7 février 2026
Maigret et le mort amoureux est le dixième long métrage de Pascal Bonitzer. Il s'agit d'une adaptation du roman Maigret et les Vieillards (1960) de Simenon. Le commissaire Maigret est appelé en urgence au « Quai d'Orsay » à Paris : au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Accompagné du commandant Janvier, il interroge Jacotte Larrieu qui a découvert le corps de son patron, M. Berthier-Lagès, ancien ambassadeur. Distribution de haut vol (Denis Podalydès, Anne Alvaro, Dominique Reymond…), réalisation soignée, le mythe Maigret repart pour un tour.
Quand elle arrive en France au milieu des années vingt, Joséphine Baker fait l’effet d’une tornade. Noire, jeune, coiffée à la garçonne, décomplexée, elle incarne la liberté faite femme. C’est l’époque du Montparnasse des années folles, des débuts du jazz, et de la Revue nègre dans laquelle elle se produit nue avec sa célèbre ceinture de bananes sur un air de charleston et met Paris à genoux.
C’est à cette époque qu’elle engage Simenon comme secrétaire et qu’il devient son amant pendant deux ans. Militante, Résistante et artiste, Joséphine Baker est la 6ème femme à avoir fait son entrée au Panthéon.
Pour son premier long métrage, Bertrand Tavernier adapte le roman L’Horloger d’Everton (1954) que Simenon écrivit lorsqu’il vivait dans le Connecticut, dont l’action se déroule aux États-Unis mais que le réalisateur a transposé à Lyon avec Philippe Noiret et Jean Rochefort dans les rôles principaux.
L’Horloger d’Everton fait partie des “romans durs” de Simenon, les romans (117 au total) dans lesquels Maigret n’apparaît pas. Simenon lui-même les qualifiait de “roman de l’Homme”, récit dans lequel il se penchait sur la détresse de ses personnages. À Bernard Pivot qui l’interrogeait, Simenon les définissait en disant qu’il s’agissait de romans “où il n’y a pas de rampe”, qui ne repose pas sur une structure de roman policier. Noir c’est noir.
Simenon avait beau dire que le cinéma n’était pour lui qu’une source de revenus, il accepta la présidence du jury du Festival de Cannes en 1960 avec grand intérêt. Cette année là, avant même sa projection au festival, La Dolce Vita crée le scandale au point que le Vatican considère le film comme pornographique et blasphématoire, et est tout proche d'excommunier Federico Fellini. On dit que Simenon, farouche défenseur du film, pesa de tout son poids sur le jury allant jusqu’à jouer la voix d’Henry Miller au ping-pong. Résultat : Palme d’or pour la Dolce Vita !
Dans les années 40 et 50, les personnages de privés américains ont éclipsé, voire ringardisé, les personnages de policiers. Si Maigret est crédible et a si bien résisté au temps, c’est parce que - nous rappelle ici Patricia Tourancheau, cheffe de la rubrique police, banditisme et faits divers à Libération pendant vingt-neuf ans -, dans les années 30, le patron du 36 Quai des Orfèvres avait convié Georges Simenon dans les locaux pour lui présenter le commissaire Massu afin qu’il rende son Maigret plus crédible. Le « 36 » a quitté le quai des Orfèvres mais le fantôme de Maigret flotte toujours.
Columbo est peut-être le seul commissaire à dépasser en notoriété celle de Maigret. Mais si l’homme du 36 Quai des Orfèvres est un personnage né sous la plume d’un auteur unique, le personnage de l’américain a été façonné par une multitude de scénaristes et de réalisateurs dont certains sont devenus de grands noms comme Steven Spielberg, John Cassavetes ou Ted Post. La construction de leurs aventures aussi sont comme les deux faces d’une même pièce. Si on avance dans le brouillard et pas à pas avec Maigret, son air bourru et sa pipe, on suivait Columbo, son air naïf, son imper et sa 403 tout en sachant qui était l’assassin. Deux points communs toutefois ; les deux n’ont jamais sorti une arme ni n’ont eu à courir derrière un assassin, et les deux étaient mariés à des femmes dont les ombres flottaient au-dessus de leurs célèbres époux.
En 1985, au cours de l’émission Apostrophes, comme Bernard Pivot lui demandait s’il avait été influencé par « le pape du nouveau roman (Alain Robbe-Grillet) », Modiano avait répondu qu’il « avait lu des romans bien plus novateurs, bien plus perturbants comme Le Coup de lune de Simenon ». Les points communs entre les deux auteurs sont plus nombreux qu’on ne pourrait le croire au premier abord : le choix de la topographie et des décors, la suggestion d’une atmosphère, la description des comportements des personnages, l’économie de moyens, le style épuré et les phrases courtes. Nul doute également que le titre de ce roman autobiographique, rédigé comme le procès verbal d’une enquête, est un hommage à Pedigree de Simenon.
Quand il était enfant, la mère de Simenon tenait une pension de famille dans laquelle elle accueillait des étudiants étrangers, notamment des Russes qui initieront le jeune Georges aux classiques, les romans de Gogol ou de Dostoïevski. « Ne pas pouvoir voir un homme sans se mettre à sa place, souffrir pour lui. [...] Avoir d'abord les hommes en soi (l'idéal serait de pouvoir dire tous les hommes), d'avoir vécu toutes leurs vies. Même en petit, souffert toutes leurs souffrances. J'en suis loin ! Avec le temps, je me rapprocherai de cet idéal. » A la lecture de cet extrait d’une lettre de 1939 adressée à André Gide, impossible de ne pas penser à Raskolnikov et aux affres qui rongent son âme (russe, forcément !).
Georges Simenon crée le personnage du commissaire Maigret à la fin des années vingt. Les premières nouvelles, puis la vingtaine de romans publiés aux éditions Fayard rencontrent tout de suite le succès. Entre 1929 et 1931 c’est huit romans qui sont édités. En 1934, un peu encombré par son personnage, Simenon décide de le mettre à la retraite pour se consacrer à l’écriture de romans plus littéraires, et passe pour ce faire dans l’écurie de Gaston Gallimard. Mais, cédant à l’appel de son compte en banque, Simenon remet une première fois Maigret en selle pour une série de nouvelles qui paraissent dans des périodiques et qui participeront à en faire un des personnages de fiction les plus connus au monde.
Un Maigret peut en cacher un autre, voir une bonne trentaine d’autres. Trente cinq c’est en effet le nombre d’acteurs qui sont passés sous le chapeau du commissaire avant Gérard Depardieu. Des français comme Michel Simon, Jean Gabin ou Pierre Renoir, et une bonne vingtaine d’acteurs étrangers comme Charles Laughton, Rupert Davies (“Il était très bon” Georges Simenon), Kinya Aikawa ("La Mme Maigret de la télévision japonaise est exactement comme il faut !") ou Michael Gambon (le futur Dumbledore dans Harry Potter). Le plus surprenant restant peut-être Rowan Atkinson (Mr Bean) qui incarne un Maigret plus svelte mais qui n’a rien perdu de sa perspicacité.
Frédéric Dard avait une grande admiration pour Simenon, son aîné de dix-huit ans, et Simenon aimait aussi beaucoup son cadet, … jusqu’à ce qu’ils se brouillent pour une histoire de droits d’auteur après que Dard a adapté au théâtre, et avec succès, en 1950, La neige était sale. Contrairement à Simenon qui connut le succès dès les premières enquêtes de Maigret, Frédéric Dard devra attendre d’avoir publié plusieurs aventures de San-Antonio (créé en 1949) pour connaître la gloire avec 175 épisodes parus entre 1949 et 1999 et près de 200 millions de livres vendus dans le monde. Ça valait le coup d’insister…
“ De certains grands écrivains, par exemple Flaubert, on se dit que l’on a des choses à apprendre en les lisant. Mais pas de Simenon. Il est hors de portée : on ne sait pas comment ça marche, pourquoi ça marche, pourquoi c’est si fort.” Emmanuel Carrère