Personnage un peu oublié des lettres françaises, Antonin Artaud (1896-1948), - inventeur du concept de théâtre de la cruauté, acteur, écrivain, essayiste, dessinateur, poète, n’en reste pas moins une figure majeure du XXe siècle qui, du surréalisme au situationnisme de la fin des années soixante, de Patti Smith à Hubert Félix Thiéfaine, aura laissé une marque indélébile. Souffrant de problèmes de santé qu’on attribue à une méningite, Artaud subira des séances d’électrothérapie dès l’âge de quatre ans. Après une vie marquée par la souffrance et les drogues, il passera les neuf dernières années de sa vie dans des asiles psychiatriques. C’est dans celui de Rodez, où il passera trois ans, qu’il se met à travailler quotidiennement sur de petits cahiers d’écoliers où il écrit et dessine. Ce sont les Cahiers de Rodez, mêlant écriture et dessins. En quinze mois, Artaud en réalise une centaine. De 1943 jusqu'à sa sortie, en 1946, Artaud écrira également à son médecin, qu'il voit cependant chaque matin, près de cinquante lettres. Au-delà de la légende du poète maudit, se dessine le corps-œuvre d'Artaud, cette « matérialisation corporelle et réelle d'un être intégral de poésie ».