9 janvier 2026
Depuis 2002, Sonia Kronlund produit et présente l'émission Les Pieds sur terre sur France Culture : une demi-heure de reportages sans commentaire, pour ouvrir une fenêtre sur le terrain et le réel. Indispensable. (Petit exercice d’admiration, c’est à Sonia Kronlund qu’on a emprunté le titre de ce parcours).
Après 10 ans de vie commune, deux enfants adorés et un chien, Romane et Philippe se sont séparés. De cette aventure singulière, ils ont fait le film L’Amour flou. Les voilà donc installés dans cette drôle de vie, qui par bien des aspects se révèle miraculeuse. La menace de se séparer n’existant plus puisque c’est fait, les tensions entre Philippe et Romane semblent avoir disparu et ils parlent désormais le langage de l’amitié. Les enfants, quant à eux, semblent baigner dans le bonheur, leurs deux parents à portée de main. Mais le quotidien de la famille Rebbot-Bohringer est toujours aussi fou et flou. Ah l’amour !
La déclaration “Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent” qu’on a souvent prêtée à Jacques Chirac, est en fait de Henri Queuille, Président du Conseil sous la IVe République. Il n’empêche, et quelle que soit l’époque, "La promesse, c’est l’unité monétaire en politique”. C’est ce que les personnages échangent tout au long du film de Thomas Kruithof. Mais ce sont aussi les promesses que l’on se fait à soi-même, la ligne de conduite qu’on se promet de suivre. “J’aime ce mot, il est très concret, mais il a aussi un sens moral et donc intime." A garder en tête tous ces prochains mois.
Claude Sautet est le réalisateur qui a le mieux raconté la vie en France dans les années soixante-dix vue à hauteur de ces quinquas coincés entre les promesses faites au temps de leur jeunesse et la réalité qui leur a tordu le bras dans le dos. Vincent, François, Paul et les autres… comme Les Choses de la vie, Max et les ferrailleurs, ou César et Rosalie, racontent ces moments de doute, les petites blessures enfouies qu’un accident de la vie (ou la découpe d’un gigot) va réveiller. Le quotidien vu à travers un nuage de fumée de cigarettes.
Dépression, addiction, trahison : dans Euphoria, l’enfer c’est l’adolescence. Particulièrement dans la saison 2. Mais cette série (d’après la série israélienne du même titre, créée par Ron Leshem) à l’écriture et à la réalisation fulgurante garde une lueur d’espoir, et observe ses personnages avec empathie. (Télérama) Et non, l’adolescence n’est pas forcément le plus bel âge de la vie.
Née à New York (d'une mère française) avant de résider à Chicago, Vivian Maier était inséparable de son Rolleiflex et a pris plus de 100 000 photos que, pour la plupart, elle ne fit pas développer. Cachées dans un garde-meuble, elles furent découvertes par hasard quand John Maloof mit la main dessus en 2007. Depuis, il n'a cessé de chercher à mettre en lumière son travail et les expositions se multiplient partout dans le monde. Vivian Maier est assurément l'une des plus grandes photographes de ces petits moments volés à la rue.
L'art de Bénabar c’est de tenir le journal de bord de la vie au jour le jour, de composer la chanson de geste des aventuriers du quotidien. Anoblir l'ordinaire. Son inspiration, il la tire des minuscules aventures -comédies ou tragédies- qui nous arrivent tous les jours, mais avec un sens de la formule épatant, Bénabar replace les personnages secondaires au premier plan. Des petites chroniques comme Le Dîner, Je suis de celles, Qu'est-ce que tu voulais que je lui dise ? rappellent Aznavour quand il écrivait Comme ils disent, J’me voyais déjà, ou Mes emmerdes. Allez, tous en chœur !
En 2009, Florence Aubenas part pour Caen et s'inscrit au chômage sans révéler qu'elle est journaliste. À Pôle Emploi, on lui propose de devenir agent de propreté dans des entreprises. Le Quai de Ouistreham est le récit de cette plongée dans le monde de la précarité. Un monde où on ne trouve plus d'emploi, mais des « heures ». Florence Aubenas dit de sa démarche qu’elle voulait rendre visible ce qui ne l’est pas, ce monde réduit souvent à des statistiques. Mais comme elle dit également “ce n’est pas simple de prendre la parole pour les autres”. Le livre a été récemment adapté au cinéma par Emmanuel Carrère avec Juliette Binoche dans le rôle de la journaliste.
Thierry Metz (1956-1997) plonge dans la philosophie, la littérature et la poésie par ses propres moyens, en autodidacte, en même temps qu’il travaille comme manœuvre sur les chantiers pour nourrir sa famille. Le journal d'un manœuvre, son premier récit, est publié quand il a 34 ans. Puis viendra L’homme qui penche, des poèmes très courts qu’il écrit au cours de ses deux séjours en hôpital psychiatrique où il se fait interner pour essayer de combattre l’alcoolisme dans lequel il a sombré à la suite de la mort accidentelle d’un de ses trois enfants. “J’aime bien les échafaudages ; en rêvant un peu, en se laissant aller, on peut s’y perdre, s’oublier. Plus ils sont hauts, plus les instants de vertiges communiquent avec le présent, avec les mots d’en bas qui sont à l’origine du feu, du travail. Ce que dit un homme là-haut est fumée. Signe. Vrai souffle : sa voix ne fait qu’attiser.” TM
Dans un restaurant gastronomique londonien, à quelques minutes du coup de feu d’une soirée cruciale, les problèmes s'empilent comme des casseroles sales autour du chef Andy Jones (Stephen Graham) et de sa brigade, et la catastrophe qui bouillonne à petit feu menace de déborder à tout moment. Ancien commis de cuisine pendant une dizaine d’années, Philip Barantini connaît son sujet et réalise cette prouesse de tourner en un seul plan-séquence cette histoire à hauteur de fourneaux. Top chef en vrai.
Extension du domaine de la lutte, le premier roman de Michel Houellebecq, c’est l'odyssée désenchantée d'un informaticien entre deux âges qui joue son rôle en observant les mouvements humains et les banalités qui s'échangent autour des machines à café. L'installation d'un progiciel en province va lui permettre d'étendre le champ de ses observations, d'anéantir les dernières illusions d'un collègue et d'élaborer une théorie complète du libéralisme, qu'il soit économique ou sexuel. Un des regards les plus tendus de la littérature française.
Pour les étudiants en médecine, l’internat est l’étape cruciale, celle où malgré les doutes et la trouille, il faut prendre ses responsabilités, assumer de se tromper, recommencer avec plus d'humilité, passer au patient suivant et réaliser que, hors des murs de l’hôpital la vie continue, que le temps passe et qu’on devient adulte. Après avoir découvert les quatre personnages principaux dans la saison 1 où on les suivait livrés à eux-mêmes ou presque, la saison 2 les met face à une inondation qu’on pourrait voir comme le symbole d’un hôpital qui coule, et que son personnel maintient à flot en soignant les malades coûte que coûte. La saison 3 est en préparation. La vie à hauteur de brancard.