, et pour autant je pense que l'au-delà cosmique me raconte quelque chose. Ça passe par le corps et l’émotion. Ce film m'a physiquement éprouvé. 

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