« En 1936, Paul Nizan écrivait dans L’Humanité : « Il est très remarquable que le roman français s’oriente visiblement vers la recherche d’un style parlé, chez des écrivains comme Giono, Aragon et comme Céline. » Façonneur de mystères écrits avec l’accent rocailleux et chantant des montagnes hautes de la Provence, cuisinier de succulences régionales aux limites du lexique et de la grammaire, le grand Giono, celui de Jean le Bleu et Un de Baumugnes, a élaboré une extraordinaire fausse oralité paysanne, aussi artificielle et artistiquement travaillée que la fausse gouaille populacière de Céline, que l’on a cru à tort décalquée de l’argot. Giono se disait « artisan d’images ». Il a écrit le monde naturel dans une langue qui ne l’est pas. Mais cet innaturel est un enchantement. Dans le sillage de Céline, Proust, Aragon et Morand, Giono est le styliste le plus sous-coté du siècle vingtième. »