9 janvier 2026
Dans Le Visage de la nuit, on retrouve les thèmes chers à Cécile Coulon ; les forêts profondes, la violence, les êtres mystérieux, la nuit… tous ces éléments qui placent son récit entre conte, poésie, drame, et roman à la Stephen King. Sur une distance plus longue que ses romans précédents, près de 300 pages, celle qui s’est imposée comme une voix de la littérature française de ces quinze dernières années, réussit brillamment, dès les premières pages, à faire sentir toute la puissance de son écriture.
Qu’importe qui a envie de lire, qui ne lit pas encore ou qui a déjà beaucoup lu, il faut absolument lire Stephen King et le livre absolu, c’est Différentes Saisons. C’est un pavé dans lequel il y a quatre romans, un pour chaque saison. Ce n’est pas fantastique, ce n’est pas surnaturel, et c’est sans doute le meilleur livre romanesque, narratif que j’ai lu de ma vie. Si je ne devais emporter qu’un seul livre sur une île déserte, ce serait celui-là.
Si je devais emporter un deuxième livre sur une île déserte avec le Stephen King, ce serait L’œuvre au noir de Marguerite Yourcenar. Il y a quelques temps, je vous aurais dit Alexis ou le Traité du vain combat qui est l’un de mes livres préférés, mais L'Oeuvre au noir est beaucoup plus dense, il y a la capacité de Marguerite Yourcenar à être dans ces grands textes biographique à travers lesquels on comprend ce qui la passionne dans le monde, dans l’histoire des pays, de l’architecture et de la politique. C’est un texte qui a été très important pour moi dans l’écriture de La Langue des choses cachées.
Jusqu’à récemment, je ne lisais pas de mangas. J’ai donc demandé à une personne de me faire une sélection de ce qu’elle préférait. J’ai découvert Death Note, une série que les lecteurs de mangas connaissent depuis longtemps, l’histoire d’un cahier dans lequel, quand on écrit le nom d’une personne, cette personne va mourir. Donc toute personne qui a ce cahier entre les mains a le pouvoir de vie ou de mort sur n’importe quelle personne sur la planète. Franchement, j’ai lu les douze tomes en une dizaine de jours. C’est tellement intéressant, tellement prenant - ça pose des questions philosophiques, politiques, sociales, affectives -, que j’ai compris pourquoi le monde du manga est devenu un genre tellement fort chez les ados. Parce que ça pose toutes les questions auxquelles on cherche des réponses quand on s’interroge sur son avenir, sur ce qu’on veut faire dans la vie. C’est incroyable !
C’est simple, je n’ai rien lu d’aussi bien que Rousse de Denis Infante, depuis des mois. Dans ce roman, tout est vu à travers les yeux d’une renarde dans un monde où il n’y a pas d’humains, uniquement des animaux. Denis Infante a donc imaginé comment parle une renarde, notamment en enlevant tous les articles. C’est extrêmement lisible, c’est beau, très poétique. C’est un texte enchanteur, le livre qu’il faut garder sur sa table de nuit pour en relire des passages. Je suis extrêmement émue par ce texte.
C’est l’un des disques que j’écoute le plus. C’est pour moi une œuvre absolue, l’exemple parfait de ce qu’est une bonne chanson, de l’endroit où il faut la chanter, et à quel point on entend, dans sa voix, dans son rythme, le poids des gens qui ont fait des mauvais choix. Ce n’est pas une question de déterminisme, mais de ce moment dans la vie où on choisit un chemin pour mille raisons et ce chemin va nous emmener en enfer. C’est un album qui me brise un peu le cœur, mais c’est tellement beau !
Barry Lyndon, c’est mon film préféré de tous les temps. C’est le film qui m’a appris à écrire. Je l’ai découvert avec les autres films de Kubrick grâce à mes parents qui les avaient tous enregistrés. J’ai été fascinée par Barry Lyndon, par les lumières des bougies, par ces personnages en costume, poudrés, qui sont à la fois sublimes et monstrueux. La trajectoire de ce garçon, de son trou perdu en Irlande jusqu’à la petite auberge où il va mourir misérable, on suit cette traversée d’une vie, d’un orgueil, qui est tellement bien filmée, bien racontée. Je l’ai revu récemment et je me suis dit qu’on reconnait les grandes œuvres au fait qu’elles traversent le temps sans vieillir, ou au contraire, en ayant extrêmement bien vieilli.
C’est un premier film hyper violent, glauque à souhait, tellement noir qu’on se dit que tout est vrai, que j’ai vu dix fois et que j’ai a-do-ré. Ce n’est pas de la violence gratuite. C’est un peu comme si on avait croisé David Fincher et Bruno Dumont ! Je l’ai vu une première fois en salle, et ce film m’a tellement secouée que j’y suis retournée une deuxième fois en me disant qu’on tenait un truc.
La Vie de Jésus, avec Flandre et L’humanité, c’est la période de Bruno Dumont que je préfère. Avant lui, on n’avait jamais vu un cinéaste filmer d’aussi près la France profonde que les femmes et hommes politiques ne connaissent pas. Là aussi, ce sont des films que j’ai vus et revus, et à chaque fois, je me suis dit que c’est tellement intelligent. Ces trois films forment un véritable retable !
C’est un livre très court dont l’histoire se passe dans une ferme, et je me souviens du sentiment vertigineux à la lecture de ce texte. Je me suis dit que j’avais entre les mains un génie. Tout est incroyable, la langue, le lieu, ce qui est raconté, l’émotion, la rudesse, c’est le croisement entre Pierre Michon et Marie-Hélène Lafon. Je suis tellement contente d’avoir lu ce texte et de pouvoir en parler !
C’est difficile de choisir un titre de Pierre Michon, mais je trouve que dans Rimbaud le fils, il y a à la fois la langue de Pierre Michon et la vie de Rimbaud. En réalité, ce livre m’a un peu réconciliée avec Rimbaud. On m’a tellement bourré le crâne à l’école et ensuite sur le thème “la poésie, c’est Arthur Rimbaud” que je l’avais un peu mis de côté. Et là, Pierre Michon est encore plus flamboyant dans sa langue pour raconter la flamboyance de Rimbaud. Indispensable.
Chez Marie-Hélène Lafon, il y a comme chez Pierre Michon ou Nicolas Clément, cette rudesse et cette tendresse pour les lieux qu’elle a quittés mais qui ne la quittent pas. A chaque livre, elle est capable de revenir là-dessus, et jamais on ne s’ennuie. Et le style ! Et la langue ! Qu’est-ce que c’est agréable de lire des mots qu’on ne connaît pas, et ceux qu’on connaît et qui produisent des sonorités qui sont dingues !
Gregg Araki est l’un des premiers cinéastes à avoir parlé des questions d’inceste, et à filmer ces histoires de manière populaire, avec des acteurs assez jeunes. À filmer la jeunesse qu’on abîme sans jamais être voyeur.
Dans le monde de l’édition, il y a un avant et un après le livre de Vanessa Springora, grâce aussi à l’écriture de ce genre de témoignages. Il y a eu Le Consentement, La Familia grande de Camille Kouchner,… qui, au-delà des débats et des polémiques, ont posé les questions sur ce qu’a été la littérature pendant longtemps, sur la place de l’artiste et sur la vie de l’artiste. C’est un livre très important.
Parce que pour chaque mot, pour chaque occurrence, il y a dix mille mondes qui s’ouvrent. C’est incroyable comme Alain Rey était capable de faire de la langue française un monde démultiplié, drôle, joyeux, un labyrinthe dans lequel on a envie de se perdre et de puiser du savoir.