Quelle claque la première fois que j’ai lu ce livre. Il y a d’abord la découverte de cette écriture. Dès les premières pages, je me suis dit que pour arriver à une telle précision, une telle concision, il m’aurait fallu dix ans de travail. Puis, la découverte de ce que plus tard on a appelé le concept de transfuge de classe qui mettait des mots sur quelque chose que je ressentais et qui reste très ancré en moi, encore aujourd’hui. L’œuvre d’Annie Ernaux est, pour moi comme pour beaucoup, libératrice. Elle m’a permis de ne plus me sentir seul avec certains sentiments ambivalents, contraires même, de ne plus me sentir seul dans mes envies, mes ambitions, ces décisions qui n’étaient pas forcément bien vues dans mon milieu d’origine, et qui nous font parfois passer pour des intrus ou des exilés dans notre propre clan.