Louise Bourgeois est sans doute mon artiste préférée. Son œuvre plastique me touche et même me trouble profondément. Tout particulièrement ses Rooms, qui sont comme des sculptures autour desquelles on tourne et dont on regarde l’intérieur, en étant presque indiscret, par des portes et des fenêtres, c’est très intime et on franchit un interdit. On sent dans le travail de Louise Bourgeois qu’elle plonge au plus profond de l’inconscient, de son passé, de ses peurs d’enfant, de ses souvenirs de la période où elle vivait en France. Son œuvre est traversée de thèmes récurrents comme la maternité, le corps, la maison, l’enfance, la nostalgie, l’amour, le couple, l’avilissement par la famille… thématiques qui me parlent profondément. N’oublions pas non plus qu’à son époque, c’était très difficile pour une femme de devenir une artiste reconnue (elle accède à la reconnaissance tardivement, dans les années 1980), les grands artistes, au regard de la société, étant toujours des hommes. Et Louise Bourgeois a construit une œuvre immense en prenant à contre-pied la vision masculine du Grand Art, en utilisant le langage et le vocabulaire même de la féminité telle que « caricaturée » par les hommes comme n’étant pas digne d’intérêt ni sérieux. Louise Bourgeois a en partie accédé au statut de « grand artiste » par des petites choses, des assemblages, des idées fixes, des petits bricolages, la couture, la broderie – sa mère était restauratrice de tapisseries anciennes -, comme on pourrait s’occuper de sa maison. Et cette ironie, aller combattre les hommes sur leur soi-disant terrain en utilisant ce qui, à leurs yeux, disqualifie les femmes, je trouve ça absolument génial et réjouissant.