Les Cent Vingt Journées de Sodome
Sade - 1785
“C'est maintenant, ami lecteur, qu'il faut disposer ton cœur et ton esprit au récit le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe...” On a tout dit des Cent Vingt Journées de Sodome : catalogue des perversions humaines, fable sur l’exploitation des corps, condamnation de l’Ancien Régime. Pour moi, les Journées traitent avant tout du pouvoir des mots et de l’imagination. Embastillé, à bout de nerfs, Sade s’évade toutes les nuits de son cachot en couchant, dans une langue sublime, sur une bande de parchemin le récit des turpitudes qu’il aimerait infliger à ses geôliers. Le destin rocambolesque de ce manuscrit inachevé (car fondamentalement inachevable) ajoute à son mythe : perdu en 1789, (“j’en ai pleuré des larmes de sang”, dira Sade), retrouvé un siècle plus tard, il est publié sous le manteau avant de connaître la consécration.
