C’est peut-être le film que j’ai vu le plus grand nombre de fois dans ma vie. Serge Daney disait que le cinéma, c’est l’enfance ; et je crois que si on perd ses dilections d’enfant, on perd quelque chose du plaisir qu’il y a à aimer le cinéma. A sept ans, quand j’ai vu Rocky pour la première fois, ce fut un choc. Je suis un môme, et je me dis : je veux être fort comme ça, tenir comme lui, avoir ce corps-là. Je pense que pour beaucoup de gamins qui l’ont vu à cette époque et au même âge, Rocky a fonctionné de cette manière, comme un modèle de masculinité. Je l’ai revu dix, quinze fois depuis et il y a derrière une éthique prolétarienne qui me plaît encore aujourd’hui. Rocky, ce n’est pas un virtuose, il n’est jamais le meilleur. C’est celui qui s’accroche, qui tient, celui qui est dur au mal. Il y a une phrase dans le troisième opus : “ and at the end, you will be the one standing”. Ce serait ça une morale à la portée de ceux qui ne partent pas gagnants : rester debout. Je sais qu’à divers moments de mon existence, cette idée m’a tenu la tête hors de l’eau.