On parle trop peu de Giono. En 2019 Emmanuelle Lambert lui a rendu hommage dans un très bel essai Giono, furioso (prix Fémina essai 2019). C'est comme une malédiction qui le frappe depuis son engagement pacifiste des années 30 et son attitude pendant la deuxième guerre mondiale au sortir de laquelle il a été accusé de collaboration. Ses romans sont d’une complexité et d’une noirceur inouïe. Le roman que je trouve le plus emblématique de cette noirceur, et aussi de son amour de la vie, est Batailles dans la montagne. Dans les premières pages, on est pris dans un mouvement organique. La nature est tellement immense, folle, qu’on est dépassé. On s’attend à voir des dieux sortir de la forêt. Il y a de la mythologie, de la folie dans l’attitude des hommes et dans celle des animaux. C’est un auteur unique, riche, profond et intemporel. Il n’a pas d’équivalent. On pourrait passer sa vie à lire et à relire Giono.