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Ollivier Pourriol

Philosophe, essayiste et romancier, Ollivier Pourriol n’en est pas moins un amoureux du football. De sa formation et de son amour du ballon rond, il a tiré un premier essai passionnant Éloge du mauvais geste (Nil 2010). Il publie aujourd’hui Généalogie de l’insulte, dans lequel il poursuit sa réflexion entre le sport le plus populaire au monde et la philosophie. A l’heure où des milliards de personnes vont se passionner (ou pas) pour la Coupe du Monde de football, Ollivier Pourriol est notre invité.

Fin de mission

Phil Klay
2018 - Gallmeister
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Oleanna

David Mamet
1992 - Actes Sud
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Black Mirror

Charlie Brooker
2011 -
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L’Air et les Songes

Gaston Bachelard
1943 - Livre de poche
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Two Friends, One century of music

Caetano Veloso, Gilberto Gil
2016 -
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Le Fanfaron

Dino Risi
1962 -
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Traité du funambulisme

Philippe Petit , Paul Auster
1997 - Babel
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Coup de tête

Jean-Jacques Annaud
1979 -
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Open

Andre Agassi
2009 - Livre de poche
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Fin de partie

Samuel Beckett
1957 - Minuit
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L'Iliade ou le poème de la force : Et autres essais sur la guerre

Simone Weil
1941 - Payot
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Le Bouc émissaire

René Girard
1982 - Livre de poche
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L’Insulte

Ziad Doueiri
2018 -
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Généalogie de l'insulte

Ollivier Pourriol
2018 - Robert Laffont
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Fin de mission

Phil Klay - 2018 - Gallmeister

Ce livre est ce que j’ai lu de plus fort sur la manière contemporaine, occidentale de faire la guerre. Phil Klay est un soldat passé par le champ de bataille puis par des ateliers d’écriture, et ses nouvelles sont toutes, non seulement bien écrites, mais puissantes. Il y a une modestie et une profondeur dans l’écriture. C’est un écrivain-guerrier comme on a pu avoir des écrivains-voyageurs, Phil Klay est un soldat écrivain.

Oleanna

David Mamet - 1992 - Actes Sud

C’est une réflexion sur l’enseignement supérieur qui met en scène un professeur d’université et une jeune fille qui est la première de sa famille à faire des études supérieures. Le professeur lui change sa mauvaise note en A suite à leur entretien. Comme elle ne comprend pas pourquoi, il lui explique que l’enseignement supérieur c’est : «  je t’oblige à lire des livres, tu me dis que tu les a lus, je te dis que tu mens, je te donne un examen pour vérifier que tu as menti, je t’humilie et te renvoie chez toi ». J’aime beaucoup David Mamet parce que c’est quelqu’un qui dit la vérité de manière provocante, un Socrate contemporain qui n’a peur de rien, doublé d'un génie de la narration.

Black Mirror

Charlie Brooker - 2011 -

Black Mirror décrit le monde des écrans qui nous renvoient non seulement des images de ce que nous sommes, mais également de ce que nous sommes en train de devenir. Les épisodes de cette série racontent chacun une histoire particulière, et c’est, je trouve, à chaque fois un bijou de narration, de mise en scène, de réflexion sur les effets de la technologie sur l’humain. C’est une série qui modifie le rapport aux appareils et transforme le spectateur. Une entreprise philosophique pour penser aujourd’hui et demain. Admirable.

L’Air et les Songes

Gaston Bachelard - 1943 - Livre de poche

Dans L’Air et les Songes, Bachelard parle des effets dynamisants de l’image poétique - mais cela marche aussi pour les images visuelles : si on s'expose, si on vit les bonnes images, notre âme s’allège. L’imagination est directement liée à la volonté et la rend possible : le rêve précède l'action. J’aime beaucoup cette pensée de Bachelard pour qui l’imagination est maîtresse de vie. Bachelard est à la fois un scientifique et un poète. Ses réflexions sur le pouvoir des images et ses analyses détaillées sont pour moi, à la fois, éclairantes et vitalisantes.

Two Friends, One century of music

Caetano Veloso, Gilberto Gil - 2016 -

Un duo magnifique. Un moment de grâce, de subtilité, la beauté des mélodies… Même le public chante bien ! On peut écouter de la musique pour s’échapper ; là, quand on les écoute c’est le contraire, ils nous font entendre qu’on n’a pas besoin de s’échapper de la vie, ils la célèbrent. C’est à la fois consolateur et réconciliateur. La puissance du beau à son maximum.

Le Fanfaron

Dino Risi - 1962 -

C’est l’un des plus beaux films de Dino Risi, avec Parfum de femme évidemment. Dans Le Fanfaron (en italien  Il sorpasso, le doubleur, le chauffard), il y a à la fois de la comédie et un charme tragique. Jean-Louis Trintignant joue le rôle d’un étudiant qui préfère rester enfermé à travailler tout seul plutôt que de parler à sa voisine dont il est amoureux. Un jour, il croise la route du Fanfaron (Vittorio Gassman), tout son contraire, qui passe son temps à doubler les autres voitures. Trintignant lui fait remarquer qu’il a l’impression d’être en Angleterre tellement il roule à gauche ! C’est un film plein de petites remarques comme celle-là. Je l’ai regardé quasiment à chaque période de vacances scolaires quand j’étais moi-même étudiant. C’était comme une fenêtre sur la vie, qui me disait carpe diem.

Traité du funambulisme

Philippe Petit , Paul Auster - 1997 - Babel

Je travaille sur un livre sur la facilité, je cherchais des personnes et des personnages qui incarnaient cette idée, et le funambule est une figure extraordinaire. Quand on lit ce livre, on a l’impression de partager le risque mais le plus étonnant dans son écriture, c’est que l’on voit que la peur n’a aucune place dans le travail du funambule. La peur, c’est pour les spectateurs. Du moment qu'on est dans l’action, on oublie la peur. Une très belle leçon.

Coup de tête

Jean-Jacques Annaud - 1979 -

Ce film rappelle l’époque où les équipes de foot étaient possédées par des industriels locaux. Maintenant, ce sont plutôt des milliardaires, des multinationales, les clubs sont cotés en bourse… Ici, il y a quelque chose de l’ordre du pâté de campagne et de la France des Dupont Lajoie. Patrick Dewaere est extraordinaire en Cyrano de Bergerac version voyou. Chaque scène est un bonbon. La mauvaise foi des entraîneurs, la bêtise des élus locaux, des notables, des commerçants qui financent l’équipe... Un film délicieux de méchanceté et de grâce.

Open

Andre Agassi - 2009 - Livre de poche

C’est un livre extrêmement bien écrit par un bon journaliste, bon écrivain et ami d’Agassi. C’est passionnant parce que dès la première page, ce grand champion de tennis explique qu’il a toujours voué au tennis une haine qui ne s’est jamais démentie. C’est à la fois de l’introspection et une plongée dans les coulisses du sport de haut niveau. Exceptionnel.

Fin de partie

Samuel Beckett - 1957 - Minuit

Beckett a écrit des livres impossibles sur l’impossibilité du langage. Pour moi, la scène la plus surréaliste de la période où Raymond Domenech était entraîneur de l'équipe de France, c’est quand il a emmené les joueurs au théâtre voir En attendant Godot. Rien que pour ça, on peut être reconnaissant à Domenech d’avoir fait exister ce moment totalement extraordinaire. Je conseille donc de lire Fin de partie ou En attendant Godot, en même temps que Tout Seul.

L'Iliade ou le poème de la force : Et autres essais sur la guerre

Simone Weil - 1941 - Payot

Ce petit commentaire de texte, est vraiment un très beau livre de Simone Weil. Elle dit que dans L'Iliade la violence n’appartient à personne, qu’elle circule entre les êtres. Que la violence s’empare des violents, qu’elle leur échappe et les broie au moment même où elle les fait vainqueurs.

Le Bouc émissaire

René Girard - 1982 - Livre de poche

René Girard a eu deux idées dans sa vie, toutes les deux liées à l’idée de violence mimétique. Pour lui, le désir est toujours mimétique, on n’est pas à l’origine de nos désirs. Ensuite, la violence naît du désir mimétique. Beaucoup de gens lui ont reproché d’avoir tout réduit à cette idée, mais je trouve qu’elle est très efficace pour comprendre beaucoup de phénomènes. René Girard part de la littérature et des mythes pour voir comment les sociétés se structurent toujours sur un cadavre caché, victime d’une violence unanime. Ces deux idées permettent de saisir qu’on ne maîtrise jamais la violence ; je m’en suis servi dans Généalogie de l'insulte pour essayer de comprendre les phénomènes comme la grève des joueurs dans le bus à Knysna. Son idée la plus passionnante, c’est : pourquoi quand il y a une crise mimétique, une crise sociale, on cherche forcément un bouc émissaire, et qu’il n’y a pas vraiment d’autre solutions, aussi sophistiqué, aussi civilisé soit-on.

L’Insulte

Ziad Doueiri - 2018 -

"Dans L’Insulte, on voit bien ce que René Girard appelle la mauvaise réciprocité. Cela commence par une petite offense, et, selon la loi de la mauvaise réciprocité, (si je refuse de serrer la main de quelqu’un, la fois d’après la personne va me rendre mon offense avec un intérêt, ça va s’aggraver), finit en affaire d’Etat. On voit bien cette logique de l’aggravation, et dans ce film, la solution qui est offerte pour sortir de cette violence mimétique, est finalement une solution chrétienne, pratiquée sans dire son nom. Le dénouement du film est parfaitement imprévisible et surtout très éclairant."

Généalogie de l'insulte

Ollivier Pourriol - 2018 - Robert Laffont

Après avoir convoqué Zidane, Thierry Henry, Eric Cantona, Diego Maradona, Michel Platini et Harald Schumaker pour un premier livre consacré au mauvais geste (Éloge du mauvais geste Nil 2010), cette fois, Ollivier Pourriol sélectionne Raymond Domenech, Nicolas Anelka, Franck Ribéry, Karim Benzema, mais aussi Simone Weil, René Girard, Molière, Edmond Rostan pour un essai à lire que l’on aime le foot ou pas. Insulte dite ou pas, mauvaise réciprocité, victime expiatoire, bouc émissaire, le foot est ici un véhicule pour comprendre ce qu’Ollivier Pourriol appelle « l’ère de l’insulte ».

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