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Eric Fottorino

Après vingt-cinq années passées au quotidien Le Monde qu’il dirigea de 2007 à 2011, Eric Fottorino a lancé l’hebdomadaire Le 1 en avril 2014. Grand passionné de cyclisme, il a écrit une dizaine de romans et essais, dont Baisers de Cinéma, prix Femina 2007. A l’occasion de la parution de Dix-Sept Ans (Gallimard), il est notre invité.

Rue des boutiques obscures

Patrick Modiano
1982 - Gallimard
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Les Quatre Cents Coups

François Truffaut
1959 -
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La Promesse de l’aube

Romain Gary
1960 - Folio
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Dix-Sept Ans

Eric Fottorino
2018 - Gallimard
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L’Humeur vagabonde

Antoine Blondin
1955 - La table ronde
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Fausto Coppi : La gloire et les larmes

Jean-Paul Ollivier
2006 - Glénat
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Boulevard des Italiens

Gérard Fromanger
1971 - Centre Pompidou
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Stabat Mater

Antonio Vivaldi
1712 -
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Pars

Jacques Higelin
1978 -
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Ma Révérence

Véronique Sanson
1979 -
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Rue du Havre

Paul Guimard
1957 - Denöel
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Les Ménines

Diego Velásquez
1656 -
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Vincent, François, Paul et les autres

Claude Sautet
1974 -
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Un éléphant ça trompe énormément

Yves Robert
1976 -
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Rue des boutiques obscures

Patrick Modiano - 1982 - Gallimard

Ce roman nous avait été conseillé par un professeur de français. Je lisais très peu à l’époque et je l’avais commencé à reculons. Je devais avoir 17 ans, et je venais d’apprendre, à la fois, l’existence de mon père et qu’il était étranger. La lecture de ce livre a été une révélation car il m’a fait comprendre qu’on avait le droit, en littérature, d’interroger ses origines et de les interroger par la fiction. Cela a été un moment important. La quête du narrateur dans ce livre s’est transformée, pour moi, en permission, en autorisation, que le roman ou l’auteur me donnait. Cette quête du père et des origines était autorisée, on avait le droit de la mener.

Les Quatre Cents Coups

François Truffaut - 1959 -

J’ai été très, très troublé par Les Quatre Cents Coups, par ces enfants livrés à eux-mêmes, par l’inconséquence des adultes qui les amène à se retrouver dans une maison de redressement. La fin des Quatre Cents Coups, avec cet air de guitare qui accompagne la course de Doisnel vers la mer, m’émeut toujours. D’autres films de Truffaut m’ont marqué L’Enfant Sauvage, où quand c’est trop tard, c’est trop tard, L’Argent de Poche, avec la chanson de Trenet : « Les enfants s’ennuient le dimanche, le dimanche les enfants s’ennuient ». J’ai trouvé cela très fort. La Chambre Verte, aussi, avec Nathalie Baye et Truffaut lui-même et cette ambiance crépusculaire, fiévreuse. Tous ces films qui ont trait à l’enfance, à la mémoire, aux vivants et aux morts.

La Promesse de l’aube

Romain Gary - 1960 - Folio

Je pense avoir tout lu de Gary, La Promesse de l’aube est un roman très important pour moi. J’ai beaucoup voyagé en Afrique, et, de mon point de vue, c’est le premier roman écologique qui met en avant la sauvegarde des éléphants, la préservation des milieux sauvages. C’est un roman à l’humour dévastateur plein d’espérance et de folie. Le lien que Gary entretient avec sa mère, presque maladif, est central dans cette œuvre. On voit comment sa mère construit une légende pour son fils. Je pense que le petit Roman Kacew est devenu Romain Gary sous les injonctions de sa mère, alors qu’Emile Ajar, débarrassé de cette prédétermination, est redevenu lui-même. La preuve peut se trouver dans ses manuscrits : ceux de Gary sont illisibles quand ceux d’Ajar, au contraire, sont faits de grandes lettres aériennes, presque des bulles, très enfantines. Gary est un auteur qui étouffe, et Ajar est un auteur qui respire son enfance, l’air qu’il aurait eu envie de respirer.

Dix-Sept Ans

Eric Fottorino - 2018 - Gallimard

Un dimanche de décembre, une femme livre à ses trois fils le secret qui l’étouffe. En révélant une souffrance insoupçonnée, cette mère niée par les siens depuis l’adolescence apparaît dans toute son humanité et son obstination à vivre libre, bien qu’à jamais blessée. Une trentaine d’années après Rochelle, Éric Fottorino apporte la pièce manquante de sa quête identitaire.

L’Humeur vagabonde

Antoine Blondin - 1955 - La table ronde

J’ai découvert Blondin en lisant ses 572 chroniques sur le Tour de France dans l’Equipe. Si, en surface, nous sommes dans le jeu de mots, le calembour, elles sont toujours très profondes et m’ont inspiré lors de mon passage en tant que commentateur du Tour du France. Ensuite, j’ai lu ses romans et en particulier L’Humeur vagabonde, qui est, pour moi, un grand roman sur le désenchantement et dont j’ai toujours gardé une phrase en tête : « Je suis toujours resté au seuil de moi-même car à l’intérieur, c’était trop sombre ». Chez Blondin, se dégage une gaîté inconsolable alliée à un style formidable, une écriture cristalline, une sorte de pureté qui touche immédiatement et qui fait vibrer des sentiments, des sensations. Et cette fin extraordinaire : « Un jour, nous prendrons des trains qui partent».Une pointe d’espoir embué.

Fausto Coppi : La gloire et les larmes

Jean-Paul Ollivier - 2006 - Glénat

Un jour, j’écrirai sur ce grand coureur italien que l’on appelait le « Campionissimo ». Il est né dans les années 20 dans une famille extrêmement pauvre et va se révéler un génie sur un vélo. Il va gagner deux Tours de France, Paris-Roubaix, le Giro, il a également été Champion du Monde. Il gagne tout et il meurt à 39 ans d’une malaria qu’il a contractée en Afrique lors d’un critérium auquel il était invité ! Coppi a, à la fois, soulevé l’Italie d’enthousiasme et l’a divisée à cause d’une femme que l’on appelait « la Dame Blanche » car elle était toujours en blanc au bord de la route. Ils sont tombés amoureux et de cette passion totale est né un enfant, en Argentine, Faustino. Le problème dans l’Italie de cette époque, c’est qu’ils étaient mariés tous les deux. Coppi a été excommunié, et le pape, qui bénissait le départ du Giro et qui saluait certains coureurs, s’est même détourné de lui. Cet homme, qui a connu la gloire, a vraiment eu une vie tragique : outre sa passion amoureuse interdite, il avait un jeune frère, Serse, qui s’est tué en 1951 lors du Tour du Piémont. Coppi a porté le fardeau de sa mort tout le reste de sa vie.

Boulevard des Italiens

Gérard Fromanger - 1971 - Centre Pompidou

En 1990, j’ai publié un petit livre hommage à Perec Moi aussi je me souviens. L’illustration de la couverture choisie par mon éditeur était une peinture d’une série de Gérard Fromanger qui s’appelle Boulevard des Italiens. Sa manière de métamorphoser l’ambiance des Grands Boulevards à l’aide de couleurs, là où tout est habituellement gris, m’a tout de suite séduit. L’orange, le jaune forment quelque chose de joyeux. Ses tableaux donnent l’impression qu’il a capté quelque chose de la vie quotidienne que l’on ne voit pas, et qu’il l’a transcendé, transfiguré. Et puis, cette série Boulevard des Italiens a un sens particulier pour moi puisque Le Monde était rue des Italiens à l’époque. Je ne connaissais pas Gérard Fromanger mais pour le numéro 100 du 1, nous l’avons appelé pour lui redonner de la couleur.

Stabat Mater

Antonio Vivaldi - 1712 -

Outre la littérature et le cinéma, certains Stabat Mater ou les Suites pour violoncelles de Bach m’accompagnent depuis longtemps, depuis que j’ai trente ans environ. J’ai toujours été très sensible aux voix humaine et le Stabat Mater de Vivaldi me saisit toujours. Ces voix De profundis qui déchirent le silence ne sont pas particulièrement gaies, elles ne sont pas là pour habiller quelque chose. Je les écoute quand j’écris, quand je lis des romans et comme les Suites de Bach, cela fait naître en moi des images, un climat. Je me sens comme habité.

Pars

Jacques Higelin - 1978 -

Je suis originaire de La Rochelle, j’ai eu la chance d’assister très jeune à un concert d’Higelin dans une MJC et son interprétation de Pars m’a beaucoup ému. Chez lui, j’aimais aussi bien son côté grave que son côté déconnant, potache, comme à l’époque de Champagne. Sa fragilité était unique et il donnait l’impression, surtout en concert, d’être un funambule en équilibre entre ces deux penchants.

Ma Révérence

Véronique Sanson - 1979 -

J’ai toujours aimé sa voix qui dégage une réelle énergie. J’ai une tendresse toute particulière pour une chanson plutôt mélancolique, Ma Révérence. Et cette phrase que je n’ai jamais bien comprise « Alors j’aurai honte de mes mains ». Pourquoi dit-elle cela, elle qui joue du piano ? Et cette autre phrase, très belle, « Quand j'n'aurai plus le temps / De trouver tout l'temps du courage», traduit à la perfection l’idée qu’il va falloir partir, s’effacer.

Rue du Havre

Paul Guimard - 1957 - Denöel

Ce roman, qui n’est pas le plus connu de l’auteur des Choses de la Vie, m’a saisi par la manière que Guimard a d’enchevêtrer les destins comme un marionnettiste alors qu’ils n’ont rien à voir les uns avec les autres. Le narrateur est un SDF qui vend des billets de loterie sur le trottoir. Tous les matins, il voit, dans la foule que déverse la gare Saint-Lazare, une jeune femme et il s’imagine sa vie. Onze minutes plus tard dans un autre flot de voyageurs, apparaît un jeune homme dont il imagine également la vie. Et il en conclut que ces deux personnes sont faites pour être ensemble, s’aimer. Mais elles sont séparées par onze minutes. Le narrateur décide donc d’être l’instrument du destin. C’est très beau et j’ai compris qu’un roman pouvait être un tour de magie, que des personnages, qui n’ont rien demandé, se retrouvent à vivre, exister et voient le cours de leur vie changer. Je l’ai lu vers 15, 16 ans sans penser que j’écrirais un jour.

Les Ménines

Diego Velásquez - 1656 -

Je me rendais souvent à Madrid lorsque je travaillais au Monde pour rencontrer nos collègues d’El País, et j’en profitais pour aller au Prado pour voir Les Ménines, de Velásquez. Il y a dans ce tableau, cette perspective particulière qui peut donner l’impression d’un trompe-l’œil, un côté crépusculaire aussi. Et ce personnage dans l’encadrement de la porte, est-ce Velásquez lui-même ? Ce tableau a fait l’objet de nombreuses thèses. Jorge Semprun, qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, et sous Franco, donnait ses rendez vous au pied de cette toile, raconte qu’un jour il voit un type incroyable à la stature imposante devant le tableau. Quelque temps après, il découvrira qu’il s’agissait de Nicolas de Staël. C’est un tableau qui me parle tout en restant mystérieux, qui dégage une force incroyable et qui a été un témoin de l’histoire espagnole : j’aime bien cette combinaison.

Vincent, François, Paul et les autres

Claude Sautet - 1974 -

Parmi les films que je revois, qui ont vieilli mais qui restent très vivants, il y a les films de Claude Sautet. Celui que je retiens est Vincent, François, Paul et les autres, ce film sur l’amitié, les quadragénaires, la crise du couple, la jeunesse, l’entreprise et ses difficultés qui annonce le mal-être des cadres. C’est un portrait très fidèle de cette époque. Les films de Sautet en général parlent d’une époque révolue, celle des nuages de fumée de cigarette, des coups de téléphone, des cafés… Après l’opulence des Trente Glorieuses, on sent qu’il va y avoir des ratés, divorces, infidélités, une réussite sociale moins facile à obtenir… Toute cette vie est restituée comme par un sociologue

Un éléphant ça trompe énormément

Yves Robert - 1976 -

Ce qui est frappant avec Yves Robert, c’est le regard tendre qu’il porte sur ses personnages et ses acteurs. Il a réussi dans ce film ce que le cinéma italien a si bien réussi avec notamment Mes Chers Amis et Nous nous sommes tant aimés, lier la comédie avec la gravité de sujets plus sociétaux. Comme Claude Sautet, Yves Robert offre un instantané de la société française de l’époque sans avoir la prétention de peindre une fresque historique ou sociale. Ces cadres moyens passent le week-end ensemble, se font des bouffes, draguent par-ci, par-là, sont très soudés. Leurs couples traversent des crises, ils sont ringardisés par leurs enfants, ils découvrent l’homosexualité… Dans la suite Nous irons tous au paradis, il y a une phrase de Rochefort qui résume bien leurs relations : « Il y a un moment donné où on ne s’aimait plus » et ils en sont malheureux, ce qui rend le film plus nostalgique.

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