21 février 2026
Rosalia et Karen Peris forment une sorte de binôme contradictoire. D’un côté il y a une icône un peu R’n’B, et de l’autre une espèce de mormone folk americana. Chez Rosalia il y a cette volonté de créer quelque chose de neuf, une version hispanisante de Björk en quelque sorte, avec cette volonté de marquer un territoire très fort corporellement et musicalement en chantant en espagnol. Sa voix me touche énormément, il y a des moments de pure grâce. Karen Peris c’est l’immuable, ça me touche autant que Nick Drake. On se vautre dans une mélancolie qui n’est jamais larmoyante, qui reste une pure émanation de la personne. C’est quelqu’un d’étonnant qui a toujours le sourire du ravis de la crèche quand on la voit chanter, mais il y a une forme de mélancolie dont elle ne se départit jamais qui me trouble et que j’adore.
Pour moi, parmi tous les groupes de la période punk et new wave, les Stranglers sont très sous-estimés. Certes, ils se sont mis eux-mêmes en marge en cultivant une image de misanthropes, violents, Jean-Jacques Burnel en tête. Pourtant Burnel était également capable d’écrire des mélodies d’une grande finesse. Je dois avouer que je n’ai pas été peu fier de lire dans ce livre qu’il disait du bien de la version que j’ai faite de “Je t’ai toujours aimée”, un titre qu’il a composé avec le groupe Polyphonic Size. Ça m’a fait plaisir. Au-delà de ce petit moment de contentement personnel, il ressort de ce livre d’entretien le portrait d’un Jean-Jacques Burnel attachant et qui, au-delà de sa passion pour les art-martiaux et la moto qui me laisse froid, est capable de beaucoup de finesse dans sa façon de voir les choses, dans son regard sur l’art et ce qu’il veut y mettre. Sans parler d’un goût pour la provocation très prononcé ! Pour qui aime les Stranglers, c’est aussi un livre sur l’histoire du groupe et du microcosme musical de l’époque composé de toutes les personnalités qui se croisent sans cesse et qui vont faire cette révolution culturelle qui est le punk.
C’est un livre qui m’a marqué et que je suis en train de relire. C’est l’histoire d’une femme, à la fin du 19e début 20e, qui se meurt et qui se remémore les moments importants de sa vie, tout ce à quoi elle a assisté. C’est un livre sur la remémoration, sur le fonctionnement de la mémoire, cette femme se pose des questions, est-ce que j’ai rêvé cette scène, pourquoi je me rappelle de ça. C’est un roman sur le mécanisme anarchique et désordonné de la mémoire, dans une langue très belle, poétique, avec une sobriété presque puritaine dans l’écriture. C’est un livre tranquillement bouleversant. C’est une ambiance assez tamisée, qui ressemblerait un peu à un tableau de Vermeer.
C’est un livre qui parle de la société des Îles Féroé de la fin des années cinquante à aujourd’hui à travers le parcours de six enfants qui vont tous connaître des destins tragiques. C’est aussi un livre sur une espèce de malédiction qui plane sur un groupe. C’est un livre dont l’écriture est sans ostentation, très sobre. D’une manière générale, s’il se passe quelque chose de dur dans un livre, je préfère qu’on me les raconte sans en rajouter, de façon posée. C’est une espèce de fresque sociale, psychologique, qui parle de ce groupe aux destins tragiques mais aussi dont la société sur les Îles Féroé a évolué, les rapports au continent. Je suis allé sur ces îles mais mes impressions de voyage n’ont rien à voir avec mon envie de lire ce roman.
C’est aussi un livre que j’ai découvert par hasard, chez un libraire Nantais qui avait regroupé plusieurs romans haïtiens sur une table. J’en ai pris plusieurs dont ce recueil de nouvelles de cette autrice qui depuis a quitté l’île. Ça parle donc beaucoup du rapport des exilés à leur île, c’est comme une série de tableaux sur le déracinement, le vaudou… C’est une bonne porte d’entrée pour découvrir cette littérature très imagée, même s’il faut parfois s’accrocher un peu à l’écriture pour suivre la narration. Cette île qu’on peut croire maudite tellement elle est frappée par les éléments naturels, une pauvreté systémique, une indépendance compliquée, donne aussi une littérature particulière chargée par toute cette histoire.
C’est un livre culte pour moi. Friedo Lampe est un auteur allemand qui a été tué à la fin de la guerre par les Russes qui l’ont pris pour un nazi. Il a peu écrit. Au bord de la nuit est un roman dont l’ambiance rappelle celle des films noirs de la fin des années trente, ceux de Francis Carco ou de Mac Orlan. Au bord de la nuit ressemble à un kaléidoscope avec des tas de personnages de destins entremêlés, des situations parfois étranges. C’est de l’orfèvrerie littéraire. Les grandes orgues artistiques me mettent généralement sur la réserve. Là c’est tout le contraire. C’est merveilleux.
C’est un très beau travail d’éditeur sur l’œuvre d’Henri Rivière, peintre quasi inconnu, mais dont les estampes, à la manière japonaise, rencontrèrent un très grands succès au tournant des XIXe et XXe siècles.
Les deux grands-pères de David Sala sont des héros. L’un s’est illustré pendant la guerre d’Espagne face aux troupes de Franco, l’autre fut résistant pendant la seconde guerre mondiale. Le poids des héros est donc un livre sur le destin d’un enfant sur les épaules duquel pèse la pression morale de devoir être à la hauteur. C’est aussi un très beau livre sur les années soixante-dix, quatre-vingt avec des références culturelles qui offre un rendu d’époque très juste. C’est un très beau livre, très touchant.
C’est un chef-d'œuvre. Je suis bien d’accord avec Riad Sattouf sur ce point. C’est une remarquable façon de compléter le personnage de Spirou qui, au départ, est un personnage sans grosse personnalité (créé graphiquement par Rob-Vel en 1938 NdR). Après la guerre, Franquin le reprend une première fois et le rend plus humain. Maintenant Emile Bravo le reprend à son tour en remontant le temps, en posant la question de comment le groom au costume à boutons dorés devient Spirou. Pour ça, Emile Bravo lui donne une épaisseur qui l’humanise, notamment en en faisant un enfant pendant la guerre qui cherche juste à vivre. Ce n’est jamais manichéen. C’est un très beau livre sur la façon dont se construit un personnage.
C’est un des plus beaux livres de bande dessinée qui soit. C’est une œuvre complètement surréaliste avec des couleurs incroyables, c’est quelque part assez proche de l’univers de Fred (le père de Philémon), en plus éclaté encore. J’ai eu la joie et l’immense honneur de lui remettre le Prix du patrimoine - en l'occurrence plutôt le prix du matrimoine - en 2020, alors que j’étais jury à Angoulême. C’est peut-être le plus beau livre de bande dessinée que je connaisse.
“Depuis trente ans, le répertoire de Dominique A s'est imposé comme une référence de la chanson française. Avec Le Présent impossible, nous le découvrons poète. On retrouve là son goût pour les paysages et la contemplation, son ironie et sa douceur, le regard lucide qu'il pose sur notre époque. Orfèvre des mots, Dominique A capte les instants fugaces avant qu'ils ne s'estompent.”
“ Avec une élégance musicale dominée par les claviers, une contrebasse, des flûtes, une batterie feutrée et de somptueuses cordes, qui se hisse à la hauteur du mélange d’inquiétude et de résilience exprimée. Un disque à la chaleur palpable gravé en direct, avec des musiciens complices”. Hugo Cassavetti - Télérama