Pourquoi l’espionnage ? Parce que je pense que c’est un des moyens les plus économes et astucieux de créer une tension dans une image, de donner une dimension presque irréelle au quotidien. Tout est à double tranchant, ambigu, et affecte radicalement le regard qu’on porte sur les choses, même les plus anodines. Ce que j’aime c’est que l’information qu’on divulgue par une phrase de dialogue altère la nature des images. C’est une manière de faire des effets spéciaux sans trucage. Le doute, le mystère, l’ambiguïté brouillent tout ce qu’on regarde, y compris les choses les plus anodines. Dans un film d’espionnage, on peut mettre beaucoup de cinéma avec très peu de moyens. C’est un film assez romantique, au fond ; mais je m’étais inspiré de faits réels, et avant le tournage j’avais croisé quelques « professionnels ». On m’avait reproché à l’époque de ne pas être « crédible ». Mais un très grand ponte des « services » a voulu un jour me rencontrer pour me dire qu’il trouvait le film, très réaliste et, justement, crédible. Le tournage d’Espion(s) reste un souvenir inoubliable. Partir filmer Londres, mélanger des acteurs français et étrangers ; travailler avec une équipe technique toute aussi mélangée, c’était un défi assez lourd pour un premier film. A l’époque, c’était assez nouveau de tourner un film en deux langues, de jouer sur le genre un peu « hors-sol ». J’ai beaucoup appris avec Espion(s).