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Antoine Bello

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A cheval entre la France et les Etats-Unis, Antoine Bello écrit sur la façon dont les mots et la culture façonnent notre vision du monde. Avec Les Falsificateurs, suivi des Eclaireurs (Prix France Culture – Télérama), Antoine Bello a construit un univers stupéfiant dans lequel les agissements des agents du Consortium de falsification de la réalité (le CFR), nous font douter du réel dans lequel nous vivons. Pour patienter, en attendant le troisième volet des aventures de Sliv, l’agent du CFR, à sortir début 2015, Antoine Bello nous livre son parcours des œuvres qui l’ont influencé. Attention, sous la surface lisse des évènements se cache parfois une troublante vérité. Mais, de quelle vérité parle t-on exactement ? …

Les Falsificateurs

Antoine Bello
2007 - Folio
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La Prisonnière espagnole

David Mamet
1997 - Carlotta films
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Usual Suspects

Bryan Singer
1995 -
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La Taupe

John Le Carré
1974 - Points
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Atlas socio-économique des pays du monde

2014 - Larousse
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Le Magnifique

Philippe de Broca
1973 -
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Le scaphandre et le papillon

Julian Schnabel
2007 - Pathé
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Le Joueur d’échecs

Stefan Zweig
1943 - Livre de Poche
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Les Thibault

Roger Martin du Gard
1920 - Folio
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Les Hommes de bonne volonté

Jules Romains
1932 - Bouquins
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Les Cent Vingt Journées de Sodome

Sade
1785 - 10/18
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La Tante Julia et le scribouillard

Mario Vargas Llosa
1980 - MGM
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Vertigo (Sueurs froides)

Alfred Hitchcock
1958 - Universal Pictures
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Fictions

Jorge Luis Borges
1944 - Folio
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Le petit bleu de la côte ouest

Jean-Patrick Manchette
1976 - Folio
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Les Falsificateurs

Antoine Bello - 2007 - Folio

Sliv Dartunghuver, un jeune Islandais diplômé en géographie, entre au service du CFR, une organisation secrète internationale qui falsifie la réalité et réécrit l’Histoire. Il n’aura de cesse de découvrir qui sont les dirigeants du CFR et surtout quel but ils poursuivent. Les Falsificateurs sont, à la fois, un roman d’initiation, une réflexion sur l’actualité et une ode au pouvoir des mots et de la littérature. Paranoïaques s’abstenir ! Mes lecteurs me disent qu’ils ne lisent plus le journal de la même façon. Je le prends comme un grand compliment.

La Prisonnière espagnole

David Mamet - 1997 - Carlotta films

Chez David Mamet, que ce soit dans ses pièces, ses scénarios ou ses films, les choses ne sont jamais tout à fait ce que l’on croit. Dans ce film de 1997, injustement méconnu, Steve Martin tente de déposséder un jeune ingénieur du procédé industriel révolutionnaire qu’il a inventé en le manipulant de bout en bout.

Usual Suspects

Bryan Singer - 1995 -

Quand j’ai vu Usual Suspects à sa sortie, j’ai pensé au Meurtre de Roger Ackroyd, ce roman d’Agatha Christie où le narrateur se révèle être l’assassin. Il existe une sorte de pacte tacite entre l’artiste et le public, qui veut que le narrateur dise toujours la vérité et qu’on puisse toujours lui faire confiance. C’est évidemment idiot. Transgresser ce tabou ouvre des possibilités immenses. Je m’y suis personnellement essayé dans Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet.

La Taupe

John Le Carré - 1974 - Points

"A mon sens,Le Carré est le Balzac du XXème siècle, même si son univers est plus restreint. Il explore le monde de l’espionnage sous toutes ses facettes, nous donne à voir la trouille de l’agent de terrain comme le cynisme du Foreign Office, la complexité des opérations de renseignement modernes et le désarroi des démocraties occidentales suite à l’effondrement du Mur de Berlin. Je tiens personnellement La Taupe pour le chef-d’œuvre de Le Carré mais il vaut mieux commencer par L’espion qui venait du froid, plus court et plus accessible."

Atlas socio-économique des pays du monde

- 2014 - Larousse

Ou son équivalent américain, le CIA World Factbook, remis à jour chaque année. J’adore les statistiques économiques et démographiques, souvent plus éloquentes qu’un long discours. Dixit Sliv dans Les Falsificateurs : « Je mémorise, sans difficulté, les indicateurs démographiques et économiques, moins bavards et paradoxalement plus évocateurs que les descriptions souvent oiseuses des anthropologues. Mon imagination vagabonde plus volontiers en apprenant que la population de la ville chinoise de Shenzhen est passée de 30 000 à 3 millions d’habitants en vingt ans qu’en lisant dans la presse magazine que « les rues grouillent d’hommes d’affaires ». Comment dès lors ne me serais-je pas entendu avec Ramirez, lui qui pour dire « il fait beau » déclarait « la température est de 27 degrés centigrades et la pression atmosphérique s’est stabilisée autour de 1 020 millibars » ? »

Le Magnifique

Philippe de Broca - 1973 -

On connaît le propos : l’écrivain raté François Merlin se met en scène dans ses livres sous les traits de Bob Saint-Clar, l’agent secret à qui tout réussit. Le film va et vient entre les deux univers qui s’interpénètrent peu à peu. Ne prétendons pas qu’il s’agit d’un grand film : il s’essouffle vite et verse dans le foutraque. Mais quel bonheur de voir Bebel régler son compte à son électricien (Jean Lefebvre) en enfonçant les touches de sa machine à écrire !

Le scaphandre et le papillon

Julian Schnabel - 2007 - Pathé

On peut être emprisonné ou assigné à résidence. Ou on peut être carrément enfermé dans son corps, comme Jean-Dominique Bauby, entièrement paralysé à la suite d’un accident de voiture. Douloureusement interprété par Matthieu Amalric dans le film de Schnabel, Bauby dicte un livre en clignant la paupière. Il s’éteint quelques jours après avoir fini son manuscrit, comme si seul le besoin de témoigner l’avait tenu en vie.

Le Joueur d’échecs

Stefan Zweig - 1943 - Livre de Poche

Un prisonnier de la Gestapo se morfond dans sa cellule quand il met la main sur un recueil des plus grandes parties d’échecs de l’histoire. Il en a vite fait le tour et, faute d’échiquier, se met à disputer mentalement des parties... contre lui-même. A rapprocher de l’étourdissante scène finale du film de Richard Dembo, La diagonale du fou, où, dans une chambre d’hôpital, Michel Piccoli et Alexandre Arbatt s’affrontent dans un blitz virtuel.

Les Thibault

Roger Martin du Gard - 1920 - Folio

Cette saga familiale, lue à 18 ans, m’a profondément marqué. Je me suis identifié aux deux personnages principaux : Antoine, l’homme d’action pressé et sûr de lui, Jacques, l’écrivain plus secret qui sacrifiera sa vie pour son idéal. La description de la montée vers la guerre de 14 est éblouissante.

Les Hommes de bonne volonté

Jules Romains - 1932 - Bouquins

Ces Hommes de bonne volonté, lus à 20 ans, (23 tomes tout de même !) m’ont profondément marqué. Des dizaines de personnages vivent et meurent sous nos yeux, sans arriver à accomplir la moitié de ce qu’ils rêvaient de faire durant la jeunesse. Je me souviens m’être promis de ne jamais perdre de vue mes grands objectifs – il est si facile de se disperser. J’aime cette littérature française de l’entre-deux-guerres, les Romains, Martin du Gard ou Rolland qui n’avaient pas honte de raconter des histoires, d’une plume alerte et pour autant subtile.

Les Cent Vingt Journées de Sodome

Sade - 1785 - 10/18

C'est maintenant, ami lecteur, qu'il faut disposer ton cœur et ton esprit au récit le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe...” On a tout dit des Cent Vingt Journées de Sodome : catalogue des perversions humaines, fable sur l’exploitation des corps, condamnation de l’Ancien Régime. Pour moi, les Journées traitent avant tout du pouvoir des mots et de l’imagination. Embastillé, à bout de nerfs, Sade s’évade toutes les nuits de son cachot en couchant, dans une langue sublime, sur une bande de parchemin le récit des turpitudes qu’il aimerait infliger à ses geôliers. Le destin rocambolesque de ce manuscrit inachevé (car fondamentalement inachevable) ajoute à son mythe : perdu en 1789, (“j’en ai pleuré des larmes de sang”, dira Sade), retrouvé un siècle plus tard, il est publié sous le manteau avant de connaître la consécration.

La Tante Julia et le scribouillard

Mario Vargas Llosa - 1980 - MGM

Marito, le narrateur, veut devenir écrivain et tombe amoureux de sa tante. Pedro Camacho tient le Pérou en haleine avec ses feuilletons radiophoniques. Hélas, victime de surmenage, il commence à s’emmêler dans ses récits, à ressusciter des personnages disparus et à briser tous les codes d’une bonne histoire... Un roman jubilatoire, bien adapté (une fois n’est pas coutume) au cinéma avec Peter Falk dans le rôle de Camacho.

Vertigo (Sueurs froides)

Alfred Hitchcock - 1958 - Universal Pictures

Mon film préféré. Le mariage parfait de la forme (la cinématographie de Hitchcock, la musique de Bernard Herrmann, la beauté de San Francisco) et du fond (le scénario diablement astucieux de Boileau-Narcejac, les thèmes du double et de la fatalité). A lire absolument, la critique de Chris Marker, la plus intelligente, peut-être, que j’ai jamais lue sur un film.

Fictions

Jorge Luis Borges - 1944 - Folio

Le livre que j’emporterai sur une île déserte : car c’est un livre vertigineux et inépuisable qui contient tous les livres ; car il a été écrit par un homme qui vivait dans sa tête et que c'est une faculté qu'il n'est sans doute pas inutile de développer quand on est seul au monde ; car la langue de Borges, tellement subtile, élégante, jubilatoire, me ravira toujours.

Le petit bleu de la côte ouest

Jean-Patrick Manchette - 1976 - Folio

Un immense styliste doublé d’un grand subversif. Je le relis régulièrement pour son rythme, la précision de son vocabulaire, ses effets de manche (ah, le « il attendait que les choses se tassassent » !). Restez en revanche à l’écart du film (Trois hommes à abattre, de Jacques Deray), avec un Delon totalement à contre-emploi dans le rôle de Georges Gerfaut.