16 janvier 2026
Londres, début du XVIIIe siècle. La grande comédienne Peg Woffington tourne en rond. Depuis que les femmes ont enfin le droit de fouler les planches, le public ne se presse au théâtre que dans l'espoir d'apercevoir un bout de cuisse. Les regards lubriques condamnent Peg à jouer, en pantalon, des personnages masculins. Mais un grand rôle féminin l'attend, celui de l'héroïne... d'une pièce disparue du grand William Shakespeare ! Flanquée de son fidèle Sancho, Peg se lance dans une enquête picaresque à la recherche de ce chef-d'œuvre mystérieux.
Matthew B. Crawford, l’auteur de l’Éloge du carburateur en 2010, s’inscrit dans une tradition qui m’intéresse beaucoup et que j’essaie de retranscrire en bande dessinée, une tradition qui essaie de raison garder dans un monde un peu fou. Dès les années trente, quarante, des gens comme Giono, Chesterton ou Bernanos (notamment dans son essai La France contre les robots, en 1947) se sont méfiés d’une certaine trajectoire que prenait la modernité, et souvent n’ont pas été pris au sérieux.
Dès les années trente, quarante, des gens comme Giono, Chesterton ou Bernanos notamment ici dans son essai La France contre les robots se sont méfiés d’une certaine trajectoire que prenait la modernité, et souvent n’ont pas été pris au sérieux.
Posy Simmonds pose des passerelles entre la littérature, le dessin, la bande dessinée, on la connaît plus en France depuis que Tamara Drewe ou Gemma Bovery ont été adaptés au cinéma par Stephen Frears et Anne Fontaine. Posy Simmonds prend appui sur des monuments de la littérature et fait rentrer ça dans le monde d’aujourd’hui. C’est plein de finesse, très bien construit, Posy Simmonds articule très bien texte et dessin.
Ici, l’enjeu dramatique c’est la non-violence. C’est un peu les Horaces et les Curiaces dans les plaines du Midwest, mais alors qu’on s’attend à ce que la tension entre deux fratries éclate dans un flot de violences, Jeff Nichols conduit les spectateurs à souhaiter que cette violence ne se déchaîne pas. Il y a quelque chose de très surprenant au niveau de la dramaturgie et de très sain aussi qui est le désamorçage de la violence. Il y a un côté fable dans les films de Jeff Nichols, que ce soit Mudd ou Take Shelter, tous les trois portés par un Michael Shannon époustouflant.
Je suis plus que perplexe devant l’usage qui est fait de la violence dans le divertissement aujourd’hui. J’ai vu récemment The Big Country, ce film de la fin des années cinquante et dans lequel Gregory Peck joue un pied tendre qui refuse la lutte, d’épouser certains codes, des valeurs viriles qui ne sont pas les siennes. C’est un personnage inhabituel dans le western de cette époque et qui fait du bien.
En relisant Borges j’ai réalisé à quel point Pratt avait un appétit protéiforme. Il avalait tout, la littérature comme le film Le Troisième homme le film de Carol Reed. Il avait cette capacité d’être un aspirateur de connaissances et d’épurer tout ça. Avec Tango, Pratt est au sommet de son épure. Corto retrouve celui qui est supposé être son vieil ami Butch Cassidy. Moi-même, lorsque j’étais en Argentine j’ai essayé aussi de retrouver dans les archives les traces de Butch Cassidy, mais moi je n’ai rien retrouvé !
C’est une de mes découvertes de ces dernières années, un auteur d’essais et de poésies traduit en France récemment. Wendell Berry a aussi été agriculteur. C’est un homme de terrain, un intellectuel qui a écrit sur Shakespeare, mais qui a une pratique agricole très concrète, son discours est très engagé mais sans être dans un militance abstraite.
C’est un roman qui a été un gros succès dans les années soixante-dix et qui vient d’être réédité. Richard Adams a écrit cette histoire invraisemblable vue à hauteur de lapin en s’appuyant sur sa propre expérience de la guerre, un peu comme Tolkien avec le Seigneur des anneaux. Dans cette solidarité des animaux qui essaient d’échapper à la catastrophe, il y a une conscience écologique. C’est un roman très entraînant qui a cette force de toucher le public au cœur.
Dorothy M. Johnson est une femme qui a écrit des westerns, dont la nouvelle qui a inspiré à John Ford L’Homme qui tua Liberty Valance. Ses romans et nouvelles embrassent l’histoire américaine dans toute sa complexité, avec un regard très juste sur les Natifs américains. À ce titre, elle a été faite membre honoraire de la communauté Blackfeet.
Chesterton est surtout connu pour ses romans policiers un peu métaphysique, mais il a aussi écrit de la poésie, des essais… C’est un personnage de cartoon à lui tout seul, bigger than life, un peu fou, et dont j’ai fait un personnage d’une de mes BD. Un jour où on lui demandait quel livre il emmènerait sur une île déserte, Chesterton avait répondu : un manuel de construction de bateau. Borgès disait de Chesterton qu’il aurait pu être Edgar Poe ou Kafka, mais qu’il croyait au bonheur ou faisait mine d’y croire ! Il y a un élan, une bonne humeur, une espérance dans ses livres qui sont assez rares. Un des métiers qu’il invente dans ce livre est celui de crampon professionnel qui consiste à retenir les gens quelque part. Cette histoire est tellement insensée que j’avais pensé l’adapter en BD.
Mario Rigoni Stern est un écrivain italien qu’Italo Calvino et Primo Levi considéraient comme très important. Le Sergent dans la neige, est tiré de son expérience de la Seconde Guerre mondiale. Ce serait L’Anabase d’un Xénophon moderne. Dans ce récit, Mario Rigoni Stern et ses camarades fuient le front russe en essayant de sauver leur peau dans l’absurdité de la guerre. C’est une personnalité admirable que j’aime beaucoup, qui a une conscience écologique, un rapport à la nature très fort. Le Sergent dans la neige est un très beau récit.
Le Coup du fou est un livre très intéressant pour moi qui ai travaillé sur Ulysse. Alessandro Barbaglia est un jeune auteur italien, ce roman évoque le duel aux échecs que se sont livrés Bobby Fischer et Boris Spassky en 1972 et qu’Alessandro Barbaglia compare à Achille et Ulysse. Il mêle aussi à son récit son histoire personnelle et celle de son père. C’est mené tambour battant, c’est très direct, c’est un livre qui m’a pas mal emballé.
L'œuvre de Jane Austen est d’une grande puissance. Elle fait partie des classiques, mais je ne me lasse pas d’y trouver des trésors de sagesse sur l’amour et l’amitié. Dans Persuasion, on sent la mélancolie de l’âge, soulignée par un amour manqué qui revient. C’est à la fois très touchant et très profond.
Dans ce livre, Dylan parle des chansons qu’il aime en expliquant ce qu’elles représentent pour lui, parfois aussi comment elles sont construites. Il y a des titres d’artistes connus (Chuck Berry, The Clash, Nina Simone, Little Richard) et d’autres plus obscurs (Jimmy Wages, Sonny Burgess). Pas de titre de Bruce Springsteen, bien que personnellement j’y aurais bien glissé un titre de Nebraska qui est pour moi un bijou de mélancolie. Ce livre est un labyrinthe musical, une mine d’or.
C’est une jeune chanteuse-auteure-compositrice et multi-instrumentiste américaine qui s’est fait connaître en tournant beaucoup sur scène avec un répertoire country-bluegrass-folk, complété par quelques reprises formidables (Ray LaMontagne, Willie Nelson)... Elle a un timbre de voix et une fantaisie qui me touchent beaucoup. C’est une championne !