16 janvier 2026
« To be or not to be… », le monologue d’Hamlet est un sommet que tout acteur dramatique se doit de franchir une fois dans sa carrière. Dans le film d’Ernst Lubitsch, qui se déroule à la veille de l’invasion de la Pologne par les Allemands, une troupe de théâtre doit reprendre la pièce de Shakespeare à la place d’une pièce mettant en scène Hitler… Mais ce moment si important dans la carrière d’un acteur vire au cauchemar pour Josef Tura qui, à chaque fois qu’il attaque la fameuse tirade, voit un beau jeune homme se lever et quitter la salle pour rejoindre les coulisses…
En 1976 Johnny enregistre Hamlet, un double album qui, sur scène, devait trouver son prolongement sous la forme d’une comédie musicale. L’échec commercial du disque coupera l’élan des producteurs et le projet ne verra jamais le jour. Certains disent que la star franco-belge avait vingt ans d’avance sur la mode des comédies musicales des années 90. Quoiqu’il en soit, Hamlet est l’un des albums de Johnny les plus recherchés par les collectionneurs. Être ou ne pas être de son temps…
“Un homme n'est pas tout à fait un homme, ni une femme tout à fait une femme. Les sexes passent l'un au travers de l'autre dans une nuit où les corps échappent aux attributs censés répartir les forces, les symboles, les fonctions ou les rôles. Dans La Nuit des rois, Shakespeare célèbre la nuit carnavalesque des grands retournements. Toutes les évidences tombent. Surgissent d'autres vérités dont l'éclat trouble les miroirs. Hantise des puritains : que tout se réunisse, se mêle, se confonde, s'inverse.” Dans Les nuits d'amour sont transparentes l’acteur, metteur en scène, sociétaire de la Comédie-Française - la maison de Molière -, Denis Podalydès se raconte et raconte son métier pendant les répétitions de La Nuit des rois mise en scène par Thomas Ostermeier. C’est le même Denis Podalydès qui avait précédemment écrit l’album Shakespeare dans la collection de la Pléïade. Un acteur en terrain connu.
Deux jeunes hommes se prostituent pour payer leurs doses. L’un tombe amoureux de l’autre qui le repousse. Un spectateur attentif et patient remarquera le nom de William Shakespeare crédité des dialogues additionnels à la toute fin du générique. Si, en plus, il a une bonne connaissance de l’œuvre du dramaturge anglais, il aura remarqué la proximité entre Scott (Keanu Reeves) et Henry V, ou entre Mike (River Phoenix) et Poins (personnage de Henry IV). Cinq scènes de Henry IV sont en effet reprises ici, souvent à la lettre… ou ironiquement transformées.
On retrouve l’influence directe ou indirecte de l’œuvre de Shakespeare au cinéma, dans la littérature, la poésie et, aujourd’hui, dans les séries. « La série de pièces sur la guerre des Deux-Roses m'a autant fasciné et influencé que le conflit en lui-même. Richard II, Henri IV, Henri V, Henri VI et Richard III constituent une véritable saga sur cette période », confie George R.R. Martin, auteur des livres.
Bien qu’ils appartiennent à deux familles que tout oppose, Roméo et Juliette s’aiment. Mais, de rebondissement en rebondissement, il la croit morte et se donne la mort. Mais elle n’est pas morte, et quand elle apprend que son amoureux est, lui, bien mort, elle se donne la mort à son tour. Et les familles se réconcilient. West Side Story, adapté pour Broadway par Leonard Bernstein et Stephen Sondheim,n’estautre qu’une fidèle adaptation de la pièce de Shakespeare Roméo et Juliette transposée au XXe siècle, à New York. Ce drame universel deviendra, par la suite, un succès mondial sous l'œil et la caméra de Robert Wise et Jerome Robbins. Récemment, c’est Steven Spielberg qui a donné sa version de ce drame. Quelque soit la période, les histoires d’amour finissent mal, en général.
Dans son cinéma, Akira Kurosawa a plusieurs fois rendu hommage aux grands noms de la littérature occidentale. Fiodor Dostoïevski (L’Idiot 1951), Maxime Gorki (Les Bas-fonds 1957), et bien sûr Shakespeare, dont il adaptera Mcbeth pour Le château de l’araignée (1957), et Le Roi Lear pour Ran 1985), deux de ses chefs-d’œuvre.
Au cours d’une séance de thérapie de groupe, un puissant magnat dit : “Tout ce que j’ai fait dans ma vie, je l’ai fait pour mes enfants. Certes, j’ai fait des erreurs, mais j’ai toujours essayé de faire au mieux pour eux et surtout, je les aime”. Le thérapiste lui demande : ”Est-ce qu’il vous est venu à l’esprit que, peut-être, ils pouvaient avoir peur de vous ? FUCK OFF !” répond avec tendresse le patriarche. Ainsi s’exprime Logan Roy (Brian Cox), dans cette série terrible sur le pouvoir, son exercice, la trahison, la corruption, les êtres sacrifiés, détruits… Succession, c’est Le Roi Lear au XXIe siècle. Il y a vraiment quelque chose de pourri au royaume des Roy…
Au cours d’une présentation du film au Film at Lincoln Center Joel Coen expliquait qu’il n’avait pas voulu réaliser une adaptation réaliste (en décors naturels) de la pièce, mais au contraire, il avait cherché à dépouiller son adaptation des artifices du cinéma pour en préserver la théâtralité. D’où l’emploi du noir et blanc et du format 4/3 “à la Dreyer ou à la Murnau”. Pour lui encore, ce qu’apporte le cinéma par rapport au théâtre, c’est la question de la multiplicité du regard du spectateur. Avec une distribution impressionnante emmenée par Frances McDormand et Denzel Washington (également au casting de Beaucoup de bruit pour rien par Kenneth Branagh - 1993), Joel Coen vient de se faire une place aux côtés d’Orson Welles, Laurence Olivier, Roman Polanski ou Akira Kurosawa.
Dans César doit mourir, les frères Taviani (Padre padrone, Palme d’or à Cannes en 1977) ont filmé le travail du metteur en scène Fabio Cavalli qui fait jouer Jules César de Shakespeare par des prisonniers du quartier de haute sécurité de la prison de Rebibbia, à Rome. Les Taviani suivent les prisonniers dans leur rôle et dans leur vie d’hommes enfermés, pour qui comploter pour éliminer la tyrannie de César c’est aussi échapper à la tyrannie de la prison.
Dans ce documentaire, Al Pacino tente de donner sa vision de l’œuvre de Shakespeare à travers des scènes de Richard III interprétées par une troupe (lui-même dans le rôle-titre, épaulé par Alec Baldwin, Kevin Spacey, Winona Rider, etc.), mais aussi en interrogeant acteurs, gens de théâtre et inconnus dans les rues de New York. Une réflexion sur la mise en scène d’une des pièces de Shakespeare les plus jouées au monde. En 2011, Kevin Spacey a repris le rôle-titre de Richard III dans une mise en scène de Sam Mendes (American Beauty, 007 Spectre).
En 2014, Thomas Jolly et la compagnie la Piccola Familia créent l’événement en jouant, dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes d’Avignon, Henri VI un spectacle de dix-huit heures réunissant les trois parties de la pièce de Shakespeare. Thomas Jolly se permet toutes les audaces, passant du grotesque au drame, avec un usage de l’espace qui tutoie parfois la magie du scope au cinéma. A voir comme on enchaîne les épisodes d’une série.