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La sélection de David Lopez

Avec Fief, son premier roman (prix du Livre Inter 2018), David Lopez avait secoué les lecteurs avec un emploi du langage parlé tel qu’on le pratique – au sens où un musicien pratique son instrument – dans un coin trop éloigné d’une grande ville pour être une banlieue, mais trop près d’une banlieue pour être à la campagne. Des endroits où on s’ennuie beaucoup. “ Je viens d’un milieu où on traîne dehors, où il faut avoir de la répartie sous peine d’être terminé. Ça développe un jeu avec la langue. Je n’aime pas quand le texte à l’air de s’expliquer lui-même. Je préfère prendre le risque de ne pas être compris au prix d’une esthétique plus poétique, dans laquelle le lecteur a plus de place. ” À l’occasion de la publication de son nouveau roman Demi-Lune au soleil, David Lopez nous a livré sa sélection.

Demi-Lune au soleil

David Lopez
2026 - Éditions Julliard
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Sacré Graal

Monty Python 
1975 - Sony Pictures
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La Classe américaine, le grand détournement

Michel Hazanavicius, Dominique Mézerette 
1993  - Canal+
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Ping Pong

Taiyo Matsumoto
1996 - Delcourt 
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Vagabond

Takehiko Inoue 
1998 - Delcourt
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Siddhartha 

Hermann Hesse 
1922 - Le Livre de poche
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Septentrion

Louis Calaferte
1963 - Folio
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Dans la légende

PNL
2016 - QLF Records
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Robinson Crusoé

Daniel Defoe
1719 - Folio
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Voyage au bout de la nuit

Louis-Ferdinand Céline  
1932 - Folio
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When We Were Kings

Leon Gast
1996 - Universal Pictures
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Fief

David Lopez
2017 - Seuil
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Demi-Lune au soleil

David Lopez - 2026 - Éditions Julliard

Une bande de copains, “la trentaine bien entamée”, hante le même café depuis des lustres, sans que rien ne change jamais. Ou si peu. Un jour, tous vont décider de réaliser les rêves qu’ils ont chacun en tête. Cette bande de copains pourrait être celle qu’on a découvert dans Fief, avec dix ans de plus. Ou celle de leurs grands frères. À une époque où l’injonction à la réussite se rappelle à nous tous les jours, Tac-Tac, Lassdeg, Géchar, Neuf Trois Quarts, Samson et Demi-Lune se demandent s’ils sont au bon endroit de leur vie.

Sacré Graal

Monty Python  - 1975 - Sony Pictures

Mon père, qui travaillait la nuit, nous projetait certains après-midi, à mon frère et moi, les films que lui avait envie de voir. Quitte à ce qu’on soit un peu dépassés, qu’on ne saisisse pas tout du premier coup. J’ai le souvenir du rire de mon père qui m’avait vendu Sacré Graal en me racontant la scène du chevalier qui se fait découper en morceaux mais qui veut sans cesse retourner au combat. Mais quand j’ai découvert la scène d’ouverture dans laquelle apparaît le roi Arthur qui fait mine d’être à cheval avec son écuyer qui coure derrière lui en faisant le bruit des chevaux avec deux noix de coco, ce jour-là j’ai reçu le signal que tout était possible, que rien n’était infaisable. Ce film, c’est mon premier lien avec l’absurde, le burlesque. 

La Classe américaine, le grand détournement

Michel Hazanavicius, Dominique Mézerette  - 1993  - Canal+

J’ai huit ans en 1993, et pour mon frère et moi, à cette époque notre objet totem c’était la K7 VHS. On enregistrait des tonnes de programmes. La Classe américaine, qui était quelque chose d’assez confidentiel à sa sortie sur Canal+, avant que ça ne devienne le film culte qu’il est devenu grâce aux plateformes, on l’a fait circuler, on en a fait des copies… Avec mon frère avec qui je partage un amour sans borne pour les dialogues de film, on l’a tellement vu et revu qu’on repérait les plus petites répliques que peu de personnes notaient, comme “immersion de l'astronef”. Ça a développé chez moi le goût de la réplique, un goût de la chose dite, et surtout de la façon dont elle est dite. Ça crée de l’intimité, de la connivence, une société secrète regroupée autour d’une certaine façon de rire. Quelque chose d’extrêmement précieux.  

Ping Pong

Taiyo Matsumoto - 1996 - Delcourt 

Ping Pong n’est pas un manga shonen à la façon de One Piece par exemple, et que j’adore par ailleurs. C’est plus un manga d’auteur, à la fois très japonais mais aussi plus personnel, elliptique. Matsumoto est quelqu’un qui sait très bien dessiner le silence, l’enfance aussi. Si le sport est souvent central dans les mangas, dans Ping Pong on est dans quelque chose de l’ordre de l’existentiel, avec un personnage central extrêmement doué mais pour lequel vaincre son adversaire, le dominer, c’est lui faire du mal. Pour lui, il y a comme une obscénité à vouloir gagner, et par conséquence un renoncement à la vie héroïque. Il y a une telle délicatesse dans la narration de Ping Pong que c’est profondément poétique. 

Vagabond

Takehiko Inoue  - 1998 - Delcourt

Vagabond est un manga qui raconte la vie de Musashi Miyamoto, le plus grand samouraï que le Japon ait connu. Miyamoto est un ronin - ces samouraïs qui n’avaient pas de maître - qui a passé sa vie à parfaire son art du sabre en affrontant les adversaires les plus forts, tout en s’exerçant aussi à la calligraphie, à la philosophie, voire à l’agriculture, toute discipline qui lui permettait de parfaire son art. Vagabond est un manga avec très peu de texte, mais si on le lit trop vite on prend le risque de passer à côté de tout le talent narratif de Takehiko Inoue qui dit beaucoup en une seule case sur l’immersion dans son art, sur la façon d’être au monde.

Siddhartha 

Hermann Hesse  - 1922 - Le Livre de poche

Dans mon dernier roman, il y a ce personnage de Neuf Trois Quarts qui se dit qu’il n’a jamais écrit le livre qu’il pense que tout le monde attend de lui. Je dis souvent que ce personnage a certainement lu Siddhartha et que cette histoire l’a complètement matrixé ! Siddhartha est une ode à l’expérience, à la non vérité dans le sens où il n’y aurait pas de parcours vrai ou juste. Il ne cherche pas à promouvoir une façon juste d’être au monde, mais simplement à en prolonger l’expérimentation. Être en phase avec la vie, c’est l’accepter, l’embrasser comme elle se présente. Il n’y a pas de chemin vrai, unique, mais un ensemble d’expériences qui nous fait grandir, et qui nous rapprochera d’une vérité qui n’est pas un but en soi mais le moyen de la vie. Siddhartha m’a chamboulé. 

Septentrion

Louis Calaferte - 1963 - Folio

 J’ai découvert Calaferte sur un site d’amateurs de Céline et au moment où j’écrivais Fief, mon premier roman. Ça a été une claque terrible. Il y a chez Calaferte un rapport au monde dans sa crudité, sa nudité, qui me rend complètement admiratif. Dans Septentrion on est dans quelque chose de très intime, dans la construction d’un homme, dans sa confrontation au monde, quelque chose autour du désir, de l’amour. C’est aussi une poésie d’une grande crudité. Il me touche à un endroit très intime là où Céline me tient plus à distance. 

Dans la légende

PNL - 2016 - QLF Records

Il n’y a pas photo, PNL c’est “Le bitume avec une plume” (Booba). Des poètes des temps modernes. Pour employer un concept de sociologie, PNL c’est l’inversion du stigmate; porter comme un étendard ce qui nous stigmatise aux yeux de la société. PNL c’est la vie de la rue sans fard mais sans glorification ni pose gangsta, les deux frères n’hésitant pas à afficher leurs peines et leur vulnérabilité. Ce mélange d’émotions et de vérités formait un cocktail inédit. C’est tellement parfait que j’espère qu’ils ne reviendront jamais, qu’ils ne feront pas le combat de trop.

Robinson Crusoé

Daniel Defoe - 1719 - Folio

C’est le livre que j’ai lu le plus de fois, sans compter les “robinsonnades” comme L’empreinte à Crusoé de Patrick Chamoiseau, Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier, et d’autres. J’aime beaucoup ces histoires de survivalisme, d’îles désertes, de piraterie. Conséquence, je me suis aussi beaucoup interrogé sur l’intériorité de l’homme seul. Quand j’ai écrit Fief, l’intériorité de mon personnage, quand il se retrouvait seul, m'intéressait moins parce qu’il ne se construit qu’à travers les autres. Seul, il se retrouvait comme un poisson qui se regarde nager dans son aquarium. Dans Robinson, son intériorité se construit à travers le fait qu’il est outillé. On oublie trop souvent qu’il a énormément d’outils à sa disposition qu’il récupère dans son épave, et que cet outillage va faire de lui un bâtisseur. Il va se bâtir un monde dans lequel il est le seul à pouvoir vivre. C’est un homme seul qui fait société.

Voyage au bout de la nuit

Louis-Ferdinand Céline   - 1932 - Folio

Au moment où je découvre Céline, je suis à un moment où je voue un culte à Flaubert et à sa langue. Je voulais faire du Flaubert mais je ne m’en sortais pas. Quand je découvre Céline, je découvre qu’on a le droit d’écrire comme ça. Comme si une instance planait au-dessus de ma tête et me distribuerait des droits. Là où avec d’autres auteurs je me sentais disqualifié, avec Céline et son emploi de l’oralité, de la crudité, de la cruauté aussi, je me suis senti invité. Avec Céline j’ai trouvé une liberté dans l’écriture.

When We Were Kings

Leon Gast - 1996 - Universal Pictures

Mohamed Ali est le personnage le plus inspirant de ma vie. À une époque lointaine, je m’abonne à Punchmag, et en cadeau d’abonnement je reçois une biographie de Mohamed Ali. Je suis subjugué. C’est la prophétie autoréalisatrice faite homme. Il est magnétique, grande gueule, et en plus il a changé la boxe de la catégorie des poids lourds en virevoltant avec une élégance jamais vue. J’ai fait le lien avec cette idée que moi aussi je pouvais avoir un destin à accomplir, que j’avais une légende personnelle à écrire, et qu’il était de ma responsabilité de le faire. Mohamed Ali a été ce personnage qui m’a donné énormément de force. Il n’y a pas très longtemps j’ai revu un documentaire qui lui était consacré, et encore une fois j’ai été galvanisé. C’est ma potion magique. 

Fief

David Lopez - 2017 - Seuil

“ Quelque part entre la banlieue et la campagne, là où leurs parents ont eux-mêmes grandi, Jonas et ses amis tuent le temps. Ils fument, ils jouent aux cartes, ils font pousser de l'herbe dans le jardin, et quand ils sortent, c'est pour constater ce qui les éloigne des autres. Dans cet univers à cheval entre deux mondes, où tout semble voué à la répétition du même, leur fief, c'est le langage, son usage et son accès, qu'il soit porté par Lahuiss quand il interprète le Candide de Voltaire et explique aux autres comment parler aux filles pour les séduire, par Poto quand il rappe ou invective ses amis, par Ixe et ses sublimes fautes d'orthographe. Ce qui est en jeu, c'est la montée progressive d'une poésie de l'existence dans un monde sans horizon.” 

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