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La sélection de Pauline Peyrade

De Pauline Peyrade on ne sait pas grand-chose, condition idéale pour découvrir le travail d’un.e auteur.ice. Dramaturge, elle est l’autrice de six pièces dont plusieurs ont été primées, et d’un premier roman, L’Âge de détruire (2023), couronné du Prix Goncourt du premier roman.

C’est en janvier qu’est sorti son deuxième roman, Les Habitantes, dans lequel Pauline Peyrade explique avoir voulu décentrer le regard pour intégrer des existences autonomes et non-humaines, créant ainsi une structure narrative éco-féministe où chaque présence, même la plus petite, participe à la cohérence du lieu.

De passage à Paris, Pauline Peyrade nous a livré sa sélection qui permet de mieux saisir son parcours.

Les Habitantes

Pauline Peyrade
2026 - Minuit
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Trois guinées

Virginia Woolf, Sophie Chiari 
1938 - Le Livre de poche
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La pensée straight

Monique Wittig
1978 - Éditions Amsterdam 
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Peindre au corps à corps : les fleurs et Georgia O'Keeffe

Estelle Zhong Mengual
2022 - Actes Sud
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Showing Up

Kelly Reichardt
2023 - Diaphana
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Girl Pictures

Justine Kurland 
2020 - Aperture
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Song For Our Daughter

Laura Marling 
2020 - CHRYSALIS RECORDS
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Put Your Soul on Your Hand and Walk

Sepideh Farsi
2025 - Blaq Out 
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Lettres à Nelson Algren

Simone de Beauvoir
1999 - Folio
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Lettres à une Noire : Récit antillais

Françoise Ega
1978 - Folio
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Comme la chienne

Louise Chennevière
2019 - P.O.L.
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Walden

Henry David Thoreau
1854 - Gallmeister 
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Moby Dick

Herman Melville
1853 - Libretto
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Les Habitantes

Pauline Peyrade - 2026 - Minuit

Le récit des Habitantes est centré autour d'Émilie, personnage librement inspiré par la figure historique d’Emily Brontë, les deux ayant en commun un lien fort à la terre sur laquelle elles vivent chacune. Émilie vit seule avec Loyse, sa chienne, une vie rythmée par son travail à la ferme et ses marches dans les bois.

Son existence bascule lorsqu'elle reçoit une lettre de son père qui lui annonce qu’il veut mettre en vente la maison qu’elle occupe, avec ou sans son consentement. Dans son roman, Pauline Peyrade place au centre de sa réflexion la distinction fondamentale entre posséder et habiter, elle interroge l'enracinement et les relations, sans position dominante, que l'humain peut entretenir avec son environnement.

Les Habitantes désigne cette communauté de femmes, animaux, insectes, végétaux, tous partageant une même vulnérabilité face à la prédation. Dans une langue éblouissante, Pauline Peyrade rend alors vivant ce qui ne pourrait n’être qu’un décor.

Trois guinées

Virginia Woolf, Sophie Chiari  - 1938 - Le Livre de poche

Ce livre est composé de trois lettres que Virginia Woolf a écrites, à la fin des années trente, en réponse à un homme qui s’est adressé à elle pour lui demander comment empêcher la guerre. Dans chaque lettre il est question d’une guinée à donner pour défendre une cause : l’éducation des femme, l’égalité économique, et l’égalité des sexes.

C’est un essai dans lequel Virginia Woolf démontre, de manière très précise et concrète, que les institutions aiment la compétition, et donc ne font que produire les conditions du fascisme et de la guerre. Elle explique à cet homme que, même s’il s’adresse à une femme, il est coincé dans un système qui produit ce qu’il veut combattre. C’est un livre drôle aussi, parce Virginia Woolf emploie ce ton un peu ironique, typiquement anglais.

La pensée straight

Monique Wittig - 1978 - Éditions Amsterdam 

C’est un recueil d’articles qui fait énormément de bien. Monique Wittig y aborde son rapport à la langue, à ce qu’elle lit, des articles sur la société, mais on y trouve aussi des notes sur la façon dont elle construit ses livres.

À travers chaque article elle revient sur ce en quoi elle croit profondément, la langue et les représentations qui façonnent le monde qui sont, soit une arme, soit une manière d’agir directement sur le monde. Ça fait du bien de se le rappeler, et en nous le rappelant, Monique Wittig nous donne beaucoup de courage.

Peindre au corps à corps : les fleurs et Georgia O'Keeffe

Estelle Zhong Mengual - 2022 - Actes Sud

Estelle Zhong Mengual est une historienne de l’art qui a beaucoup travaillé avec Baptiste Morizot. Ici, elle met en application ses concepts de la pensée écologiste, mais au service de la critique d’art. Dans ce livre son sujet est les fleurs peintes par Georgia O'Keeffe (1887-1986).

L’autrice explique que Georgia O'Keeffe peignait ses fleurs monumentales telles qu’elle voulait les voir, et non pas comme la critique les voyait en disant que c’étaient d’énormes vulves. Estelle Zhong Mengual explique que pour voir une fleur, il faut la regarder du point de vue de l’espèce avec laquelle elle est en relation, et donc, ici, les pollinisateurs. C’est un livre assez court, ponctué de poèmes d’Emily Dickinson, un livre sur la peinture et sur les pollinisateurs !

Showing Up

Kelly Reichardt - 2023 - Diaphana

Showing Up est l’histoire d’une sculptrice, Lizzy, qu’on suit la semaine avant l’ouverture d’une exposition de ses œuvres dans une galerie de Portland. Lizzy est un personnage assez maussade, gris, qui manque de reconnaissance. On la suit dans son quotidien, dans ses gestes, dans son chaos aussi.

La façon dont Kelly Reichardt filme l’école d’art de Portland est juste sublime, ça m’a complètement bouleversée. Il y a une espèce d’utopie qui flotte dans l’air, on sent qu’elle a un amour fou pour ces étudiants qui essayent des choses. C’est un regard sur la jeunesse vraiment magnifique.

Girl Pictures

Justine Kurland  - 2020 - Aperture

Le travail de la photographe Justine Kurland a inspiré à Kelly Reichardt son film Old Joy (2006). Dans ce travail, Justine Kurland photographie des bandes de filles adolescentes, jeunes adultes, qu’elle met en scène dans des champs, dans des lycées… Justine Kurland photographie des bandes qui sont aussi des corps. Des corps très libres, un peu sauvages, un peu drôles, féroces aussi, insolents. Des corps d’adolescentes libres en fait.

Song For Our Daughter

Laura Marling  - 2020 - CHRYSALIS RECORDS

Laura Marling écrit, compose et chante une folk-britannique que j’adore. C’est très épuré, profond et très mélodique. Elle a une voix douce, parfois un peu râpeuse. Les chansons de cet album tournent autour d’un personnage de fille imaginaire, les paroles sont simples et très poétiques.

Put Your Soul on Your Hand and Walk

Sepideh Farsi - 2025 - Blaq Out 

Dans ce documentaire, Sepideh Farsi filme les entretiens qu’elle a en visio avec la photojournaliste palestinienne Fatma Hassona. Ce film capture le courage inimaginable de cette toute jeune femme de 24 ans qui ne veut pas quitter la Palestine.

Il y a ce passage très impressionnant quand Sepideh Farsi lui demande si elle veut qu’on l’extrait, et Fatma Hassona qui répond : “Non, mon Gaza a besoin de moi”. Sepideh Farsi filme très bien son visage sur lequel on lit l’enfer que vivent les Palestiniens. Fatma Hassona a été assassinée dans le bombardement de sa maison. Il faut que tout le monde voie ce documentaire.

Lettres à Nelson Algren

Simone de Beauvoir - 1999 - Folio

Dans ces lettres, on lit des choses qu’on ne soupçonne pas. Oui, Simone de Beauvoir est amoureuse, mais ce qui saute aux yeux ce sont tous les engagements qu’elle avait pris. On a souvent d’elle la vision de cette figure médiatique à son sommet, mais dans les faits elle soutenait un grand nombre de personnes inconnues. Sans s’en vanter, juste en faisant les choses.

Financièrement, Sartre et elle ont soutenu beaucoup de gens et de causes, mais Simone de Beauvoir était aussi engagée dans des actions très concrètes, comme les cours du soir qu’avait organisés le marchand de journaux près de chez elle. Elle faisait tout ça avec le même sérieux, la même rigueur qu’elle mettait dans ses articles pour les Temps modernes. Ça fait du bien de voir des gens cohérents entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font.

Lettres à une Noire : Récit antillais

Françoise Ega - 1978 - Folio

Quand j’ai lu Lettres à une Noire, je n’arrivais pas à savoir si c’était un roman, un récit, ou un témoignage. En fait, c’est un peu tout ça. Françoise Ega (1920-1976) était martiniquaise et avait reçu une formation de dactylo. À son arrivée en métropole, à Marseille, elle s’est beaucoup impliquée dans l’aide aux immigrés des Caraïbes et des Antilles, sur l’alphabétisation, la défense des droits, des salaires, et aux côtés de ces femmes déboussolées face aux démarches administratives.

Comme chez Virginia Woolf, il s’agit de lettres fictives. Les deux écrivaines passent donc par une forme de fiction pour faire entendre ce qu’elles ont à dire, pour rendre la réalité sensible. C’est très bien écrit, c’est très très beau, c’est aussi un magnifique livre sur Marseille dans les années soixante.

Comme la chienne

Louise Chennevière - 2019 - P.O.L.

C’est un premier roman dont la forme est extraordinaire. Ce sont différents récits de femmes dont l’autrice parle en utilisant uniquement des pronoms. Au début on est un peu perdu, on se demande s’il y en a une seule personne ou plusieurs, et c’est en avançant qu’on comprend qu’il s’agit de femmes différentes. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’à travers cette trouvaille formelle, Louise Chennevière arrive à raconter ce que c’est qu’une condition.

En l'occurrence, la condition des femmes en occident aujourd’hui. Derrière une condition, il y a beaucoup de choses singulières et un très grand nombre de personnes. Louise Chennevière arrive à tenir cet endroit d’être dans des récits très singuliers, très sensibles, qui sont solidaires les uns des autres, et qui brossent le portrait d’une condition de femme.

Walden

Henry David Thoreau - 1854 - Gallmeister 

C’est le récit a posteriori des années que Thoreau a passées dans une cabane près du lac Walden, non loin de Concorde. Franchement, c’est un livre génial. Il y a ces passages sur les bois environnants, mais il y a surtout ces réflexions très concrètes sur comment on habite un lieu, quelles relations on a avec ce lieu, avec nos semblables.

Il y a aussi, alors qu’il est en pleine nature, son enthousiasme pour le commerce, son émerveillement quand il voit passer un train de marchandise. Il réfléchit sur la question de la pauvreté, sur la condition du travail manuel… Tout est très technique, parfois un peu ardu, notamment quand il témoigne de son économie ; qu’est-ce que lui a coûté tel matériau de construction, le temps qu’il y a passé à construire sa cabane.

C’est une sorte de traité de philosophie pratique très radical. C’est un livre, pendant que je le lisais, que j’avais beaucoup de plaisir à retrouver. J’avais l’impression d’aller le retrouver dans sa cabane, de passer du temps avec lui. C’est un livre très rigoureux, dans lequel il y a beaucoup d’outils de pensée pour aujourd’hui.

Moby Dick

Herman Melville - 1853 - Libretto

Melville est un écrivain qui me touche énormément, et le premier mot qui me vient pour en parler est généreux. Moby Dick, c’est l’histoire d'Ismaël qui travaille sur le baleinier commandé par la capitaine Achab qui se lance à la poursuite de cette baleine blanche qui a provoqué son amputation au cours d’une chasse précédente.

On suit cette quête immense et métaphysique, mais on suit également la vie à bord puisque Melville a travaillé plusieurs années sur un baleinier. Il y a ces chapitres insensés, sur des dizaines de pages, consacrés à des points techniques comme la fabrication des cordages, pourquoi le lin plutôt que le chanvre…

Il parle de tous ces sujets avec le même enthousiasme que de la chasse elle-même. Je suis toujours éblouie par l’immense générosité de cet écrivain. Moby Dick est un livre d’une humanité dingue.

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