« L’Evangile selon Saint Matthieu » c’est à la fois du cinéma, de la littérature et de la poésie. J’ai découvert Pasolini grâce au texte de « Théorème », sorte de parabole christique, mais je n’ai vu le film, avec Terence Stamp, que plus tard. Ce texte est d’une précision, d’une méticulosité, d’une poésie incroyable et, comme d’habitude avec Pasolini, c’est une analyse critique sous le triple angle marxiste, structuraliste et psychanalytique. C’est ensuite que je me suis tourné vers son cinéma, sa poésie, et cet « Evangile…» est sans doute le plus grand film biblique que j’ai vu. Dès les premières images de Joseph découvrant Marie enceinte, sans aucun dialogue, dans les regards et les champs-contrechamps, on est happé par la manière qu’a Pasolini de filmer comme un peintre du Quattrocento. Le cinéma de Pasolini est d’une audace incroyable et, entre 18 et 20 ans, c’est l’artiste qui m’a le plus marqué : essayiste, cinéaste, poète, peintre, romancier, par tous ces aspects il est, pour moi, l’incarnation de l’artiste total.