16 janvier 2026
Pour Jean-Claude Gallotta, le cinéma a été une école du regard qui a naturellement nourri son œuvre, au gré des rencontres, des échanges et des collaborations. Pour partager les traces de cette présence, le chorégraphe a choisi d’adresser une série de lettres à des cinéastes, parmi lesquels Federico Fellini, Anne-Marie Miéville, Leos Carax, Nanni Moretti, Jean-Luc Godard, Nadège Trebal ou Raoul Ruiz. Sur un plateau nu que seule la lumière habille, la voix du chorégraphe prend le ton de la confidence.
« Ce livre a été une bible grâce à laquelle j’ai appris plein de choses à l’époque où tout n’était pas disponible sur internet. Ce dictionnaire était donc une somme incroyable de connaissances, mais également un plaisir de lecture grâce aux journalistes invités à participer à la rédaction et qui étaient de belles plumes. C’est un livre qui m’a beaucoup servi pour mes deux spectacles My Rock et My Ladies Rock. »
« Ce livre sans ponctuation, qui semble ne pas avoir de sens, a été un choc parce que je l’ai vu comme une danse. C’est l’énergie et la fluidité qui lui donnent tout son sens. On se laisse porter exactement comme avec la musique. Pour moi c’est un modèle d’écriture et un acte artistique. Il faudrait arriver à cette simplicité, à ce non-sens qui fait sens uniquement par son énergie. C’est un livre qui m’a tellement plu que je voulais en faire un solo pendant lequel j’aurais dansé et parlé en même temps. C’est un livre qui m’a profondément bouleversé. »
« Avec My Life In The Bush Of Ghosts, c’était la première fois que j’entendais ce mélange de pop, d’ambiant, d’électro, mais aussi de sons enregistrés à la radio, des prédicateurs, des voix qu’on ne comprenait pas… Je trouvais ça stupéfiant. Ça me faisait rêver très fort. Pour nous les danseurs, et les musiciens qui travaillaient avec nous, ce fût une vraie source d’inspiration. On se disait qu’on pourrait nous aussi puiser à différentes sources pour créer des ambiances encore plus fortes. Ça a vraiment été un modèle. »
« J’ai vu quatre films à la suite qui chacun contredisait la théorie sur l’art que j’avais construite avec le précédent ! En premier, il y a eu La Ferme des Bertrand, que j’ai trouvé tellement beau que je me disais que c’était ça le vrai cinéma, que la fiction était faible par rapport au documentaire… »
« Puis j’ai vu Suzanne, un film tellement réaliste qu’on pense à un documentaire. Je me dis alors, voilà, la solution c’est faire de la fiction comme du documentaire, d’en prendre toute la force. Je me dis que c’est possible de faire du cinéma comme ça… »
« La Fille de son père c’est tout le contraire ! C’est fantaisiste, imaginatif, poétique. Je me dis alors que c’est possible de faire de la pure fiction. Et toutes mes théories s’effondrèrent !... »
« En voyant Douze mille je me suis dit que Nadège Trebal avait dû voir les mêmes films que moi, avoir construit les mêmes théories, sauf qu’elle parvient à en faire une synthèse. Un peu de fiction, un peu de politique, un peu de poétique… Je sentais qu’elle rassemblait plein de choses. J’en suis donc arrivé à la conclusion que le cinéma c’est un puits de théories qui s’envolent ! »
« Maybe Merlin est un duo composé de Vincent Brulin, multi instrumentiste, et Georgia Ives, musicienne et chanteuse qui a été danseuse dans la compagnie. J’adore ce qu’ils font, cette pop comme un peu embrumée… C’est un coup de cœur incroyable. »
« J’ai rarement ressenti une émotion comme ça en voyant ce spectacle. C’est extraordinaire, et pourtant ce ne sont que deux personnages seuls en scène qui, avec des cartons pour unique accessoire, font des trucs incroyables. Le rythme aussi est incroyable. C’est plein d’inventions, de subtilités, c’est drôle… C’est purement jouissif. »
« Je voulais rendre un hommage à Antoine Strippoli qui a disparu récemment. Il avait un talent fou et a beaucoup composé pour la compagnie et pour d’autres avec son groupe Strigall. Pourtant il n’a pas eu de vraie reconnaissance. À travers lui je pense à ces artistes bourrés de talent, à l’inventivité folle, à ces inconnus magnifiques. »
« Je suis toujours partagé entre l’intellectualisme et le populaire. Nous, les artistes, on veut être reconnus comme des chercheurs de formes nouvelles et être populaires à la fois. Il faut bien reconnaître que les deux ne fonctionnent pas toujours. Parfois des formes recherchées ne trouvent pas leurs publics, et au contraire des formes simples touchent directement le public. C’est le cas de ce roman que j’ai beaucoup aimé. »