Vive la Culture ! c'est 739 sélections et 8664 oeuvres choisies à la main.

Gérard Guégan

Quand on écrit, on ne mène pas une petite affaire privée. C’est vraiment l’abomination de la médiocrité littéraire (…) qui fait croire que pour faire un roman par exemple, il suffit d’avoir une petite affaire privée, sa petite affaire à soi.” Cette citation de Gilles Deleuze – tirée de son Abécédaire et que Gérard Guégan a placée en exergue de sa fable Tout a une fin, Drieu – définit bien son projet littéraire depuis quelques années déjà. Celui de s’emparer de l’Histoire et de ses acteurs pour en boucher les trous à sa convenance. Il a ainsi imaginé la dernière nuit de Drieu la Rochelle, une rencontre Hammett – Hemingway, mis en scène la fin de Stendhal, un amour d’Aragon, le voyage à Paris de Nikolaï Boukharine et, dans son dernier livre, Gérard Guégan nous entraîne dans le sillage de Théodore Fraenkel (l’homme au chapeau sur la photo de groupe) qu’on suit à travers le XXe siècle. Entre deux sauts dans l’Histoire, Gérard Guégan, notre invité, nous livre sa sélection.

Le Rebelle

King Vidor
1950 -
En savoir plus

Frank Lloyd Wright

Treiber Daniel
2008 - Hazan
En savoir plus

Le duel

Joseph Conrad
1908 - Rivages Poche
En savoir plus

La Commune de Paris 1871- Les acteurs, l'événement, les lieux

Michel Cordillot
2021 - Les éditions de l'Atelier
En savoir plus

Les récits de la demi-brigade

Jean Giono
1972 - Gallimard - Folio
En savoir plus

Fraenkel, un éclair dans la nuit

Gérard Guégan
2021 - Éditions de l’Olivier
En savoir plus

Un été à Miradour

Florence Delay
2021 - Gallimard
En savoir plus

On était des poissons

Nathalie Kuperman
2021 - Flammarion
En savoir plus

Une suite d'événements

Mikhaïl Chevelev
2021 - Gallimard - De Monde Entier
En savoir plus

Breezy

Clint Eastwood, William Holden, Kay Lenz
1973 -
En savoir plus

A bout de course

Sidney Lumet
1988 -
En savoir plus

Les Mistons

François Truffaut
1958 -
En savoir plus

Le Rebelle

King Vidor - 1950 -

C’est Frank Llyod Wright qui servi de modèle au personnage de l’architecte joué par Gary Cooper dans Le Rebelle de King Vidor. C’est un immense film sur un architecte qui détruit ce qu’on lui a enseigné et que ses commanditaires continuent d'essayer de lui imposer, comme les colonnes doriques à l’entrée des immeubles, ce style pseudo antique qui a fait des ravages aux États-Unis, comme en Union soviétique, le mauvais goût de la classe possédante étant également partagé ! Bien sûr il va se rebeller, mais sa vie devient alors beaucoup plus difficile. C’est un grand film sur le prix qu’un créateur doit être prêt à payer pour imposer ses convictions.

Frank Lloyd Wright

Treiber Daniel - 2008 - Hazan

Je prépare un grand voyage en Amérique sur les traces de Frank Llyod Wright et des maisons qu'il a construites, car excepté le Guggenheim à New York, Frank Llyod Wright a plutôt dessiné des maisons particulières. Il y en a une dizaine encore debout autour de Chicago. Tout me plait chez Frank Llyod Wright, son entêtement, son goût des femmes… Évoquer Frank Llyod Wright me fait penser à Liaisons secrètes, un film de Richard Quine dans lequel un architecte (Kirk Douglas) tombe amoureux de sa voisine (Kim Novak). Le film se passe en Californie, et un jour il l'emmène voir une maison qu’il construit pour un écrivain, une maison qu’on croirait sortir de l'imagination de Frank Lloyd Wright. 

Le duel

Joseph Conrad - 1908 - Rivages Poche

Je réfléchis, depuis pas mal d’années, à écrire une suite à ce roman de Joseph Conrad dont Ridley Scott a tiré un film formidable – son premier -, Les Duellistes (1977), avec Harvey Keitel et Keith Carradine. C’est l’histoire de deux hussards napoléoniens qui vont se battre en duel à plusieurs reprises sur une période de quinze ans. A la fin de cette histoire, après Waterloo, le personnage d’Harvey Keitel, le plus hargneux des deux, devient l’obligé de celui du personnage de Keith Carradine. Ça se termine dans la tristesse. Dans la suite que j’imagine, on retrouverait les deux personnages dans le Paris de la révolution de 1830, l’un monarchiste, l’autre revenu à la vie civile. 

La Commune de Paris 1871- Les acteurs, l'événement, les lieux

Michel Cordillot - 2021 - Les éditions de l'Atelier

J’adore ces dictionnaires avec les biographies des acteurs de ces grands mouvements historiques. J’ai même acheté récemment le Dictionnaire des Compagnons de la Libération, et à chaque fois que je l’ouvre, je suis ému, parce que je me dis que ces types qui auraient pu devenir architecte, ou grand fonctionnaire, ou maçon, ou instituteur… se sont dit on y va, et se sont engagés dans les Forces Françaises Libres ! Le livre La Commune de Paris 1871 c’est un peu ça. Il y a les biographies des grandes figures, mais aussi d’illustres inconnus, et pourtant je connais mieux les communards que les Compagnons de la Libération ! Les femmes par exemple. On cite toujours Louise Michel, mais il y en avait d’autres autrement plus intéressantes comme personnages.

Les récits de la demi-brigade

Jean Giono - 1972 - Gallimard - Folio

Je relis beaucoup de romans qui se déroulent vers 1830, comme Le Hussard sur le toit de Giono qui résonne tout particulièrement en ces temps de pandémie. Mais je préfère encore son roman Angelo qui est un des personnages du Hussard. C’est ce qui me plait chez Giono, cette propension à faire vivre des personnages secondaires dans plusieurs romans sans expliquer s’il s’agit d’une suite ou non. Il y a aussi Les Récits de la demi-brigade qui regroupe des nouvelles sur la gendarmerie à cheval dans le midi méditerranéen, nouvelles écrites entre 1955 et 1965 et publiées en 1972. C’est vraiment formidable. Le résultat de ces lectures c’est que je me dis, laisse tomber (voir Le Duel) tu n’y arriveras jamais !

Fraenkel, un éclair dans la nuit

Gérard Guégan - 2021 - Éditions de l’Olivier

Théodore Fraenkel est un des personnages clés de l’histoire du surréalisme, le plus secret aussi puisqu’il poussera la discrétion jusqu’à se faire enterrer anonymement dans une fosse commune ! Et pourtant, quel personnage et quel parcours ! André Breton (rencontré en 1910), Louis Aragon, Tristan Tzara, Robert Desnos, Dada, la Première Guerre mondiale, la révolution Russe, le surréalisme, la guerre d’Espagne, la Deuxième Guerre mondiale, l'escadrille Normandie-Niémen, l’hôpital Lariboisière, la guerre d’Algérie… Avec tous ces personnages et ces événements, Gérard Guégan fait plus qu’une simple biographie, un roman d’aventure littéraire dans lequel, comme l’a écrit l’écrivain Thierry Marignac : « abondent les éclats de rire, les élégantes, le gin et les péripéties. »

Un été à Miradour

Florence Delay - 2021 - Gallimard

Florence Delay a été la Jeanne d’Arc du film de Robert Bresson. Membre de l’Académie française, elle a un parcours typique de la bonne bourgeoisie intellectuelle, mais, comme parfois, il y a des petites rebellions intéressantes ! Elle avait déjà écrit un petit livre sur le plaisir de fumer (Mes cendriers 2010) qui était très bien. Ce qu’elle écrit c’est toujours remarquable, assez fin, pénétrant, comme cette histoire qui tourne autour d’une maison de famille. C’est un petit bouquin très réussi, et comme disait Céline à Roger Nimier quand ils jouaient aux boules : « J’aime bien tes livres parce que quand ils me tombent sur le pied ils ne me font pas mal ».

On était des poissons

Nathalie Kuperman - 2021 - Flammarion

C’est un petit roman sur les rapports d’une mère et de sa fille en vacances alors que le mari est parti de son côté avec sa maîtresse. Ce qui est étonnant chez Nathalie Kuperman, c’est qu’elle dit qu’il n’y a jamais rien d’autographique dans ses romans, mais ça tourne très souvent autour des rapports mère fille qui, chez Nathalie Kuperman, sont très étonnants !

Une suite d'événements

Mikhaïl Chevelev - 2021 - Gallimard - De Monde Entier

C’est l’histoire d’un journaliste appelé comme médiateur pour dialoguer avec le preneur d’otage qui retient des personnes dans une église. C’est un premier petit roman russe qui traite de la responsabilité de chacun au quotidien, et que je trouve formidable.

Breezy

Clint Eastwood, William Holden, Kay Lenz - 1973 -

Breezy est un film que je porte aux nues et que j’ai vu une quinzaine de fois. A ses débuts comme réalisateur, j’ai beaucoup défendu Clint Eastwood, un peu par provocation pour emmerder des gens qui m’étaient proches politiquement et qui considéraient qu’Eastwood était un fasciste. Je suis même allé le voir à Carmel by the beach, quand il en était le maire. Il faut bien dire que si ses films ne sont pas toujours réussis, il a réalisé quelques chefs-d’œuvre. Moi qui croyais tous les connaître, ce n’est que récemment que j’ai découvert Breezy. Peut-être que c’est l’âge qui me rend sensible au personnage interprété par William Holden qui, un beau jour, prend une jeune auto-stoppeuse dont il va tomber amoureux, avec le risque, bien sûr, que cette romance ne dure qu’un temps... C’est une histoire formidable portée par deux acteurs impeccables. 

A bout de course

Sidney Lumet - 1988 -

A Bout de course, ce film-là je l’ai vu une trentaine de fois. Je me promène avec pour le faire découvrir partout où je passe. C’est un sujet, les weathermen (le mouvement Weather Underground militait contre la guerre du Viêt Nam), peu abordé par le cinéma de fiction américain, sauf récemment par Robert Redford dans Sous surveillance (2012). C’est l’histoire d’une famille d’anciens activistes considérés comme terroristes, et à ce titre toujours activement recherchés - le FBI n’abandonne jamais ses recherches –, donc obligée de déménager dans le quart d’heure à la moindre alerte. Un jour, l'aîné de leurs fils (River Phoenix) a l'opportunité d’intégrer la Julliard School, une des écoles américaines les plus prestigieuses. C’est là que se joue le drame. Sachant qu’ils ne peuvent pas prendre le risque de garder des contacts qui permettraient au FBI de les retrouver, les parents doivent dire adieu à leur fils... C’est un film formidable. Sidney Lumet s’est beaucoup amélioré avec l’âge !

Les Mistons

François Truffaut - 1958 -

C’est pour moi un des meilleurs films de Truffaut, peut-être parce que je suis maintenant installé à Nîmes (où se déroule le film ndlr) ! C’est un court métrage (18’) tiré d’une nouvelle de Maurice Pons, et c’est le deuxième film réalisé par Truffaut. Ça raconte une bande de gamins, tous amoureux du personnage joué par Bernadette Lafont – dont c’est la première apparition - et qui elle, est amoureuse d’un homme plus âgé interprété par Gérard Blain. Les mômes (les mistons), jaloux, décident alors de leur pourrir la vie. Il y a notamment cette scène où ces mistons suivent Bernadette qui va à vélo se baigner dans le Gardon, et pendant qu’elle descend à la rivière après avoir laissé son vélo, on voit un des mômes se pencher et renifler la selle de Bernadette. Le môme découvre l’odeur du sexe ! C’est une obsession chez Truffaut, et on retrouvera une scène semblable dans La Sirènes du Mississippi où l’on voit Belmondo renifler une culotte de Catherine Deneuve. Gérard Lebovici, qui était ami avec Truffaut (et fondateur avec Gérard Guégan des éditions Champ libre ndlr), m’a dit un jour « Le salaud, il m’a piqué l 'idée ! »

se connecter

Créer votre compte

Vous aurez la possibilité de créer votre médiathèque et sauvegarder les oeuvres de nos sélections
Voulez-vous vous inscrire à notre Newsletter hebdomadaire ?