S’il y a un voyage à s’offrir absolument si l’on aime le Japon, l’art contemporain et l’architecture, c'est l’île de Naoshima, où un milliardaire a commandé à Tadao Ando un hôtel-musée. Tout le monde peut visiter le musée et y voir des œuvres de Richter, Cy Twombly… mais, si on réside dans l’hôtel, comme je l’ai fait il y a quelques années, après la fermeture du musée on peut la nuit sortir de sa chambre et se promener dans les salles au milieu des œuvres d’art ! Sur Naoshima, Tadao Ando a également construit le Chichu Museum, qu’il a conçu comme un long chemin de recueillement qui nous éloigne du réel pour nous dépouiller des pensées parasites et nous conduire jusqu’aux œuvres. Quand on entre dans ce musée, il y a une succession de couloirs, d’escaliers, de coudes, de murs inclinés qui brouillent la perception et les repères spatio-temporels pour mettre le visiteur en condition. Ce long parcours pour arriver aux œuvres est une dramaturgie sensorielle, un chemin de méditation qui modifient l’état intérieur du visiteur. Et une fois devant les Nymphéas ou la pièce vertigineuse de James Turrell, on a déjà la sensation d’avoir fait l’expérience, avec son corps, sa sensibilité, son regard, d’une œuvre d’art troublante, celle du bâtiment. Oui, le Chichu Museum est en soi une œuvre d’art de premier plan, et pas seulement un magnifique écrin, comme le sont généralement les musées. Vivre l’architecture de Tadao Ando et s’abandonner à elle, se laisser atteindre et contaminer par les sensations qu’elle délivre, c’est quelque chose d’unique.