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Lars Von Trier

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La sortie très récente de Nymphomaniac, Volume I donne l’occasion de mesurer le chemin parcouru par Lars von Trier depuis son premier long métrage Element of Crime en 1984. En trente ans, von Trier a expérimenté, provoqué, filmé les plus grands acteurs et actrices, généré une foule nombreuse d’admirateurs et de détracteurs et a fini par occuper une place centrale dans le cinéma contemporain. De Breaking the Waves à Melancholia, de Europa à Antichrist, l’itinéraire du plus célèbre Danois de notre époque est totalement unique en son genre.

Chasseurs dans la neige

Pieter Bruegel
1565 - Taschen
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American Pictures

Jacob Holdt
1978 - Amer Pictures
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Persona

Ingmar Bergman
1966 -
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Les Idiots

Lars von Trier
1998 -
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L'Opéra de Quat'sous

Bertolt Brecht , Kurt Weill
1928 -
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Manifestes du Surréalisme

André Breton
1924 - Folio Essai
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IRM

Charlotte Gainsbourg
2009 - Warner Music
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Selmasongs

Björk
2002 -
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Le Miroir

Andreï Tarkovski
1974 - Potemkine films
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L'Apocalypse Cinéma

Peter Szendy
2012 - Capricci Editions
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Nymphomaniac, Volume I

Lars von Trier
2014 - Les films du losange
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Justine

D.A.F. de Sade
1971 - Gallimard
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Histoire d'O

Pauline Réage
1954 - Livre de Poche
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Element of Crime

Lars von Trier
1984 - Les films de ma vie
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Twin Peaks

David Lynch
1990 -
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Chasseurs dans la neige

Pieter Bruegel - 1565 - Taschen

Ce célèbre tableau peint par l’artiste flamand Pieter Brueghel en 1565 est visible au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Il représente « décembre » dans le grand cycle des mois (ou des saisons) qui met en scène, en une série de plusieurs tableaux, la marche du monde selon les lois de la nature. C’est sans doute en raison de cette thématique cosmique que la toile est filmée d’une manière insistante dans Melancholia où précisément les êtres sont soumis à la puissance terrassante de la Nature. À noter que ce tableau figure déjà dans Solaris d’Andreï Tarkovski.

American Pictures

Jacob Holdt - 1978 - Amer Pictures

Ce grand livre de photos publié pour la première fois en 1978 est devenu un classique de la photo documentaire. L’auteur en est Jacob Holdt, photographe d’origine danoise, qui se retrouve aux États-Unis en 1972 après avoir fui le Danemark en raison de son activisme d’extrême gauche. Il parcourt le pays en auto-stop et se met à photographier les marginaux, notamment la communauté noire. Lars von Trier, qui n’a jamais mis les pieds aux États-Unis et qui a pourtant réalisé trois films dont l’action se situe là-bas, montre des photos de Jacob Holdt dans Dogville et s’inspire de son travail pour Manderlay qui met en scène une communauté d’anciens esclaves noirs.

Persona

Ingmar Bergman - 1966 -

Quand il a invité Charlotte Gainsbourg a participé à Melancholia, Lars von Trier lui a montré en priorité Persona, le chef-d’œuvre de Bergman. Cette exploration de la psyché et de la sexualité féminines, articulée autour du duo formé par une actrice devenue muette et son infirmière, est également une des inspirations majeures de Nymphomaniac. Plus généralement, l’influence de Bergman sur Lars von Trier est permanente, y compris dans son amour pour Strindberg, tant le réalisateur danois est hanté par le plus grand cinéaste suédois, qu’il ne cesse d’évoquer dans ses entretiens, et à qui il emprunte aussi son goût pour les trilogies.

Les Idiots

Lars von Trier - 1998 -

Film à part dans la carrière de Lars von Trier, Les Idiots met en scène d’une manière faussement documentaire une communauté utopique à la recherche de son « idiot » intérieur. Profondément imprégné par les expériences de groupes d’artistes d’avant-garde, comme les actionnistes viennois, Les Idiots est aussi, avec Festen de Thomas Vinterberg, le plus important des films réalisés selon les principes de la charte Dogme95, une série de dix commandements rédigée par von Trier et Vinterberg, selon lesquels tout cinéaste qui s’y soumet fait vœu de chasteté esthétique.

L'Opéra de Quat'sous

Bertolt Brecht , Kurt Weill - 1928 -

Comédie musicale la plus célèbre écrite pour le texte par Bertolt Brecht et pour la musique par Kurt Weill, qui s’inspire ici de la plupart des grands genres de la musique populaire de l’époque, L’Opéra de quat’sous, représentée pour la première fois à Berlin en 1928, met en scène mendiants, voleurs et prostituées. Lars von Trier s’est inspiré de la chanson « La Fiancée du pirate » et plus largement des théories du dramaturge concernant la distanciation et la stylisation antinaturaliste de ses fables sur la société capitaliste pour son film profondément théâtral, Dogville. On peut également déceler l’influence de Brecht et Weill dans la comédie musicale Dancer in the Dark.

Manifestes du Surréalisme

André Breton - 1924 - Folio Essai

Les deux Manifestes du Surréalisme rédigés en 1924, puis en 1930 par André Breton sont des textes fondateurs de la modernité littéraire et artistique en général. Lars von Trier y a puisé son goût pour la forme du manifeste. Le plus célèbre est Dogme95, mais le cinéaste danois n’a cessé d’en rédiger tout au long de sa carrière, et notamment à ses débuts. Cette inclination pour ce genre de textes met également en évidence son intérêt pour les défis conceptuels, les contraintes fécondes et les groupes d’artistes. Dans le même ordre d’idée, il se dit également influencé par la Nouvelle Vague française.

IRM

Charlotte Gainsbourg - 2009 - Warner Music

En trois films – Antichrist, Melancholia et Nymphomaniac – Charlotte Gainsbourg est devenue l’actrice fétiche de Lars von Trier, grand directeur d’actrices. En parallèle à une carrière d’actrice bien remplie, elle publie de loin en loin un album de chansons. Le dernier en date, IRM, est son plus réussi, grâce notamment à Beck, devenu pour l’occasion le producteur et le mentor pop de l’actrice-chanteuse. Pour la bande son de Nymphomaniac, Volume II, le duo récidive avec une reprise envoûtante de « Hey Joe », la fameuse chanson de Jimi Hendrix, qui a donné son prénom au personnage interprété par Charlotte Gainsbourg dans le dernier film de Lars von Trier.

Selmasongs

Björk - 2002 -

De la bande originale de la comédie musicale de Lars von Trier, Dancer in the Dark, Björk a tiré un album à part entière, intitulé Selmasongs d’après le nom du personnage que la chanteuse interprète dans le film. Légèrement en marge de sa discographie, c’est pourtant un des meilleurs disques de la musicienne islandaise dominé notamment par son magnifique duo avec Thom Yorke, « I’ve seen it all ». Par ailleurs, Björk obtint le prix d’interprétation féminine au festival de Cannes 2000 pour sa première et, jusqu’à nouvel ordre, seule et unique prestation d’actrice au cinéma.

Le Miroir

Andreï Tarkovski - 1974 - Potemkine films

Poème cinématographique à base autobiographique, Le Miroir d’Andreï Tarkovski est aussi son film le plus beau et le plus énigmatique, impressionnant par son panthéisme. C’est également le film préféré de Lars von Trier dans la filmographie du cinéaste russe qu’il porte très haut dans son panthéon personnel. La preuve : il dédie Antichrist à Tarkovski et s’inspire justement du Miroir pour filmer la forêt profonde et symbolique dans laquelle est plongé le couple en crise formé par Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe.

L'Apocalypse Cinéma

Peter Szendy - 2012 - Capricci Editions

Ce court essai stimulant écrit par le philosophe Peter Szendy s’attaque à un genre majoritairement américain, le film apocalyptique. Szendy, penseur paradoxal et hétérodoxe, aime prendre des objets de pensée complètement inattendus comme il l’avait déjà fait dans Sur écoute : esthétique de l’espionnage (2007) ou dans Tubes : la philosophie dans le juke-box (2008). L’Apocalypse Cinéma s’ouvre par un beau chapitre consacré à Melancholia, où Szendy montre que le film de Lars von Trier, en un geste novateur, est le premier film de l’histoire du cinéma à confondre la fin de son film avec la fin du monde.

Nymphomaniac, Volume I

Lars von Trier - 2014 - Les films du losange

Précédé par une campagne marketing exceptionnellement habile, le premier volet de ce Nymphomaniac est une œuvre sombre et percutante qui prend à contrepied son spectateur. Découpé en chapitres ciselés, Nymphomaniac, Volume I permet à Lars von Trier de livrer sa vision dénuée de glamour et très protestante d’une femme profondément tourmentée par sa quête effrénée de la jouissance. Même s’il faudra attendre le deuxième volume de ce roman d’apprentissage pour en prendre toute la mesure, force est de constater que Lars von Trier s’impose à nouveau ici comme un cinéaste clinique et dérangeant.

Justine

D.A.F. de Sade - 1971 - Gallimard

La figure de Sade, le plus grand des écrivains transgresseurs, fascine Lars von Trier. Son célèbre roman Justine ou les Infortunes de la vertu est sans doute le modèle narratif de Nymphomaniac. Le cinéaste reprend notamment la narration à la première personne et la forme picaresque, ironique et libertine du livre, mais il en inverse les pôles, puisque Nymphomaniac pourrait être sous-titrée « les Infortunes du vice ». Déjà dans Melancholia, le personnage interprété par Kirsten Dunst se prénomme Justine.

Histoire d'O

Pauline Réage - 1954 - Livre de Poche

Ce chef-d’œuvre de la littérature érotique écrit sous le pseudonyme de « Pauline Réage » par Dominique Aury, la compagne de Jean Paulhan, met le masochisme au cœur de son récit. Alors qu’il n’était encore qu’étudiant, Lars von Trier a réalisé Menthe, une adaptation libre d’Histoire d’O qu’il dit être aussi sous influence de Marguerite Duras. Plus globalement, le masochisme est omniprésent dans Breaking the Waves, Antichrist et bien sûr, dans le deuxième volume de Nymphomaniac où Jo, l’héroïne du film, pratique assidûment cette perversion. Le cinéaste s’est également inspiré de la préface d’Histoire d’O – rédigée par Jean Paulhan sous le titre Le Bonheur dans l’esclavage – pour son film Manderlay.

Element of Crime

Lars von Trier - 1984 - Les films de ma vie

Le premier long métrage de Lars von Trier, réalisé en 1984 est tout de suite un événement. Sélectionné la même année en compétition au festival de Cannes, Element of Crime révèle un cinéaste surdoué, baroque, influencé par le Orson Welles de La Dame de Shanghai et La Soif du mal, fasciné par l’hypnose et construisant un polar stylé et tordu où la vérité et le mensonge sont réversibles à l’infini. Element of Crime est également le premier volet de la trilogie Europe, qui comprend Epidemic et Europa, respectivement deuxième et troisième longs métrages de Lars von Trier.

Twin Peaks

David Lynch - 1990 -

La série conçue par David Lynch et Mark Frost en 1990 a fait date. Elle a imposé cette communauté imaginaire confrontée à la disparition de Laura Palmer en inventant un ton inimitable traversé d’éclairs inquiétants et saugrenus et teinté d’un humour légèrement surréaliste. Comme David Lynch, Lars von Trier a lui aussi réalisé, en 1994, sa série, L’Hôpital et Les Fantômes où une autre communauté, scientifique cette fois, s’affronte également aux délices de l’irrationnel. L’humour déjanté est également un évident point commun entre les deux séries qui fonctionnent vraiment en miroir.

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