16 janvier 2026
" Howard Phillips Lovecraft constitue un exemple pour tous ceux qui souhaitent apprendre à rater leur vie et, éventuellement, à réussir leur œuvre. Encore que, sur ce dernier point le résultat ne soit pas garanti ". Michel Houellebecq
H.P. Lovecraft, maître incontesté de l'horreur et du fantastique, reste l'objet d'une fascination toute particulière chez nos contemporains, notamment chez Michel Houellebecq, qui le découvrit à l'âge de seize ans pour ne plus cesser de le lire. Sans aucun doute une de ses influences majeures.
Un journaliste définissait l'œuvre de K. Dick par le terme “tech-noir”, comme on dit roman-noir. Une façon d’aborder ces mondes dans lesquels l’utopie technologique joyeuse et bienveillante était démasquée. The Truman Show, comme Matrix, Memento, et des dizaines d’autres films rentrent dans cette catégorie. Truman Burbank (Jim Carrey) est la vedette d'un show télévisé sans le savoir. Ses moindres faits et gestes sont filmés à son insu. La ville entière est un immense studio de cinéma, ses voisins, ses collègues, ses amis et même sa femme sont des acteurs professionnels d'Hollywood. Un jour pourtant, Truman se doute de quelque chose…
Pour célébrer les trente ans de la disparition de Philip K. Dick, en 2012, Philippe Garbit, dans le cadre des Nuits de France Culture, avait produit un programme de cinq heures avec deux morceaux de choix; la rediffusion de l’adaptation de Le Maître du Haut Château créé en 1976, et un long entretien avec Philippe Hupp, l’organiseur du Festival de la Science-Fiction de Metz qui, en 1977, réussit à faire venir Philip K. Dick à Metz pour une conférence hallucinée dont les spectateurs ne se sont pas tous remis, et dont le titre résumait tout Dick “Si vous trouvez ce monde mauvais, vous devriez voir les autres”.
David Cronenberg considère eXistenZ comme étant son « film dickien », celui contenant le plus de thèmes proches de l’œuvre de Philip K. Dick. Il a d’ailleurs inclus une sorte d’hommage dans le film par le biais d'un sac en papier où est inscrit « Perky's Pat », en référence à la nouvelle The days of Perky Pat (1963), qui est (en partie) la source d'inspiration du roman Le Dieu venu du Centaure (1965). C’est clair ?
Berkeley, 1967. Une descente d’acide, une dépression post-rupture et l’angoisse d’une carrière au point mort : vous incarnez Elvin Green, un auteur de science-fiction en perdition. Préparez-vous à un trip sensoriel où votre réalité déraille et fait place à de puissantes hallucinations. Trop de drogues, d’alcool bon marché, d’insomnies à lutter contre la page blanche. Les vagues souvenirs de Théa, votre femme, et de Don, votre éditeur, se mélangent, et les certitudes s'effondrent. Expérience déjantée ou bad trip à la première personne, Californium rend hommage à l’auteur mythique et prophétique de science-fiction, une expérience étonnante dans les mondes divergents de Philip K. Dick. Aussi surprenant que contemplatif.
En plus des quarante-cinq romans publiés, Philip K. Dick a publié plus d’une centaine de nouvelles dans lesquelles il n'a cessé de questionner la réalité, le présent et le futur, en suivant les évolutions historiques et sociétales des États-Unis dont il dévoilera la face sombre avec une incroyable acuité. Rédigées à partir de 1947, parfois à un rythme frénétique (notamment grâce à un régime à base d’amphétamines…), les nouvelles jouent un rôle essentiel dans la construction dickienne : véritable laboratoire d'idées, de formats, réservoir de personnages et de néologismes, elles constituent à la fois les soubassements et la pierre angulaire d'une oeuvre foisonnante.
Californie, 2013. Le terrorisme a choisi une nouvelle arme pour venir à bout de l'ennemi impérialiste : la drogue, dite "Substance Mort". Tous les consommateurs du nouveau produit à la mode souffrent de paranoïa aiguë et de schizophrénie violente. Bob Arctor, un policier spécialiste des missions d'infiltration en est lui aussi victime et le gouvernement va lui ordonner de s'espionner lui-même… Le film de Richard Linklater est tiré du roman du même nom Substance Mort en français. D’abord filmé en prises de vue réelles, le film est ensuite retravaillé en animation, traitement qui ajoute une dimension supplémentaire au réel parfaitement en phase avec l'œuvre de Dick.
Ubik est une des pièces maîtresses de l'œuvre de Philip K. Dick, probablement son roman le plus connu et qui regroupe tous les sujets qui lui sont chers : le temps et les époques qui se superposent puisqu’on navigue de 1992 à 1939 (le roman est écrit en 1966), la vie, la mort et le stade intermédiaire où les morts vivent en état d'animation suspendue rêvant leurs pseudo-vies, la question de la réalité… Entre l'univers où le temps se dégrade et le monde instable des morts, ubik est le piège final des réalités.
“La vie de Philip K. Dick retracée par un des meilleurs connaisseurs de l'homme et de l'œuvre. Lawrence Sutin, avocat de son état, procède à l'instruction du dossier Dick avec une rigueur «d'école» et de réels talents d'écrivain. Il s'en dégage un portrait fascinant de celui qui devait révolutionner la science-fiction, voire la transcender en lui donnant une dimension philosophique rarement atteinte.” (Texte de l’éditeur)
Les histoires et les thèmes qu’aborde K. Dick sont plus que jamais d'actualité. Auteur de Dans les imaginaires du futur, et coscénariste du documentaire Les mondes de Philip K. Dick (2016), Ariel Kyrou explore toutes les facettes de l'écrivain de Blade Runner dans cet ABC Dick édité une première fois en 2009 et augmenté de 28 mots dans l’édition de 2021. ABC Dick comprend une bibliographie commentée, une partie des œuvres (cinéma, livres, BD, musique…) inspirées par Dick, et un dictionnaire thématique, en 79 entrées, de l’univers dickien.
L'existence de Philip K. Dick fut soumise à la force débordante de son imagination. Tour à tour époux modèle, grand psychotique, fervent catholique ou encore junkie, un doute incessant l'habite : Sommes-nous vraiment réels ? Vivants ou bien morts ? Les multiples détails de sa vie permettent de mieux saisir les dérives de cet excentrique. D'effleurer le génie de celui qu'on disait fou, névrosé et paranoïaque. Emmanuel Carrère (Yoga) a passé deux ans dans la vie et l'œuvre de Philip K. Dick pour en remonter cette biographie romancée.
La SF est créatrice de mondes, mais les mondes créés par Philip K. Dick ont la particularité de s'effondrer très vite. Cela vaut pour le monde réel comme pour les mondes artificiels. D'ailleurs, est-il encore possible de les distinguer les uns des autres ? Qu'est-ce qui nous assure que nous n'évoluons pas dans des mondes faux, aussi artificiels qu'un parc d'attraction - avec entrée payante ? Et si ces mondes sont créés de toutes pièces, qui en contrôle les apparences ? À qui appartiennent-ils ? Dans quel but sont-ils produits ? En nous bombardant de réalités artificielles, ne cherche-t-on pas à nous voler le monde - et notre rapport au monde ? Si tel est le cas, comment lutter contre ces entreprises de dépossession ?