9 janvier 2026
Wyndmere, 498 habitants, Dakota du Nord, 1983. Chuck Klosterman a onze ans lorsque son frère aîné ramène un jour, à la ferme familiale, non loin de la ville de Fargo immortalisée par les frères Coen, le chef d'œuvre de Mötley Crüe, Shout At The Devil. L'univers tonitruant et vénéneux du glam metal en fusion va changer la vie de notre jeune rural à la nuque dégagée. Durant toutes les années 80 (et un peu plus tard encore !), le collégien - comme des légions de jeunes américains et d'adolescents du monde entier - punaisera les posters de Kiss, Poison, Cinderella, Van Halen, Def Leppard, Guns N'Roses et autres W.A.S.P. sur les murs de sa chambre. De l’influence des décibels sur la production des vaches laitières.
En fait, ce livre n’en est pas un. C’est au choix, une carte routière, une boussole, une carte au trésor… pour retrouver son chemin dans les multiples courants qui composent la grande famille (bruyante) du métal.
Avant la scène electro qui propulsa les artistes français en tête des charts internationaux, les premiers groupes à avoir conquis les terres anglo-saxonnes furent des groupes de rock comme Métal Urbain ou les Thugs, signés sur des labels prestigieux comme Rough Trade en Angleterre pour les premiers, ou Sub Pop pour les angenvins. Gojira est LE groupe qui porte haut les couleurs du death metal à l’international, leurs ventes se comptant par centaines de milliers dans le monde. Comme pour symboliser ce succès, Gojira sera en tête d’affiche du Hellfest le dimanche 19 juin à 23h15. To do list : penser à poser un jour de congé pour le lundi 20.
En 2003 Metallica est au bord du gouffre. Succès planétaire, tournées mondiales, changement de personnel, drogues, alcool, batailles d’égo… le groupe affronte les turbulences que TOUS les groupes ont traversées, avec plus ou moins de succès. Conscient de marcher dans le vide, le groupe décide alors de faire appel à un psychanalyste pour les accompagner tout au long de l’enregistrement de l’album St Anger (2003). Un document exceptionnel.
S’il venait à quelqu’un l’idée saugrenue de donner le nom de Motörhead à un bâtiment public, plus approprié qu’une école ou une maison de retraite serait un pont, tellement le groupe de Lemmy fut celui qui relia le punk au hard rock. Avec Motörhead, les punks se risquèrent sur des terres qu’ils croyaient englouties, et les “hardeux” redécouvrirent ce que sauvagerie primaire voulait dire. En attendant le pont (métallique, bien sûr), lors de l'édition 2016 du Hellfest, un totem de trente tonnes supportant une statue de Lemmy haute de 15 m fut dévoilée au public. Un début.
Hüsker Dü et R.E.M. sont les deux groupes des années 80 qui ont changé la direction du rock américain. R.E.M. est devenu un groupe au succès mondial ; Hüsker Dü n'a jamais été plus qu'un groupe culte, mais entre 1981 et 1987 leurs albums ont eu une influence déterminante ; ils ont fourni la matrice du punk-pop qui s'est répandu dans le grand public au début des années 90. Ils ont non seulement façonné le son, mais aussi la façon dont les groupes indépendants ont fait la transition vers les grands labels ; ils ont montré aux autres groupes qu'il était possible d'enregistrer de la musique sans compromis sur un grand label sans perdre du contrôle créatif. Des Replacements à Nirvana, des Pixies à Superchunk, tous les groupes alternatif apparus dans les années 90 avaient une dette envers Hüsker Dü, qu'ils en soient conscients ou non.
Sûr que de grandir dans une caravane à une cinquantaine de miles de Detroit (Motor City) doit jouer sur le psychisme des enfants bercés par les vibrations des marteaux-pilons. Dans le cas d’Iggy Pop, aucun doute n’est possible. La sauvagerie, le danger du rock, c’est lui. Il les a portés et personnifiés comme personne, branché directement sur la guitare de Ron Asheton qui produisait le courant continu qui, sur scène, transformait Iggy en une marionnette qui dansait sur les braises et les éclats de verre. Encore aujourd’hui, écouter Fun House, c’est prendre des risques.
Ne cherchez pas plus loin. S’il vous faut citer un groupe les plus influents dans l’histoire du metal, en citant Black Sabbath vous gagnerez 9 fois sur 10. De Lars Ulrich (Metallica), à Curt Cobain, en passant par Guns n’Roses, Therapy?, Faith No More, Dave Grohl ou même le rappeur Ice-T, tous citent le groupe d’Ozzy Osbourne comme référence absolue. Quant au titre du groupe le plus détesté par les parents au début des années soixante-dix, bingo, c’est encore Black Sabbath et son univers satanique qui remporte la mise. On pourrait presque résumer la situation comme suit : sans Black Sabbath, pas de Hellfest.
Heureusement pour les organisateurs du Hellfest, la parité n’est pas de mise dans le metal, les groupes féminins se comptant sur les doigts d’une main du Capitaine Crochet. The Runaways, avec Joan Jett et Cherie Currie à sa tête, est le dernier groupe majeur en date, le seul de glam rock féminin au retentissement mondial. C’est tellement rare que même Hollywood s’est intéressé à leur histoire.
Avant les amplis Marshall double corps, les sonos pour cent mille personnes, les fumigènes et les écrans géants, la colère avait sa place sur scène sous les doigts des bluesmen. John Lee Hooker, sa guitare et son battement de pied pour marteler le rythme, ne faisait appel à aucun artifice. Trois accords et le boom boom d’une semelle sur le plancher qui en ont réveillé plus d’un.
Les premiers à avoir transformé un concert en barouf sonique capable de remplir un stade ce sont eux. Le concept album (et le refus de sortir des singles) et les morceaux de huit minutes, c’est eux encore. Bien que leurs deux premiers albums ont paru en 1969, Led Zep’, est le groupe qui personnifie le mieux le rock des années 70, pour le meilleur (Physical Graffiti, 1975), et le pire (In Through the Out Door 1979). Reste que les envolées de guitares de Jimmy Page sur Kashmir ou Stairway to Heaven sont à l’origine de plus d’une vocation.
Monterey, c’est la première grande prestation de Jimi Hendrix aux États-Unis après qu’il a décoiffé le public anglais, Éric Clapton le premier. Sur scène, il enchaînera “Hey Joe”, "Purple Haze", "Like a Rolling Stone", "Wild Thing", "Foxey Lady", "The Wind Cries Mary"... Mais Monterey, c’est le voodoo qui prend possession de celui qui reste la figure emblématique et indépassée du guitariste de rock, celui qui, possédé a célébré les esprits en mettant le feu à sa guitare.