Je regarde énormément de documentaires que je considère comme des œuvres d’art au même titre que les œuvres de fiction. Le Chagrin et la Pitié, c’est une incroyable galerie de portraits de gens de toutes origines, de tous les bords politiques, interrogés face caméra sur leur comportement pendant l’occupation allemande. C’est aussi un film dans lequel différents registres d’expression se mêlent, les manières de raconter les expériences sont différentes. Chez certains la parole est facile, les évènements semblent digérés, chez d’autres au contraire la pudeur rend difficile le fait de nommer précisément les choses. Certains, qui ont l’air sympathique, on va découvrir que ce sont des anciens de la division Charlemagne par exemple. Et puis ce film mêle les petites et la grande Histoire d’une manière très touchante. Il y a notamment cette séquence où Mendès raconte son évasion. Au moment de sauter le mur, il s’aperçoit qu’en contrebas, un couple sous un arbre se bécote… « L’amour, la chance, l’évasion finalement l’ont emporté ».