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Vélasquez, la vie au bout du pinceau

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« J’aime mieux être le premier dans le vulgaire que le second dans le délicat », répond le jeune Diego Rodriguez de Silva y Velasquez à ceux qui lui reprochent de ne pas suivre l’exemple de Raphaël. Si ce sont Les Menines qui identifient Vélasquez, d’où vient le « vulgaire » dont il parle ? Peut-être du regard qu’il porte sur la vie, si sincère, qu’il en tire son art où palpite ce qui fera dire à Edouard Manet : « C’est le peintre des peintres ». Que peignait Vélasquez ? Le roi Philippe IV et sa cour, des bouffons, des mendiants, peu de paysages, ni de scènes religieuses. Ce génie de la peinture espagnole fait partie du Siècle d’or avec Cervantès, le père de Don Quichotte. À l’occasion d’une exposition au Grand Palais qui commence ces jours-ci, voici un parcours pour rêver.

Vélasquez

Elie Faure
1903 - Parallèles
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Le Bouffon des rois

Francis Perrin
2011 - Plon
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Splendeur et gloire des Deschiens

Les Deschiens
2004 -
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Lost in La Mancha

Keith Fulton, Louis Pepe
2004 -
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Apogée et Déclin : le Siècle d’or espagnol

Verena von der Heyden-Rynsch
2011 - Gallimard
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Les Mots et les Choses

Michel Foucault
1990 - Gallimard / Tel
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Musée haut, musée bas

Jean-Michel Ribes
2009 -
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On n’y voit rien - Descriptions

Daniel Arasse
2003 - Folio
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Museu Picasso Barcelone

Pablo Picasso
2011 - Le Figaro
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Les Passions de Francis Bacon

Philippe Sollers
1996 - Gallimard
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Manet-Vélasquez

Catalogue de l'exposition
2002 - RMN
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Rubens

Marie-Anne Lescourret
2004 - JC Lattès
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Les bas-fonds du Baroque

Petit Palais / Paris
2015 -
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Le Guide du Routard : Madrid, Castille

2015 -
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L’Architecture des villes

Ricardo Bofill, Nicolas Véron
1995 - Odile Jacob
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Vélasquez

Elie Faure - 1903 - Parallèles

106 pages suffisent à Elie Faure, historien d’art, à écrire en quoi Vélasquez est un homme remarquable. Cet homme est peintre officiel du roi d’Espagne Philippe IV, ce qui signifie qu’il enchaîne les portraits officiels, oui mais voilà, la vie qu’il fait palpiter au bout de son pinceau change tout. La vie l’inspire, donc les bouffons, les mendiants, ont toute sa considération, tandis qu’il est fasciné par Rubens qui n’était pas un bouffon, Vélasquez est un peintre sublime qui inspire à Elie Faure un livre sublime, animé d’un souffle digne de Malraux dans Les Voix du silence, en plus court. La grande classe !

Le Bouffon des rois

Francis Perrin - 2011 - Plon

« Mon cousin », dit Triboulet, le plus célèbre bouffon que la France ait connu, à François 1er, sans qu’ils aient un quelconque lien de famille, mais il est son confident. Nous sommes au XVe siècle, bien avant Vélasquez. Francis Perrin, comédien, fait revivre Triboulet dans un roman haut en couleur, où il se promène chez Charles Quint, ou Henri VIII d’Angleterre ; il rencontre Léonard de Vinci, Erasme, Rabelais. Bref, si Triboulet allait aujourd’hui en banlieue, les jeunes diraient de lui : c’est pas un bouffon !

Splendeur et gloire des Deschiens

Les Deschiens - 2004 -

Si Vélasquez revenait - comme on le dit parfois de Jésus - lui qui aimait beaucoup peindre les bouffons, s’intéresserait forcément aux Deschiens. On peut sans peine imaginer François Morel et Bruno Lochet dans le tableau de Vélasquez, Le Triomphe de Bachus ou Les Buveurs. Les Deschiens sont de vrais bouffons, comme ceux que représentait Vélasquez. Ils ont en commun d’incarner des situations extrêmes de la vie avec une justesse et une drôlerie qui ne s’inventent pas. Cette justesse, Vélasquez surnommé « le peintre de la vérité » sur son monument à Séville, savait la capter comme personne.

Lost in La Mancha

Keith Fulton, Louis Pepe - 2004 -

L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche est un roman écrit par Miguel de Cervantès au début du XVIIe siècle. En 1965, a lieu, à Broadway, la première de la comédie musicale The Man of La Mancha qui va donner envie à Jacques Brel de la reprendre au théâtre des Champs-Elysées en 1968. Autant de succès ! Il manquait un échec ; il arrive avec le tournage du film L’homme qui tua Don Quichotte par Terry Gillian qui vire à la catastrophe : Jean Rochefort, Don Quichotte, est bloqué par une sciatique ; les décors sont arrachés par des pluies diluviennes ; des conflits surgissent dans l’équipe. Keith Fulton et Louis Pepe n’en perdent pas une miette : partis pour tourner le making-of du film, ils deviennent réalisateurs du documentaire Lost in La Mancha, qui raconte l’ennui, le désespoir, l’attente, vécus par Terry Gillian, dont l’humour anglais fait merveille.

Apogée et Déclin : le Siècle d’or espagnol

Verena von der Heyden-Rynsch - 2011 - Gallimard

« Desvivirse por hacer algo » signifie mourir d’envie de faire quelque chose : c’est très espagnol ! Le desvivirse est la philosophie du moraliste Gracian, l’un des penseurs du Siècle d’or espagnol, contemporain de Vélasquez, qui a notamment écrit L’Homme de cour, un recueil de 300 maximes commentées ; Vélasquez vivait à la cour de Philippe IV. Vera von der Heyden-Rynsch, femme élégante et brillante, est née à Madrid de parents diplomates allemands. Dans son essai, elle brosse un portrait vivant de l’Espagne, qui va de la cohabitation des trois grandes religions au Moyen Âge jusqu’à la philosophie du desvivirse de Gracian. Parmi les maximes de Gracian : « Il faut faire ce qui est facile comme une chose difficile et ce qui est difficile comme une chose facile », donne une idée de la discipline d’un grand artiste, comme l’était Vélasquez.

Les Mots et les Choses

Michel Foucault - 1990 - Gallimard / Tel

« Le peintre est légèrement en retrait du tableau », écrit Michel Foucault. À partir de ce constat simple, le philosophe construit sa pensée sur la place du peintre, la place du spectateur et sur la représentation. Il considère ce moment choisi par Vélasquez où le peintre jette un œil hors de son tableau pour s’imprégner de ce qu’il a à représenter. Attention ! Les Mots et les Choses est un livre de philosophie, pas si facile à lire. La meilleure manière d’aborder Les Ménines est de regarder le tableau, longtemps, pour voir l’effet qu’il vous fait, sans oublier que Vélasquez était le champion de la perception dont ses toiles se font l’écho. À vous de regarder les choses et de mettre vos mots sur ce qu’elles vous inspirent...

Musée haut, musée bas

Jean-Michel Ribes - 2009 -

Le film de Jean-Michel Ribes est à l’origine une pièce de théâtre très drôle sur la vie dans un musée : groupes qui suivent les guides, gardiens bouleversés, une famille où le mari et la femme s’engueulent à propos de l’étage du parking où ils ont laissé leur voiture. Cet étage s’appelle-t-il Rembrandt ou Vélasquez ? Le mari pense que c’est Rembrandt, sa femme prétend que c’est Vélasquez. N’y tenant plus il y retourne ; après avoir cherché en vain sa voiture à l’étage Rembrandt, il la trouve à l’étage Vélasquez, où soudain une naine traverse la voie, comme un clin d’œil au tableau Les Ménines. Le type ne connaît pas le tableau, la naine l’indiffère.

On n’y voit rien - Descriptions

Daniel Arasse - 2003 - Folio

Parmi les critiques d’art moderne, souvent brillants et assez souvent prétentieux, Daniel Arasse fut une exception : brillant et drôle comme son essai On n’y voit rien, dont le dernier chapitre " L’œil du maître " est consacré aux Ménines de Vélasquez. Il démarre doucement en annonçant que tout a été dit sur ce tableau, surtout depuis le passage de Foucault dans Les Mots et les Choses, et progressivement il nous entraîne dans un rapport invisible entre le peintre et le roi Philippe IV. On n’y voit vraiment rien, mais on se régale avec la plume d’Ara(sse).

Museu Picasso Barcelone

Pablo Picasso - 2011 - Le Figaro

À 14 ans, Picasso est déjà un peintre. Il va explorer le langage pictural, en commençant par faire sauter le verrou de la perspective avec Les Demoiselles d’Avignon. Picasso connaissait les maîtres espagnols et autres artistes français ; une exposition récente à Paris, " Picasso et les maîtres ", l’a montré. Picasso est fasciné par Vélasquez au point de peindre 50 toiles inspirées par Les Menines ; elles sont visibles au musée Picasso de Barcelone, dont elles tapissent une salle entière.

Les Passions de Francis Bacon

Philippe Sollers - 1996 - Gallimard

Vélasquez a peint le portrait du pape Innocent X. Ce tableau a fasciné Francis Bacon, géant de la peinture anglaise du XXe siècle. Il a détourné le tableau de Vélasquez en montrant le pape Innocent X dans la même position mais en train de crier ; le cri lui a été inspiré par celui de la nurse du film Le Cuirassé Potemkine, un film muet. Bacon peint le cri d’un pape qui ne peut pas crier, d’après le cri d’une nurse qu’il n’entend pas ! « L'art, on l'oublie trop dans l'animation "culturelle" ambiante, est d'abord une guerre. Il n'a besoin d'aucune prédication, d'aucun espoir. Il est, dit Bacon, optimiste à propos de rien », écrit Philippe Sollers. C’est peut-être cet « optimisme à propos de rien » qui donne tant de vie aux toiles de Vélasquez.


Manet-Vélasquez

Catalogue de l'exposition - 2002 - RMN

La Manière espagnole du XIXe siècle Une exposition, en 2002, au musée d’Orsay, fut l’occasion de découvrir des chefs-d’œuvre de la peinture espagnole du Siècle d’or, et le rôle que les conquêtes napoléoniennes avaient joué dans leur connaissance par les peintres français du XIXe siècle. Ils furent nombreux à faire le voyage jusqu’au Prado, et parmi eux, Manet fut profondément touché par la peinture de Vélasquez. Il écrivait à son ami le peintre Zacharie Astruc : « Ce qui m’a le plus ravi en Espagne, ce qui, à lui seul, vaut le voyage, c’est Vélasquez. ».

Rubens

Marie-Anne Lescourret - 2004 - JC Lattès

À 29 ans, Vélasquez rencontre Rubens à l’occasion d’un voyage officiel du peintre flamand qui était aussi diplomate. Rubens a 22 ans de plus que lui, il est un dieu vivant entouré de ses élèves Jordaens et van Dyck. Vélasquez n’éprouve aucune jalousie, il regarde. De cette époque, date Le Triomphe de Bacchus ou Les Buveurs, où Vélasquez mélange la mythologie et les pochards, comme si cela allait de soi. Il est amusant d’aller voir dans la Galerie Médicis au Louvre, comment Rubens mélange la mythologie et l’histoire officielle, ce qui n’est pas exactement le même cocktail. Avant de s’y rendre, la lecture du livre de Marie-Anne Lescourret permet de savoir quel genre de dieu était Rubens.

Les bas-fonds du Baroque

Petit Palais / Paris - 2015 -

Vélasquez quitte un maître autoritaire, le peintre Herrera le Vieux, pour rejoindre l’atelier de Pacheco, peintre de qualité bien moindre, mais qui est capable de voir l’élève exceptionnel qu’il a en face de lui. Pacheco fait découvrir Caravage à Vélasquez ; il est certainement sensible au regard qu’il porte sur la vie de la rue, de la nuit, de la marge. L’exposition actuelle au Petit Palais, " Les bas-fonds du Baroque " est une excellente occasion de voir le vice en peinture, même si rien ne remplace une traversée de Paris ou d’ailleurs la nuit...

Le Guide du Routard : Madrid, Castille

- 2015 -

Le Guide du Routard est une institution. Certains le trouvent un peu court en matière culturelle ; aucun doute, le Routard et le Guide Bleu ne proposent pas le même voyage. Entre ses nombreuses commandes de peintures de cour, Vélasquez tire le portrait des bouffons qu’il fréquente à la cour, mais aussi des mendiants qu’il voit dehors. Le Guide du Routard est de très bon conseil pour aller dans les bars où vous allez boire et voir de quoi regarder ce qui fait le sel de la peinture de Vélasquez.

L’Architecture des villes

Ricardo Bofill, Nicolas Véron - 1995 - Odile Jacob

Ricardo Bofill est l’architecte des Espaces d’Abraxas à Marne-la-Vallée, du Versailles du peuple à Saint-Quentin-en-Yvelines, du quartier Antigone à Montpellier, de l’Aéroport international de Barcelone-El Prat et du Palais des Congrès à Madrid. Dans L’Architecture des villes, il développe une longue réflexion sur les forces en présence et sur l’espace dans les villes ; il évoque Vélasquez qui utilise la perspective aérienne comme Véronèse ou Vermeer, et il considère l’espace où le peintre se représente dans Les Ménines : un espace net qui devient flou à mesure qu’on s’éloigne de lui.

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