Une vie
Je suis allé une première fois à Auschwitz en janvier 2005, pour préparer le numéro spécial de « Paris Match » à l’occasion du 60e anniversaire de la libération du camp. C’est un lieu commun, mais on en sort différent. Cependant, l’expérience humaine la plus forte fut, au cours de ma seconde visite quelques semaines plus tard, en compagnie de Simone Veil qui avait demandé à être accompagnée de ses petits-enfants. Pour la première fois elle a pu écouter le silence, elle qui n’avait connu le camp qu’envahi par des bruits : cris des kapos, aboiements des chiens… L’un des moments les plus émouvants de notre visite fut la visite des latrines. Elle m’expliqua que c’était le seul lieu d’intimité où les détenus pouvaient parler entre eux. Ensuite, nous nous sommes retrouvés à proximité des voies de chemin de fer, en plein brouillard, et je suggère une photo avec le clocheton en fond. Elle refuse. Nous nous retrouvons au même endroit deux heures plus tard. Le ciel s’est levé. Elle se retourne vers moi et me dit qu’elle acceptait de faire la photo, celle qui fit la Une de ce numéro de « Paris Match ».
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