7 février 2026
“J’aime les romans de Graham Greene, principalement parce qu'ils sont intelligents et que leur prose est très habile. Il est également moraliste, même dans ses divertissements, et je m'intéresse à la moralité, à condition qu'elle ne soit pas prêchée”. Patricia Highsmith
Graham Greene, qui était un des principaux soutiens de Patricia Highsmith dans le monde de la littérature (il a notamment préfacé son recueil de nouvelles L’Amateur d’escargots en 1975), dira qu'il s'agit là du meilleur roman de son amie. « On ne cesse de la relire. Elle a créé un monde original, un monde clos, irrationnel, oppressant, où nous ne pénétrons qu'avec un sentiment personnel de danger et presque malgré nous. Car nous allons au-devant d'un plaisir mêlé d'effroi. »
Dans la liste des écrivains qu’elle admire et qu’elle a étudiés pendant ses années à l’université, Patricia Highsmith place Albert Camus en très bonne place, et tout particulièrement L’Étranger auquel elle rend un hommage indirect dans L’Empreinte du faux où, au début du roman, le personnage principal, installé dans un bungalow en Tunisie, effrayé par l'intrusion nocturne d'un homme, lui jette à la tête une machine à écrire et le tue sur le coup. L’adaptation qu’a faite José Munoz du roman de Camus offre une nouvelle dimension à cette œuvre incontournable.
Étudiante à New York dans une des seules universités qui permettait aux jeunes filles de faire quatre ans d’étude, Patricia Highsmith se lance dans la découverte des auteurs européens (Edgar Allan Poe, Conan Doyle, James Joyce, Jane Austen, Goethe, Proust, Maupassant…). Elle se prend aussi d'une véritable passion pour Dostoïevski, passion qui durera toute sa vie. Elle déclarera que l'ambivalence et les contradictions qui caractérisent les personnages de L'Idiot inspireront ceux de L'inconnu du Nord Express.
Beaucoup considèrent Ceux qui prennent le large - l’histoire d’un père qui refuse de croire au suicide de sa fille et qui poursuit son gendre de sa haine - comme le roman qui place définitivement Patricia Highsmith parmi les grands écrivains du début du XXe siècle. Elle y maîtrise parfaitement les situations où le chat et la souris rivalisent de cruauté, les faux-semblants, les fausses identités. Elle impose son style sobre qu'elle met au service d'intrigues particulièrement sophistiquées, créant ainsi un saisissant contraste entre un langage simple et des situations très perverses.
La publication du troisième roman de Gore Vidal, en 1948, fit scandale dans une Amérique puritaine où la question de l’homosexualité n’était jamais abordée frontalement, surtout pas dans un roman dans lequel les personnages ne connaissaient pas de fin tragique alors qu’ils ont défié les conventions sociales en vigueur. C’est la publication et l’accueil terrible que reçut d’Un Garçon près de la rivière qui incita Patricia Highsmith à publier Carol sous un nom d'emprunt.
A la fin des années quarante, Patricia Highsmith travaille quelque temps comme vendeuse au rayon jouets du magasin Bloomingale à New-York. Un jour, Mrs Senn, une élégante et séduisante cliente vient acheter une poupée et laisse son nom et son adresse pour qu’on lui livre ses achats. C’est le point de départ vrai de ce roman d’amour entre deux femmes que Patricia Highsmith, craignant les réactions des médias et du public, publiera sous le pseudonyme de Claire Morgan. Ironie de l’histoire, alors que Carol est le seul roman de Patricia Highsmith dans lequel personne ne meurt, la vraie Mrs Senn se suicidera avant la parution du roman. Todd Haynes (Dark Waters) adapta le roman à l’écran en 2016 avec Cate Blanchett dans le rôle de Mrs Senn.
Patricia Highsmith a passé de nombreuses années en France où ses romans ont rencontré un énorme succès. Pour écrire son livre, François Rivière s’est notamment plongé dans la correspondance de Patricia Highsmith avec ses éditeurs parisiens, Robert Calmann-Lévy, dit «Monsieur Robert», et Alain Oulman, dit “ Pitou ”. François Rivière livre ici une analyse du monde morbide de celle qui refusa toujours d'être “la reine du crime”. Aux dernières nouvelles, la publication d’une partie de ses journaux intimes est prévue en 2021.
Née au Texas en 1943, Janis Joplin partageait avec Patricia Highsmith un profond mal de vivre et le même goût pour l’alcool pour le rendre moins douloureux. Rejetée et régulièrement humiliée par ses congénères avant de devenir une des stars du rock de la fin des années soixante, Janis Joplin plongea dans tous les excès (sa consommation de Southern Comfort reste légendaire) jusqu’à mourir d’une overdose de drogue en 1970. Sur Pearl on retrouve entre autres perles Me and Bobby McGee, titre écrit par Kris Kristofferson, un autre texan, un temps lui aussi sérieusement porté sur la bouteille. A croire que quelque chose flotte dans l’air de cet état, le deuxième plus grand des États-Unis, mais pas le plus libéral…
Patricia Highsmith n’a jamais aimé l’adaptation assez libre faite par Wim Wenders du troisième roman de la série des Ripley (Ripley s’amuse 1974), notamment à cause de la présence de Denis Hopper et de son Stetson, une incarnation de Ripley aux antipodes de ce que Patricia Highsmith avait en tête. "On ne pouvait rien lui cacher, on avait l'impression qu'elle voyait à travers vous. Avec elle, le seul mode de fonctionnement possible était une honnêteté absolue." Wim Wenders
Et si échanger ses crimes permettait à chacun de commettre le crime parfait ? C’est l’idée tordue que soumet le passager d’un train à son compagnon de voyage. Idée qui va faire son chemin jusqu’à… Très librement inspiré du roman de Henry James Les Ambassadeurs (1903), L’Inconnu du Nord-Express (1950), le premier roman de Patricia Highsmith, porte en lui tous les thèmes que l’écrivaine développera par la suite : la duplicité, le mensonge, ou encore la fascination pour le meurtre. Le film qu’en tira Hitchcock est un de ses premiers grands succès.
Plein Soleil est la première adaptation de Monsieur Ripley (Grand Prix de Littérature policière 1957) premier roman de la série (cinq au total) des Tom Ripley. Si on peut regretter que la fin du film soit plus moraliste que celle du roman, il n’en reste pas moins que Patricia Highsmith considérait Delon comme l’incarnation parfaite de Ripley. Évoquant ses souvenirs du tournage, l’avis de Marie Laforêt est plus nuancé : « Alain Delon et Maurice Ronet étaient si prétentieux, si méprisants : deux trous du cul ! »...